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L’étau se resserre sur Boeing dans la crise du 737 MAX

L’étau se resserre sur Boeing dans la crise du 737 MAX après des révélations que des pilotes avaient appelé fin novembre, sans succès, à une modification de cet avion après la tragédie de Lion Air.

En outre, les liens de l’avionneur avec le régulateur aérien américain, la FAA, sont de nouveau dans la ligne de mire du congrès.

Daniel Elwell, le chef intérimaire de l’agence fédérale de l’aviation (FAA), passait ce mercredi une audition très attendue devant la sous-commission de l’aviation à la Chambre des représentants sur la procédure de certification du 737 MAX.

L’audition, qui a démarré vers 14H00 GMT, s’annonçait tendue et cruciale, Rick Larsen, le président démocrate de cette commission, ayant déjà prévenu qu’il voulait avoir des réponses sur le rôle joué par les employés de Boeing dans l’inspection de fonctionnalités et systèmes clé du 737 MAX et celui de la FAA dans la formation des pilotes.

Le New York Times, CBS et The Dallas Morning News ont révélé mardi soir que des pilotes d’American Airlines avaient pressé fin novembre des responsables de Boeing de prendre toutes les mesures nécessaires, y compris une suspension de vol, pour s’assurer que le 737 MAX était sûr après l’accident d’un appareil de ce type de Lion Air ayant fait 189 morts le 29 octobre.

Sur la base de cet enregistrement, les médias affirment que l’un des vice-présidents de l’avionneur, Mike Sinnett, avait alors admis au cours de cette rencontre que Boeing passait en revue la conception de l’appareil, y compris le système anti-décrochage du 737 MAX, dit MCAS, qui a été très vite mis en cause dans l’accident.

Mais ce haut responsable a opposé une certaine résistance à l’idée de prendre des mesures radicales, arguant que Boeing devait s’assurer d’apporter la bonne solution au bon problème.

« Boeing n’a pas jugé la situation du 737 MAX comme urgente lors de la rencontre de novembre », a confirmé mercredi sur Twitter Dan Carey, un des responsables d’Allied Pilots, le syndicat des pilotes d’American Airlines.

– Boeing silencieux –

Selon une source proche du dossier, American Airlines était au courant de la rencontre. Il était toutefois difficile de savoir si la compagnie aérienne avait de son côté fait pression sur Boeing ou si elle avait même discuté du sujet avec le constructeur aéronautique.

« Nous avons une confiance absolue en notre flotte », a déclaré à l’AFP Ross Feinstein, un porte-parole de la première compagnie aérienne américaine, refusant de commenter les informations. « Nos clients peuvent être rassurés qu’un pilote d’American Airlines ne piloterait pas un avion pas sûr ».

La FAA n’était elle pas au courant de la rencontre, a dit à l’AFP une source gouvernementale.

Quelques trois mois après la dite rencontre, un autre 737 MAX, cette fois de la compagnie Ethiopian Airlines, s’écrasait peu après son décollage dans des circonstances similaires à celles de Lion Air, tuant les 157 personnes à bord.

Un rapport d’enquête préliminaire sur ce second accident a également mis en cause le système MCAS.

Contacté par l’AFP, Boeing n’a pas donné suite. A Wall Street, le titre prenait 0,03% vers 15H15 GMT après avoir évolué dans le rouge à l’ouverture.

Le constructeur aéronautique est confronté désormais à de nombreuses questions et incertitudes. Il n’a toujours pas soumis tous les éléments nécessaires à la certification du 737 MAX modifié et le vol test obligatoire avec les régulateurs n’a toujours pas été programmé alors même que les autorités de l’aviation à travers le monde sont invitées aux Etats-Unis le 22 mai pour une présentation des changements.

Daniel Elwell, le patron de la FAA, devrait sans doute fournir de premières réponses lors de son audition devant des parlementaires américains.

Les élus veulent notamment savoir comment le MCAS avait été certifié début 2017. Selon une source proche du dossier, la FAA n’avait pas jugé nécessaire de conduire une inspection indépendante, préférant se fier aux analyses d’ingénieurs de Boeing à qui elle avait confié l’examen du logiciel et d’autres systèmes du 737 MAX via une procédure (ODA) mise en place il y a plus d’une dizaine d’années.

« L’enquête de la commission ne fait que commencer et elle prendra le temps nécessaire pour obtenir des réponses mais une chose est claire pour l’instant: la FAA a un problème de crédibilité », fustige Rick Larsen, le président de la commission.

Le ministère de la Justice (DoJ) poursuit de son côté une enquête pénale et a déjà sommé American Airlines, Southwest, deux clientes du 737 MAX, ainsi que des ingénieurs ayant travaillé sur le 737 MAX de lui fournir des documents et des échanges de courriels liés à cet avion, selon des sources proches du dossier.




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