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Nicaragua : libération des leaders des manifestations contre Daniel Ortega

Les principaux dirigeants des manifestations qui réclamaient voici un an la démission du président nicaraguayen Daniel Ortega ont été libérés mardi en vertu d’une loi d’amnistie décriée par l’opposition, pour qui celle-ci vise surtout à garantir l’impunité des policiers et para-militaires qui ont réprimé les protestations dans le sang.

Après un premier groupe lundi d’une cinquantaine de prisonniers amnistiés, un total de 56 opposants ont été remis mardi au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui les a transportés jusqu’à leur domicile, a indiqué le gouvernement dans un communiqué.

Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré des opposants libérés brandir le drapeau national en s’étreignant et en criant « Nicaragua ! » et « Justice ! » tandis qu’ils étaient transportés dans un minibus du CICR.

– Liesse et concerts de klaxons –

Les prisonniers amnistiés ont été accueillis dans leurs quartiers par des concerts de klaxons et la liesse des parents et voisins qui dansaient et chantaient en brandissant des drapeaux et des ballons de baudruche blancs et bleus, les couleurs nationales devenus signes de ralliement de l’opposition au gouvernement.

Parmi les prisonniers libérés figurent les dirigeants paysans Medardo Mairena et Pedro Mena, l’étudiante belgo-nicaraguayenne Amaya Coppens, la commerçante Irlanda Jerez, les leaders étudiants Edwin Carcache et Byron Estrada, ainsi que les journalistes Lucia Pineda et Miguel Mora.

« Nous allons continuer à informer », a déclaré à sa sortie Lucia Pineda, directrice de l’information de la chaîne 100% Noticias, emprisonnée depuis fin décembre.

« Nous n’acceptons pas l’amnistie parce que nous ne demandons pardon pour rien, nous n’avons commis aucun délit », a affirmé Amaya Coppens en arrivant à son domicile à Esteli (nord), la ville dont elle est originaire. « Au contraire, ce sont eux (le gouvernement) qui ont commis des crimes contre l’humanité et qui devraient s’inquiéter », a averti l’étudiante en médecine de 24 ans. « Nous allons continuer à nous battre pour que la justice règne vraiment au Nicaragua », a-t-elle ajouté, émue.

Irlanda Jerez, à la tête des commerçants d’un des grands marchés de la capitale, s’est dite « extrêmement émue » d’être libre malgré les humiliations subies en prison. « Ils m’ont torturée, battue, harcelée, harcelée sexuellement, mais ils n’ont pas pu toucher mon esprit. Pour la liberté de tous les Nicaraguayens, nous continuons à aller de l’avant », a-t-elle lancé.

Le secrétaire général de l’Organisation des Etats d’Amérique (OEA), Luis Almagro, a salué dans un tweet les libérations de mardi.

– « Avancée positive » –

La Commission interaméricaine des droits droits de l’homme (CIDH) a exprimé sa « profonde satisfaction » tandis que le Haut commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme a qualifié ces libérations d' »avancée positive ».

Les manifestants avaient commencé à protester le 18 avril contre une réforme de la sécurité sociale rapidement abandonnée, avant de réclamer le départ de Daniel Ortega, âgé de 73 ans et au pouvoir depuis 2007, et des élections anticipées.

Les manifestations ont été durement réprimées et les violences ont fait au moins 325 morts et 2.000 blessés, pour leur écrasante majorité parmi les opposants, selon des organisations humanitaires. Entre 600 et 800 opposants ont été jetés en prison et plus de 62.000 Nicaraguayens ont en outre pris le chemin de l’exil.

Les opposants accusent Daniel Ortega et son épouse et vice-présidente Rosario Murillo d’avoir institué une dictature népotiste et corrompue, tandis que ceux-ci assurent avoir déjoué un coup d’Etat ourdi avec la complicité de l’Eglise catholique et de Washington.

La crise politique et la répression ont provoqué une récession, le PIB chutant de 3,8% en 2018, selon les statistiques officielles. Les milieux d’affaires recensent de leur côté la perte d’environ 450.000 emplois et la fermeture d’une multitude d’entreprises, notamment dans le secteur touristique qui était en plein essor.

Les difficultés économiques et les menaces de sanctions des Etats-Unis et de l’Union européenne ont contraint le gouvernement a ouvrir le 27 février dernier des « négociations » avec l’opposition. Les pourparlers ont cependant tourné court lorsque la délégation de l’opposition a mis le gouvernement en demeure de respecter ses engagements, notamment en libérant les prisonniers politiques avant le 18 juin.

Selon la plateforme d’opposition de l’Alliance civique pour justice et la démocratie (ACJD), 89 opposants étaient toujours détenus mardi.

Avant les libérations de ce début de semaine, 386 opposants emprisonnés pour avoir participé aux manifestations ont été assignés à résidence depuis fin février. Le gouvernement n’a pas précisé si cette mesure allait être maintenue.




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