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Les horreurs de la crise anglophone en vedette dans les journaux camerounais

L’assassinat, dimanche à l’arme à feu et toujours pas élucidée, d’un bébé de 4 mois dans la localité de Muyuka (Sud-Ouest), dans une zone en proie à la crise sécessionniste anglophone, suscite un vif émoi dans les journaux camerounais publiés mercredi, reléguant au second plan les autres sujets d’actualité.Le visage horrifié d’une mère éplorée et qui circule sur les réseaux sociaux, s’affiche en couverture de Mutations et Le Jour. « Ils ont forcé la porte et tué mon bébé qui dormait dans son berceau, pendant que moi, j’étais à la cuisine… Je les ai suppliés, mais ils n’ont pas compris, ils parlaient en français», témoigne-t-elle.

Si la condamnation est unanime sur l’assassinat de Martha, des thèses s’affrontent néanmoins quant aux auteurs de cette boucherie, précise en ces termes la première publication citée : « en effet, pendant que certains indexent les forces de défense camerounaises, d’autres accusent plutôt les forces séparatistes ».

Cet acte est à la fois choquant et condamnable, s’insurge The Sun, se demandant comment des personnes réputées dotées de sens peuvent atteindre ce niveau de cruauté.

Cette mort brutale d’un nouveau-né, dans le Sud-Ouest intervient, rappelle Le Jour, moins de 72 heures après la visite du Premier ministre dans la région où, pendant quatre jours, il a parcouru plusieurs localités pour inviter les populations à œuvrer pour la paix, répétant sans cesse aux populations que le chef de l’État était prêt à l’ouverture d’un dialogue inclusif.

« Tirer sur un bébé de quatre mois a-t-il un sens ? Il y a quelques heures aujourd’hui, le 20 mai, Muyuka a vécu ça, tranche, dans une déclaration relayée par Repères, l’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats et ex-candidat à la présidence de la République, Akere Muna. Voilà qui nous sommes, un pays où certaines vies n’ont pas d’importance. Un bébé est condamné à la peine capitale pour une vie non encore vécue. Tout simplement barbare !»

Sous le titre «le serial gaffeur», le bihebdomadaire, explique que le problème ce n’est pas le déni d’un tel drame, mais davantage l’absence de recul nécessaire permettant de mieux cerner les tenants et les aboutissants d’un accident, d’un acte commis de sang froid ou même d’une manipulation vite devenue virale sur la Toile, « et pour une personnalité de sa trempe, c’est un problème sérieux dans la mesure où d’aucuns prennent cette sortie pour argent comptant ».

Heureusement, soupirent InfoMatin, Le Jour et The Horizon, il existe encore, en régions anglophones, des élites œuvrant pour la stabilité à l’image du secrétaire d’État auprès du ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry, qui dans ces deux publications dit son soulagement de constater que beaucoup de jeunes intègrent, progressivement, les messages de paix et restent à l’écart de l’activisme séparatiste.

«La conséquence la plus immédiate de cette sensibilisation des élites à l’endroit de la jeunesse a eu pour effet que, lorsque de nombreux groupes terroristes s’y rendent, ils ne trouvent pas de base pour s’intégrer à la population locale », appuie le premier journal cité.

Les signaux sont prometteurs sur le front du conflit sécessionniste, convient le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune pour qui le message de paix du chef de l’État, transmis aux populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ainsi que les nombreux contacts avec les principales composantes, « ont dégagé une réelle volonté de retour à la normale ».

Dans un éditorial au vitriol intitulé « Paul Biya et les pyromanes », Cameroon Tribune s’en prend violemment au « génie destructeur de ceux qui se sont donné pour mission de répandre la chienlit sur toute initiative présidentielle ou gouvernementale visant à favoriser la paix, la croissance des affaires». «Pour ceux dont l’orgueil est blessé, parce qu’ils sont frustrés de ne pas être les héros du moment, les messies par qui la paix arrive, et qui la pourfendent pour cette raison même : il s’agit d’une tragique méprise. En famille saurait-il y avoir des gagnants et des perdants, à l’issue de la séance sous l’arbre à palabres ?», écrit l’éditorialiste.

Curieusement, l’un des fossoyeurs présumés d’une solution de paix, que L’Indépendant qualifie de « virus », vient de là où on s’y attend le moins : le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji en personne que l’hebdomadaire a accusé d’être aveuglé par des privilèges personnels et qui se démarque de la dynamique gouvernementale par des postures qui surfent sur la provocation, l’arrogance et l’opportunisme.

Le même est accusé, par Essingan, d’emboucher « la trompette du discours va-t-en-guerre au moment où, mis en mission par le chef de l’État, le Premier ministre Dion Ngute travaille à restaurer la confiance ».

Tout ceci relève de «la fausse querelle» entre les deux personnalités, tranche InfoMatin, procédant d’une stratégie tendant à saper tout effort d’un retour à la normale, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et davantage d’« une logique inspirée par les va-t-en guerre, pour qui le retour à la paix durable risquerait de compromettre des plans machiavéliques et des carrières ».




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