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Morales, le plus ancien président d’Amérique latine, chassé par la rue

Le président bolivien Evo Morales, qui a annoncé sa démission dimanche après trois semaines de violente contestation contre sa réélection à un quatrième mandat, était le plus ancien dirigeant en exercice d’Amérique latine, au pouvoir depuis 2006.

La crédibilité du scrutin présidentiel du 20 octobre était contestée à la fois par l’opposition et la communauté internationale, qui évoquaient des fraudes.

Depuis une dizaine de jours, la Bolivie était totalement paralysé par les grèves et les manifestations qui dégénéraient en affrontements quasi quotidiens avec les forces de l’ordre.

« Je renonce à mon poste de président », a déclaré dimanche à la télévision le leader indigène de 60 ans, dont l’armée et la police venaient de réclamer le départ. Quelques heures auparavant, plusieurs ministre et députés, dont le président de l’Assemblée nationale, avaient déjà démissionné.

Lorsqu’il a accédé au pouvoir en 2006, Evo Morales était le premier chef d’Etat indigène du pays. A tout juste 60 ans, il était un des derniers représentants de la « vague rose » qui a déferlé au tournant des années 2000 sur la région.

Depuis, la gauche a été défaite au Brésil, au Chili et en Equateur, alors qu’elle vient de revenir le pouvoir en Argentine. Quant au Venezuela, pays avec lequel le président bolivien entretenait d’étroites relations, il traverse la pire crise politique et économique de son histoire récente. M. Morales était également fermement soutenu par Cuba, elle aussi engluée dans une grave crise économique.

« La Bolivie est différente, nous allons bien », répétait Evo Morales comme un mantra, repris en chœur par ses partisans du Mouvement vers le socialisme (MAS).

Cet ancien berger de lamas, né le 26 octobre 1959 dans un village miséreux de la région d’Oruro (centre), pouvait se targuer de nombreux succès économiques: maintien d’une croissance élevée, forte réduction de la pauvreté, niveau record de réserves en devises. Le pays a aussi multiplié les accords d’investissement internationaux pour l’exploitation du gaz naturel et surtout du lithium, dont il espère devenir le quatrième producteur mondial d’ici 2021.

« Ces dernières années l’économie bolivienne était au beau fixe sous Evo Morales », expliquait récemment Michael Shifter, président du groupe de réflexion Dialogue interaméricain à Washington. « Mais avec la chute des cours des matières premières, le gouvernement a été obligé d’emprunter davantage et puiser dans les réserves. Le modèle économique bolivien (basé sur l’exploitation des matières premières), qui a fonctionné durant des années, n’est plus tenable ».

– « Frère président » –

Ses adversaires dénonçaient le caractère têtu de l’ancien leader syndical des producteurs de coca, qui l’empêche de reconnaître ses erreurs. Ses détracteurs l’accusaient d’avoir instauré un gouvernement antidémocratique et abandonné les valeurs qu’il a longtemps symbolisées, notamment la défense de l’environnement et des indigènes, faisant pâlir son étoile.

Réélu en 2009, Evo Morales avait remporté en 2014 un troisième mandat grâce à une interprétation contestée de la Constitution, qui ne permettait pourtant que deux mandats consécutifs. La Cour constitutionnelle avait alors estimé qu’il s’agissait de sa première réélection, la Constitution ayant été modifiée en 2009.

Une partie des Boliviens ne lui pardonnent pas d’avoir brigué un quatrième mandat, alors que les électeurs s’étaient prononcés contre à l’occasion d’un référendum en 2016. Il est passé outre le « non » des Boliviens grâce à une nouvelle décision très contestée de la Cour constitutionnelle. Motif avancé par les magistrats: sa candidature relevait de son « droit humain ».

Mi-octobre à Santa Cruz (est), dans la région agricole du pays, une marche indigène avait crié sa colère contre la politique environnementale de Morales.

Les gigantesques incendies qui ont ravagé en août et septembre une zone atteignant presque la taille de la Suisse ont provoqué l’indignation des peuples indigènes, qui accusent Evo Morales d’avoir sacrifié la Pachamama, la Terre mère en langue quechua, pour étendre les terres cultivables et produire davantage de viande pour l’exporter vers la Chine.

Pourtant, le « frère président », comme l’appelle son entourage, se disait convaincu d’oeuvrer tous les jours pour le bien de son peuple. « Ma famille, c’est le peuple et la Bolivie ma vie », affirmait-il en 2015 dans un documentaire pour une chaîne espagnole.




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