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Après les violences, la colère monte contre la police de Hongkong accusée de brutalité

Pendant longtemps, la police de Hong Kong s’est targuée d’être « la meilleure d’Asie ». Mais des vidéos montrant des officiers en train de passer à tabac des manifestants désarmés provoquent la colère de l’opinion ainsi que des accusations de brutalité.

Les dizaines de milliers de manifestants qui ont occupé la rue mercredi — pour protester contre contre un projet de loi d’extradition vers la Chine très contesté — ont été dispersés par les forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogènes, de matraques, de gaz au poivre, de balles en caoutchouc et de « projectiles en sachet », des sacs remplis de billes en plomb.

De son côté, la police assure avoir fait preuve de retenue pour se défendre face à des manifestants qui lançaient des pavés et des barres de métal.

Mais les forces de l’ordre sont accusées d’avoir exploité la présence d’un noyau dur de militants violents pour lancer une opération sans précédent contre la grande masse de protestataires pacifiques.

Les critiques fusaient jeudi alors que les vidéos des affrontements devaient virales sur internet.

Le barreau de Hong Kong a dénoncé un déploiement « totalement inutile de la force contre des manifestants largement désarmés qui ne semblaient représenter aucune menace contre la police ou le public ». Elle « a pu outrepasser ses pouvoirs légaux en maintenant l’ordre public », selon le barreau.

Un influent groupe de juristes, membre du comité qui élit le chef de l’exécutif hongkongais, a réclamé l’ouverture d’une enquête indépendante sur ce qu’il qualifie « d’usage excessif de la force » par les agents.

Les affrontements ont été diffusés en direct par les chaînes d’information tandis que les militants partageaient à qui mieux mieux les nombreuses images de violences policières.

– Vidéos virales –

Dans une vidéo du site Apple Daily, on voit une jeune femme tomber à terre en essayant de s’enfuir en courant et être frappée à coups de matraque par au moins quatre policiers anti-émeutes. L’un d’eux lui assène des grands coups de bouclier.

Dans une autre, des policiers s’approchent d’un homme assis sur un mur, ils échangent quelques mots avant que les officiers ne l’arrosent copieusement de gaz lacrymogène.

Sur un troisième clip, on voit plusieurs policiers renverser un manifestant qui porte une boîte contenant des bouteilles d’eau, et s’agenouiller sur lui jusqu’à ce qu’il lâche son téléphone.

« La police a profité des agissements violents d’une petite minorité comme prétexte pour faire un usage excessif de la force contre la vaste majorité des manifestants pacifiques », estime Man-Kei Tam, directeur d’Amnesty International Hong Kong.

« Les manifestants étaient simplement assis là, ils manifestaient pacifiquement, mais ils leur ont aspergé le visage de gaz lacrymogènes. On ne peut que décrire cela comme quelque chose de hideux », dénonce la députée démocrate Claudia Mo.

L’Association des journalistes de Hong Kong a expliqué avoir reçu plus de 15 plaintes de reporters, dont certains déclarant avoir été ciblés par des jets de gaz au poivre. Elle appelle tous les journalistes témoins d’abus à les lui rapporter.

Le chef de la police, Stephen Lo, a défendu ses troupes en déclarant qu’elles avaient fait preuve de retenue jusqu’au moment où des « gangsters » avaient tenté de prendre le Parlement.

– « Dangereux » –

« Ces manifestants violents n’ont pas cessé de charger notre ligne de défense, et ils ont utilisés des armes très dangereuses, y compris en jetant des barricades métalliques et des pavés », accuse le policier. « C’est très dangereux, ça peut faire des morts ».

Plusieurs policiers figurent parmi les dizaines de blessés. La télévision locale a diffusé les images de l’évacuation d’un policier inconscient qui semblait avoir été touché par un projectile.

La police de Hong Kong a été créée en 1844, trois ans après l’annexion du territoire par la Grande-Bretagne. Pendant une bonne partie du 20e siècle, elle a été minée par une réputation de corruption extrême. Dans les années 1960, ce n’était un secret pour personne que les policiers acceptaient des pots-de-vin des triades, voire étaient de mèche avec elles.

Mais à partir de 1974, avec la création de la Commission indépendante contre la corruption, les rangs de la police ont peu à peu été nettoyés.

Alors que les polices de nombreux pays d’Asie étaient accusées de violences et de vénalité, celle de Hong Kong a longtemps été un exemple de probité et d’efficacité.

Mais depuis quelques années, de nombreux Hongkongais n’ont plus confiance dans leur police.

Le point de rupture se produisit à l’automne 2014, quand les forces de l’ordre avaient tiré du gaz lacrymogène sur les manifestants, déclenchant ainsi l’immense « Mouvement des parapluies » en faveur de la démocratie.

Les tactiques des forces de l’ordre « alimentent les tensions », prévient Amnesty. Elles sont « susceptibles d’aggraver les violences plutôt que de les arrêter ».




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