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Brésil: Sergio Moro, l’atout maître de Bolsonaro affaibli

Héros pour des millions de Brésiliens, l’ex-juge anticorruption Sergio Moro, aujourd’hui ministre-clé du gouvernement de Jair Bolsonaro, est affaibli par la révélation de sa partialité dans la condamnation à la prison de l’ex-président Lula.

La publication dimanche par le site d’investigation The Intercept Brasil de messages de l’époque où il était juge indiquant des manoeuvres avec des procureurs pour empêcher l’icône de la gauche de revenir au pouvoir ont ébranlé le ministre de la Justice et de la Sécurité publique.

Auparavant considéré comme pratiquement intouchable, il voit aujourd’hui fuser les appels à la démission, aussi bien sur les réseaux sociaux que dans les éditoriaux des principaux journaux du pays.

« Si Sergio Moro continue à dire que ce genre de chose est normal, sa présence au gouvernement sera bientôt insoutenable (…) Il ferait bien de démissionner », a par exemple asséné mardi le quotidien Estado de S. Paulo.

A ce stade sa démission semble improbable. Mais The Intercept Brasil a averti qu’il allait publier d’autres documents accablants.

Le ministre s’est montré particulièrement combatif depuis que le scandale a éclaté, affirmant même qu’il n’avait « rien vu de spécial » dans le contenu des messages.

Dans un tweet publié mercredi, il a déclaré que ni les « hackers » qui auraient obenu ces messages, ni les « faux scandales », ne le détourneraient de sa « mission ».

– Bête noire –

Sa mission: nettoyer le Brésil du fléau de la corruption.

Figure de proue de l’opération « Lavage express », enquête tentaculaire qui a fait trembler les politiques de tous bords, il est surtout la bête noire de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, emprisonné dans la ville méridionale de Curitiba.

Son principal fait d’armes: en juillet 2017, il a condamné Lula à 9 ans et 6 mois de prison pour corruption, une peine réduite à 8 ans et 10 mois en appel que l’ex-président (2003-2010) a commencé à purger en avril dernier.

Démêlant un vaste système de détournements de fonds de Petrobras, le juge n’a pas hésité à envoyer en prison pratiquement tous les anciens directeurs du groupe pétrolier étatique, puis les patrons des plus puissants groupes de BTP qui leur versaient des commissions en échange de marchés.

Cela le conduira vers l’argent sale alimentant les campagnes de la plupart des partis politiques au Brésil. Il n’hésitera pas à envoyer derrière les barreaux des hommes politiques de premier plan, de droite comme de gauche.

– « Pas de grief personnel » –

Lula – que Jair Bolsonaro a dit souhaiter voir « pourrir en prison » – est sans conteste le plus gros poisson pris dans ses filets.

Avant de l’interroger en mai 2017, le juge Moro lui avait assuré: « Monsieur le président, je veux clarifier que, malgré certaines rumeurs, je n’ai pas de grief personnel contre vous. L’issue du procès viendra des preuves et de la loi ».

Il n’a pas convaincu tout le monde. Et surtout pas l’ancien chef d’Etat, qui a déclaré après sa condamnation: « Le juge Sergio Moro, otage des médias, était condamné à me condamner ».

Pour les avocats de Lula, les révélations de The Intercept n’ont fait « que renforcer le fait que l’ex-président n’a pas eu droit à un jugement impartial ».

Dans un entretien à l’AFP l’an dernier, Lula avait déjà dénoncé la volonté des enquêteurs de l’opération « Lavage express » de « criminaliser la politique ».

– Inspiré par l’Italie –

Sergio Moro est né dans la ville de Maringa, près de Curitiba. Après des études de droit, il devient juge en 1996.

Docteur et professeur universitaire, il complète sa formation à Harvard (Etats-Unis) et se spécialise dans les délits de blanchiment d’argent, fasciné par l’opération « Mains propres » qui a permis de démanteler dans les années 1990 en Italie un vaste réseau de corruption ayant éclaboussé le pouvoir.

Décrit par ses pairs comme un magistrat compétent et déterminé, il a aussi été critiqué pour son recours récurrent à la détention provisoire et aux accords avec des inculpés pour obtenir leurs confessions.

Marié et père de deux enfants, le juge est devenu l’idole de millions de Brésiliens, dont certains ont même fait figurer son visage sérieux sur des tee-shirts et banderoles portés pendant des manifestations contre la corruption.

En le faisant entrer dans son gouvernement en janvier, Jair Bolsonaro avait alors objectivement fait une belle prise.




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