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Washington renforce sa pression sur Cuba, aux dépens de l’Union européenne

Washington a significativement renforcé mercredi la pression sur La Havane en ouvrant la voie à des milliers d’actions en justice contre des entreprises étrangères présentes à Cuba, une mesure que « rejette énergiquement » La Havane et qui indigne le Canada et l’Union européenne.

Suspendue depuis plus de deux décennies, cette mesure qui menace l’économie de l’île communiste sera appliquée à partir du 2 mai, a annoncé le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo.

« J’encourage nos amis et alliés à suivre notre exemple et à défendre le peuple cubain », a-t-il déclaré.

« C’est une attaque au droit international et à la souveraineté de Cuba et d’Etats tiers », a réagi le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez.

L’UE et le Canada ont eux rapidement jugé cette décision « regrettable ».

Elle aura un « impact important » sur leurs entreprises, ont déploré la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström, la chef de la diplomatie de l’UE Federica Mogherini et la ministre des Affaires étrangères du Canada Chrystia Freeland.

Premier investisseur étranger sur l’île, l’Union européenne est, depuis 2017, son premier partenaire commercial.

Selon le Conseil économique et commercial des Etats-Unis et de Cuba, un groupe basé à New York, les plaintes pourraient possiblement viser les compagnies aériennes américaines Delta, American Airlines et United, des chaînes hôtelières comme Marriott et Accor et d’autres firmes comme Pernod Ricard et Huawei.

Le conflit pourrait atterrir devant l’Organisation Mondiale du Commerce.

Washington n’offrira aucune dérogation aux entreprises étrangères, a bien précisé la secrétaire d’Etat américaine adjointe chargée des Amériques, Kimberly Breier.

Elle a toutefois pris soin de souligner que « la majorité des entreprises européennes ne ser(aie)nt pas inquiétées dans leurs opérations à Cuba », car elles ne traitent pas avec des bâtiments ou biens nationalisés après la révolution de 1959 dans l’île des Caraïbes.

C’est en effet tout l’objet du chapitre III de la loi Helms-Burton, qui date de 1996. Elle permet théoriquement, notamment aux exilés cubains, de poursuivre devant les tribunaux fédéraux américains les entreprises qui ont réalisé des gains grâce à des sociétés nationalisées après 1959.

– Nervosité chez les investisseurs –

Depuis son adoption, cette disposition avait systématiquement été suspendue par tous les présidents américains, en commençant par Bill Clinton, pour justement ne pas froisser les alliés internationaux des Etats-Unis.

L’imminence de son application avait provoqué ces derniers jours une forte nervosité chez les investisseurs présents ou souhaitant venir sur l’île, ont indiqué à l’AFP plusieurs sources diplomatiques, ainsi qu’un homme d’affaires français installé à Cuba depuis une vingtaine d’années.

Une Commission pour le règlement des réclamations à l’étranger (FCSC), dépendant du ministère américain de la Justice, a recensé près de 6.000 réclamations pour un montant de 1,9 milliard de dollars dans cette affaire.

En décourageant ses partenaires internationaux, cette mesure menace avant tout l’île communiste, qui a fait des investissements étrangers une priorité pour soutenir son économie, en crise et minée par les pénuries.

– Pression sur le Venezuela –

La date de cette annonce américaine n’a pas été choisie au hasard: mercredi marque l’anniversaire du débarquement de la baie des Cochons en 1961, une tentative d’invasion américaine qui s’était soldée par une défaite cinglante.

Les Etats-Unis renforcent ainsi la pression sur Cuba, dont ils accusent les autorités de soutenir le régime socialiste de Nicolas Maduro au Venezuela.

L’ex-président démocrate Barack Obama avait renoué des relations diplomatiques avec Cuba en 2015 après un demi-siècle de rupture. Mais à son arrivée à la Maison Blanche, son successeur républicain Donald Trump a rompu net avec ce réchauffement.

« Nous percevons clairement que l’oppression par le régime de son propre peuple et son exportation impénitente de la tyrannie dans la région n’ont fait qu’empirer, car les dictateurs perçoivent l’apaisement comme un signe de faiblesse, et non de force », a affirmé Mike Pompeo.

Le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, devrait plus tard mercredi évoquer cette mesure lors d’un discours à Miami, où vit une grande communauté américano-cubaine. Il pourrait aussi parler du Venezuela.

La Floride joue un rôle souvent clé dans les élections présidentielles américaines.

Cette dernière annonce s’inscrit dans la lignée de décisions controversées prises par l’administration Trump, comme le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.

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