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Guatemala: un scrutin présidentiel marqué par la corruption et des menaces de mort

Plus de huit millions d’électeurs sont appelés à voter dimanche au Guatemala pour les élections présidentielle, municipales et parlementaires, après une campagne marquée par l’exclusion de la compétition d’une figure de la lutte anti-corruption et des menaces de mort.

Les Guatémaltèques voteront cette fois encore avec l’espoir, jusqu’ici déçu, de trouver la solution aux maux du pays : la corruption, la pauvreté, la violence, et l’exode de milliers d’habitants en quête du « rêve américain ».

Alors qu’elle figurait parmi les favoris, Thelma Aldana, une ancienne juge anti-corruption et ex-procureure générale, a été évincée début avril par la justice après des plaintes d’adversaires politiques sur de présumés détournements alors qu’elle était à tête du parquet guatémaltèque, de 2014 à 2018.

Pour l’Alliance pour les réformes, qui réunit une quarantaine d’organisations de la société civile, l’exclusion de Thelma Aldana a été décidée « manifestement en représailles des enquêtes pour corruption qu’elle a menées contre le président (sortant Jimmy Morales), sa famille et des membres de son parti politique ».

Menacée de mort, l’ancienne magistrate s’est d’abord réfugiée au Salvador voisin, avant de fuir aux Etats-Unis.

Autre symptôme du climat de violence politique délétère qui a prévalu tout au long de la campagne, le procureur du tribunal électoral Oscar Schaad a lui ausi quitté le pays « afin d’assurer (sa) sécurité et celle de (sa) famille en raison de menaces précises », quatre jours à peine avant le scrutin.

Au total, 19 candidats sont en lice pour succéder au président Jimmy Morales.

Elu sur la promesse de mettre un terme aux scandales de corruption qui avaient mis en 2015 un terme prématuré au mandat de son prédécesseur Otto Perez, cet ancien comédien avait promis durant sa campagne de reconduire jusqu’en 2021 la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (Cicig).

Mais, serré lui-même d’un peu trop près à son goût par les enquêtes de cette mission anti-corruption onusienne unique au monde, il s’est ravisé.

Seuls quelques candidats, parmi ceux qui n’ont que peu chances de remporter l’élection, se sont déclarés favorables au maintien de la mission de l’ONU.

Parmi eux, la candidate indigène maya-mam Thelma Cabrera. Donnée par les sondages parmi les cinq premiers du scrutin de dimanche, elle milite en faveur d’une réforme de la Constitution pour en finir avec un « Etat pourri ».

– Freiner l’émigration –

Les derniers sondages placent en tête la socio-démocrate Sandra Torres, ex-épouse de l’ancien chef de l’Etat Alvaro Colom (2008-2012), dont elle a divorcé en 2011 afin de pouvoir postuler à l’élection présidentielle.

Elle est talonnée dans les enquêtes d’opinion par Alejandro Giammattei (droite), dont c’est la quatrième candidature, ainsi que, pour certains sondages, par Roberto Arzu, fils de l’ancien président Alvaro Arzu (1996-2000), aujourd’hui décédé.

Aucun des candidats en lice ne devrait passer dimanche la barre des 50% des voix et les deux candidats arrivés en tête s’affronteront lors d’un second tour le 11 août.

Dans un contexte de corruption endémique, 59% des 17,7 millions de Guatémaltèques vivent dans la pauvreté en dépit d’une économie florissante avec un PIB en progression de 3,1% en 2018.

Sandra Torres parie sur la création d’emplois en favorisant les investissements privés et publics, ainsi que sur le développement de l’agriculture et du tourisme pour contenir l’émigration massive vers les Etats-Unis.

Pour le candidat de droite Giammattei, « l’unique manière de sortir de la pauvreté, c’est par le travail », aussi préconise-t-il de créer « les conditions adéquates pour une augmentation des investissements et de la production », afin de mettre également un frein à l’émigration.

Celle-ci est l’un des principaux moteurs économiques du pays, qui bénéficie des envois d’argent de ses quelque 1,5 million d’émigrés aux Etats-Unis, atteignant l’année dernière le chiffre record de 9,3 milliards de dollars.

Fuyant la pauvreté et la violence des gangs criminels, des milliers de Guatémaltèques se lancent chaque année, via le Mexique, sur les routes vers le grand voisin du Nord, où seuls 300.000 à 400.000 de leur compatriotes sont cependant parvenus à obtenir un statut légal.

Originaires bien souvent de misérables villages indigènes de l’ouest du pays, ils sont nombreux à être refoulés par le Mexique et les Etats-Unis, comme 94.482 d’entre eux en 2018, selon l’administration guatémaltèque. La conclusion récente d’un accord entre Washington et Mexico sur l’immigration clandestine devrait encore faire augmenter ces chiffres.




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