A Pompéi, des thermes romains tirés de l’oubli avec un petit squelette…

Des thermes romains conçus pour être le joyau de Pompéi mais détruits par l’éruption volcanique de l’an 79 ont été ouverts lundi au public, qui a aussi pu découvrir l’émouvante histoire d’un petit squelette…

Piliers et blocs de marbre se trouvent là où ils ont été laissés lorsque la cité antique fut submergée par les coulées pyroclastiques du Vésuve pendant la catastrophe.

Il en est de même du squelette d’un enfant qui y avait cherché refuge en vain et a été sorti de l’oubli par la dernière campagne de fouilles.

Les architectes de l’époque « s’étaient inspirés des thermes de l’empereur Néron à Rome, les salles devaient être plus grandes et plus légères, avec des bassins de marbre », a déclaré à l’AFP le directeur du site archéologique de Pompéi, Massimo Osanna.

« Ce furent des fouilles chargées d’émotion », a déclaré pour sa part Alberta Martellone, l’archéologue qui a dirigé un anthropologue, un géologue et un vulcanologue dans l’étude du squelette de l’enfant, mort entre huit et dix ans.

« Il ou elle cherchait un abri et au lieu de cela a trouvé la mort », raconte-t-elle.

– « Vie interrompue » –

Ces fouilles ont aussi été « émouvantes d’un point de vue architectural, parce qu’il est inhabituel de trouver un bâtiment aussi grand, avec des pièces aussi vastes, dans cette ville construite de manière si dense », explique l’archéologue.

Le chantier avec son petit squelette est « le symbole d’une vie interrompue ».

A l’origine, les bains publics de la ville étaient plus petits, sombres et souvent surpeuplés. Le nouveau complexe aurait fourni un cadre plus luxueux à ceux qui en avaient les moyens, à savoir la plupart des citoyens, mais pas les esclaves.

Des fouilles récentes à Pompéi ont abouti à plusieurs découvertes importantes, y compris une inscription découverte l’an passé qui prouve que la cité a été détruite après le 17 octobre 79 et non le 24 août comme on le pensait jusque-là.

Il y a quelques semaines, les archéologues ont découvert une fresque représentant un gladiateur en armure se tenant debout victorieux alors que du corps de son adversaire terrassé jaillissait le sang.

La fresque se trouve dans ce qui était, il y a 20 siècles, une taverne qui devait accueillir combattants et prostituées.

En plus des thermes, le public peut depuis lundi visiter une petite domus (demeure) avec une fresque représentant l’union du dieu Jupiter transformé en cygne et Léda, l’épouse de l’épouse de Tyndare roi de Sparte.

De l’autre côté de la rue du Vésuve, la surprenante Maison des cupidons d’or a rouvert ses portes après des travaux réalisés sur ses sols en mosaïque.

– Le défi du climat –

Alors que les chasseurs de trésors ont pillé Pompéi à travers les siècles à la recherche de bijoux ou d’objets précieux, des zones entières du site restent aujourd’hui encore inexplorées.

Chaque découverte aide les historiens à comprendre non seulement ce qu’était la vie dans l’antique cité, mais aussi ce qui s’est passé dans ses dernières heures tragiques, lorsque le ciel s’est chargé de feu et de cendres, a expliqué Massimo Osanna.

Le projet Grand Pompéi, financé en partie par l’UE, s’achèvera à la fin de l’année, mais le gouvernement italien a alloué 32 millions d’euros pour la poursuite des fouilles.

Les événements météorologiques violents causés par le changement climatique « sont notre plus grand défi », a ajouté M. Osanna, dont le nouveau livre « Pompéi, il tempo ritrovato » (Pompeï le temps retrouvé, Rizzoli) décrit la course pour préserver ce site vulnérable inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

« Nous avons 50 personnes – restaurateurs, archéologues, architectes, ingénieurs – sur place en permanence, qui effectuent des inspections et interviennent si nécessaire, et ce nombre passera à 70 l’année prochaine », a-t-il précisé.

La cité de ruines, près de Naples, est le deuxième site touristique le plus visité d’Italie, derrière le Colisée de Rome, avec un peu moins de quatre millions de visiteurs en 2019.

Angola: l’ex-président Dos Santos défend son fils et un ancien haut responsable

L’ancien président angolais José Eduardo Dos Santos a défendu par écrit son fils José Filomeno ainsi que l’ex-gouverneur de la Banque centrale d’Angola, jugés à Luanda pour corruption.

Dans une réponse écrite à des questions des juges datant du 6 février et présentée mardi au tribunal, l’ex-président – qui vit en Espagne – affirme que son fils et l’ex-gouverneur de la Banque centrale, Valter Filipe da Silva, ont agi « pour améliorer la vie du peuple » angolais.

Le fils de l’ex-chef de l’Etat, 42 ans, a dirigé sous le règne de son père le fonds souverain angolais, chargé d’investir une partie des revenus du deuxième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne.

La justice l’accuse d’avoir détourné 500 millions de dollars de fonds publics avec la complicité du gouverneur de la Banque centrale de l’époque, transférés en Suisse.

« J’ai autorisé le transfert des 500 millions de dollars qui étaient uniquement destinés à garantir des investissements » de 30 milliards de dollars, écrit l’ex-président angolais. Cela « a été fait pour la situation économique du pays (…) non pour l’intérêt personnel de ceux qui ont exécuté » ce transfert, ajoute-t-il.

Il a affirmé qu’il avait ordonné à M. da Silva de garder ces opérations « top secret », mais qu’il en avait informé Joao Lourenço qui lui a succédé en 2017.

Selon Sergio Raimundo, avocat de l’ex-gouverneur de la Banque centrale, la réponse de José Eduardo dos Santos « confirme que ces opérations faisaient partie du mandat donné par l’ancien président » et que son client n’avait pas cherché « à voler de l’argent ».

Placé en détention provisoire en septembre 2018, Jose Filomeno dos Santos a été libéré six mois plus tard dans l’attente de son procès, qui s’est ouvert en décembre 2019 à Luanda. Le verdict doit être prononcé le 3 mars et le fils dos Santos risque jusqu’à douze ans de prison.

L’ancien chef de l’Etat est accusé par ses détracteurs d’avoir mis le pays et son économie en coupe réglée au profit d’une poignée de membres de sa famille et de proches.

Mais, à la surprise générale, le vent a commencé à tourner dès qu’il a cédé la tête de l’Etat à son ministre de la Défense Joao Lourenço à l’issue des élections de 2017, épilogue de 38 ans de règne.

Son successeur a depuis écarté la garde rapprochée de son prédécesseur des instances dirigeantes du parti au pouvoir, des institutions et des entreprises publiques, au nom de la lutte contre la corruption.

Isabel dos Santos, fille de l’ex-président a été débarquée de la présidence de la compagnie pétrolière publique Sonangol en 2018.

La justice a ordonné le gel spectaculaire de ses comptes bancaires et de ses avoirs dans toute une ribambelle de sociétés qu’elle contrôle, dont les banques BIC et BFA et l’opérateur de téléphonie mobile Unitel.

Elle soupçonne la milliardaire et son mari, l’homme d’affaires congolais Sindika Dokolo, d’avoir détourné un milliard de dollars d’argent public.

Alstom/Bombardier: nouveau test pour les règles de la concurrence de l’UE

Après la fusion avortée Siemens/Alstom, un autre géant européen du rail se profile avec le rachat annoncé lundi du canadien Bombardier par le français Alstom. Un nouveau test pour les règles controversées de la concurrence de l’UE.

Mardi, Bruno Le Maire, ministre français des Finances, partisan de ce rapprochement, s’est félicité d’un « très bon entretien » avec la Commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager. Elle avait interdit il y a un an l’union franco-allemande et s’était retrouvée sous le feu des critiques de Berlin et Paris.

– Un veto de l’UE est-il probable ? –

De l’avis général, l’acquisition par Alstom de Bombardier (tramway, métro, train) devrait être moins difficile que le mariage Siemens/Alstom.

Comme l’a souligné lundi le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, le principal problème il y a un an reposait sur la signalisation ferroviaire: le français et l’allemand étaient très présents sur ce marché stratégique, qui garantit la sécurité des voyageurs tout en permettant d’augmenter les cadences sur des lignes de train et métro frôlant la saturation dans les grandes villes. Or, ce n’est pas le cas de Bombardier.

De plus, le canadien est très peu actif dans le train à grande vitesse. C’était le deuxième écueil à l’union Siemens/Alstom identifié par la Commission européenne: l’allemand fabrique en effet les ICE et Alstom les TGV.

« Les chevauchements sont beaucoup moins grands », résume une source à Bruxelles.

– Un rival chinois, plus menaçant ? –

En février 2019, le veto de la Danoise Vestager à l’union Siemens/Alstom avait mis en rage M. Le Maire et son homologue allemand Peter Altmaier, qui avaient brandi en vain l’épouvantail de la puissante entreprise publique chinoise CRRC.

« A l’époque, la Commission européenne avait estimé ne pas voir de perspective d’entrée des chinois dans un avenir proche dans l’UE », rappelle à l’AFP Emmanuel Durand du cabinet De Pardieu Brocas Maffei.

Depuis, ils ont acquis en août 2019 un fabricant de locomotives, racheté à l’allemand Vossloh, et ils ont décroché à la fin de l’année le tramway de Porto, au nez et à la barbe de Siemens.

« C’est la preuve que cette possibilité théorique de pénétration du marché européen s’est concrétisée », constate M. Durand.

D’ailleurs, alors que le Royaume-Uni vient de quitter l’UE, CRRC négocie aussi avec le gouvernement britannique pour le gigantesque projet de ligne à grande vitesse HS2 (High Speed 2) qui doit relier Londres au centre et au nord de l’Angleterre.

– Réforme de la concurrence, un atout ? –

Le veto de Bruxelles à Siemens/Alstom avait poussé Berlin et Paris à réclamer une réforme de la concurrence dans l’UE pour tenir tête notamment aux rivaux chinois subventionnés.

Début décembre, Mme Vestager avait reconnu qu’il « était temps d’actualiser les règles afin de mieux tenir compte de la mondialisation ».

Elle avait toutefois précisé que si c’était à refaire, elle ferait encore dérailler le projet Alstom-Siemens. L’UE ne doit pas aider à la constitution de champions industriels « biberonnés et chouchoutés » mais laisser la concurrence stimuler leur création, avait-elle prévenu.

Et pour l’instant, la Danoise n’a donné aucun calendrier sur ces projets de réforme. « L’analyse par Bruxelles de la fusion Alstom/Bombardier sera tout aussi rigoureuse que celle faite pour Siemens/Alstom. Ce ne sera pas un laboratoire d’essai d’une réforme du droit de la concurrence », a jugé M. Durand.

– Quel recours en cas de veto de l’UE ? –

Si Bruxelles se montrait sceptique, Bombardier et Alstom pourraient tenter d’arracher son feu vert en proposant des solutions telles que des sessions de sites de production à des rivaux.

En cas de veto, Bombardier et Alstom pourraient déposer un recours auprès de la justice européenne de Luxembourg. La fusion serait certes interdite, mais ils pourraient réclamer des dommages-intérêts à Bruxelles.

Une procédure qui durerait entre trois et cinq ans et à l’issue très incertaine. En 2007 toutefois, la Commission européenne avait été condamnée à indemniser « partiellement » le groupe français Schneider pour avoir empêché à tort en 2001 sa fusion avec son compatriote Legrand.

Alstom/Bombardier: nouveau test pour les règles de la concurrence de l’UE

Après la fusion avortée Siemens/Alstom, un autre géant européen du rail se profile avec le rachat annoncé lundi du canadien Bombardier par le français Alstom. Un nouveau test pour les règles controversées de la concurrence de l’UE.

Mardi, Bruno Le Maire, ministre français des Finances, partisan de ce rapprochement, s’est félicité d’un « très bon entretien » avec la Commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager. Elle avait interdit il y a un an l’union franco-allemande et s’était retrouvée sous le feu des critiques de Berlin et Paris.

– Un veto de l’UE est-il probable ? –

De l’avis général, l’acquisition par Alstom de Bombardier (tramway, métro, train) devrait être moins difficile que le mariage Siemens/Alstom.

Comme l’a souligné lundi le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, le principal problème il y a un an reposait sur la signalisation ferroviaire: le français et l’allemand étaient très présents sur ce marché stratégique, qui garantit la sécurité des voyageurs tout en permettant d’augmenter les cadences sur des lignes de train et métro frôlant la saturation dans les grandes villes. Or, ce n’est pas le cas de Bombardier.

De plus, le canadien est très peu actif dans le train à grande vitesse. C’était le deuxième écueil à l’union Siemens/Alstom identifié par la Commission européenne: l’allemand fabrique en effet les ICE et Alstom les TGV.

« Les chevauchements sont beaucoup moins grands », résume une source à Bruxelles.

– Un rival chinois, plus menaçant ? –

En février 2019, le veto de la Danoise Vestager à l’union Siemens/Alstom avait mis en rage M. Le Maire et son homologue allemand Peter Altmaier, qui avaient brandi en vain l’épouvantail de la puissante entreprise publique chinoise CRRC.

« A l’époque, la Commission européenne avait estimé ne pas voir de perspective d’entrée des chinois dans un avenir proche dans l’UE », rappelle à l’AFP Emmanuel Durand du cabinet De Pardieu Brocas Maffei.

Depuis, ils ont acquis en août 2019 un fabricant de locomotives, racheté à l’allemand Vossloh, et ils ont décroché à la fin de l’année le tramway de Porto, au nez et à la barbe de Siemens.

« C’est la preuve que cette possibilité théorique de pénétration du marché européen s’est concrétisée », constate M. Durand.

D’ailleurs, alors que le Royaume-Uni vient de quitter l’UE, CRRC négocie aussi avec le gouvernement britannique pour le gigantesque projet de ligne à grande vitesse HS2 (High Speed 2) qui doit relier Londres au centre et au nord de l’Angleterre.

– Réforme de la concurrence, un atout ? –

Le veto de Bruxelles à Siemens/Alstom avait poussé Berlin et Paris à réclamer une réforme de la concurrence dans l’UE pour tenir tête notamment aux rivaux chinois subventionnés.

Début décembre, Mme Vestager avait reconnu qu’il « était temps d’actualiser les règles afin de mieux tenir compte de la mondialisation ».

Elle avait toutefois précisé que si c’était à refaire, elle ferait encore dérailler le projet Alstom-Siemens. L’UE ne doit pas aider à la constitution de champions industriels « biberonnés et chouchoutés » mais laisser la concurrence stimuler leur création, avait-elle prévenu.

Et pour l’instant, la Danoise n’a donné aucun calendrier sur ces projets de réforme. « L’analyse par Bruxelles de la fusion Alstom/Bombardier sera tout aussi rigoureuse que celle faite pour Siemens/Alstom. Ce ne sera pas un laboratoire d’essai d’une réforme du droit de la concurrence », a jugé M. Durand.

– Quel recours en cas de veto de l’UE ? –

Si Bruxelles se montrait sceptique, Bombardier et Alstom pourraient tenter d’arracher son feu vert en proposant des solutions telles que des sessions de sites de production à des rivaux.

En cas de veto, Bombardier et Alstom pourraient déposer un recours auprès de la justice européenne de Luxembourg. La fusion serait certes interdite, mais ils pourraient réclamer des dommages-intérêts à Bruxelles.

Une procédure qui durerait entre trois et cinq ans et à l’issue très incertaine. En 2007 toutefois, la Commission européenne avait été condamnée à indemniser « partiellement » le groupe français Schneider pour avoir empêché à tort en 2001 sa fusion avec son compatriote Legrand.

Les essaims de criquets en Afrique de l’Est atteignent le Soudan du Sud

Les essaims de criquets qui s’abattent sur l’Afrique de l’Est sont arrivés au Soudan du Sud, ont annoncé mardi les autorités sud-soudanaises.

Ces essaims qui dévastent les cultures ont déjà atteint le Kenya, l’Ethiopie, l’Erythrée, Djibouti, la Somalie, l’Ouganda, le Soudan et la Tanzanie.

Ils sont arrivée au Soudan du Sud lundi par la frontière ougandaise, dans le sud du pays, a indiqué le ministre de l’Agriculture Onyoti Adigo.

« Les criquets sont comme les humains, ils envoient une avant-garde pour vérifier s’il y a de la nourriture et si le terrain est favorable à la reproduction », a précisé le ministre.

Selon le représentant en Ouganda de l’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), Meshack Malo, quelque 2.000 criquets ont déjà été repérés dans le pays.

D’après leur couleur jaune foncé, il s’agirait essentiellement d’individus à la recherche de zones de ponte, a-t-il souligné.

L’arrivée de ces criquets pourrait s’avérer catastrophique pour le Soudan du Sud, où 60 % de la population est déjà menacée par la faim, en raison des effets combinés de la guerre, de la sécheresse et d’inondations.

« Nous formons des gens pour l’épandage et nous aurons aussi besoin d’insecticides et d’épandeurs. Il nous faudra aussi des véhicules, voire des avions si cela empire », a énuméré le ministre.

La FAO estime qu’il s’agit de la « pire situation » qu’a connue la Corne de l’Afrique en un quart de siècle concernant les criquets pèlerins.

Si le phénomène d’invasion s’aggrave, dans un an ou plus, cela serait considéré comme un fléau.

Il y a eu six grandes invasions de criquets au XXe siècle, dont la dernière s’est produite en 1987-89.

Massacre au Cameroun: l’ONU veut une enquête « indépendante, impartiale »

L’ONU a réclamé mardi aux autorités camerounaises une enquête « indépendante, impartiale et complète » après la mort de plus 23 personnes, dont une majorité d’enfants, lors d’une opération militaire dans un village de l’Ouest anglophone en proie à un sanglant conflit séparatiste.

Une partie de l’opposition camerounaise, mais aussi de nombreux témoins interrogés par des ONG ont accusé des militaires camerounais d’avoir perpétré vendredi cette tuerie dans un quartier de la localité de Ntumbo, située dans la région anglophone du Nord-Ouest.

Des accusations démenties par l’armée camerounaise dans un communiqué lundi, qui invoque « un malheureux accident » et parle de cinq victimes civiles, tout en annoncant avoir ouvert « une enquête approfondie ».

« Nous pressons les autorités de s’assurer que l’enquête sera indépendante, impartiale et complète, et que les responsables rendent des comptes », a déclaré mardi le Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’Homme (HCDH) dans un communiqué.

Depuis près de trois ans, un conflit meurtrier oppose les forces de sécurité camerounaises à des groupes armés anglophones séparatistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, peuplées principalement par la minorité anglophone camerounaise. Les deux camps sont accusés de perpétrer des crimes et exactions contre des civils.

A Ntumbo, 23 personnes ont été tuées, dont deux femmes enceintes et 15 enfants, selon un dernier bilan communiqué par l’ONU. Neuf d’entre eux avaient moins de cinq ans.

Des témoins ont rapporté à l’ONU que « 40 hommes armés, dont des membres des forces de défense et de sécurité » avaient attaqué le quartier de Ngarbuh « tirant sur les habitants et brûlant des maisons ».

– 700.000 déplacés –

L’armée camerounaise décrit, elle, un tout autre scénario. Elle affirme que six militaires patrouillant dans le village ont été la cible de tirs nourris de « terroristes » et que les combats ont entraîné l’explosion de réservoirs de carburant, provoquant un incendie qui a tué « une femme et quatre enfants ». L’armée assure aussi avoir « mis hors d’état de nuire » sept « terroristes ».

Ce conflit qui dure depuis près de trois ans, a fait plus de 3.000 morts et forcé près de 700.000 personnes à fuir leur domicile. Selon les ONG internationales, les populations sont les premières victimes de ce conflit.

« Nous appelons le gouvernement à s’assurer que les forces de sécurité se conforment au normes légales internationales applicables quand elles mènent des opérations », a demandé mardi l’ONU dans son communiqué, exhortant également les groupes armés à respecter « la loi internationale ».

Après presque trois ans d’inaction, Yaoundé s’était résolu, sous la pression internationale, à organiser en octobre dernier un Grand dialogue national pour tenter de mettre fin à la crise.

Boycotté par les groupes armés, il n’a pas permis de ramener la paix dans ces deux régions.

– Médiation suisse –

Pis, les violences se sont multipliées, selon les rapports de plusieurs ONG, notamment avant la tenue le 9 février dernier des élections législatives et municipales.

« Les violences n’ont pas cessé », ont déploré lundi 16 évêques catholiques de différents pays du monde, dans une lettre adressée au président Paul Biya, 86 ans dont 37 au pouvoir. Ces derniers exhortent son gouvernement à participer à des pourparlers avec les séparatistes.

« Il n’y aura pas de victoire militaire pour aucun des côtés », écrivent-ils. « Une solution durable doit venir d’un processus de médiation qui inclut autant les groupes séparatistes armés anglophones que les représentants de la société civile non violents », ajoutent les évêques, appelant Yaoundé à participer aux discussions proposées par la Suisse.

Depuis plusieurs mois, la diplomatie suisse tente de susciter des discussions entre les autorités de Yaoundé et les séparatistes anglophones.

Le milliardaire Michael Bloomberg présent au prochain débat démocrate

Fort d’une poussée dans les sondages, le milliardaire américain Michael Bloomberg, candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle de novembre, participera mercredi à son premier débat télévisé de la campagne, a annoncé mardi son équipe.

Les attaques de ses rivaux, le favori Bernie Sanders en tête, devraient fuser contre l’ancien maire de New York lors de leur première confrontation télévisée.

« Mike a hâte de rejoindre les autres candidats démocrates sur scène et d’expliquer pourquoi il est le meilleur candidat pour battre Donald Trump et unifier le pays », a indiqué son directeur de campagne Kevin Sheekey dans un communiqué.

Neuvième homme le plus riche de la planète en 2019, Michael Bloomberg a, en s’appuyant sur ses quelque 60 milliards de fortune, secoué la campagne démocrate.

Le milliardaire a fait le pari d’une entrée tardive dans la campagne présidentielle, en novembre, mais a compensé son retard avec déjà plus de 300 millions de dollars d’investissements en spots publicitaires qui tournent en boucle sur les chaînes télévisées et internet.

L’avalanche publicitaire du candidat de 78 ans a déjà eu un impact frappant: il a grimpé à la troisième place de la moyenne des sondages nationaux établie par RealClearPolitics.

Michael Bloomberg arrive même en deuxième place d’un nouveau sondage NPR/PBS/Marist publié mardi. Soit « le dernier signe en date que (son) programme et sa capacité à battre Donald Trump résonnent auprès de plus en plus d’Américains », a réagi Kevin Sheekey.

Avec 19% des intentions de vote, Michael Bloomberg devance l’ancien vice-président Joe Biden (15%), en nette perte de vitesse après avoir longtemps caracolé en tête des sondages.

Le sénateur indépendant Bernie Sanders assoit lui son statut de favori en creusant nettement l’écart, avec 31% des intentions de votes dans cette étude, qui comporte une marge d’erreur de 5,4 points de pourcentage.

– « Acheter la présidence » –

Délaissant les premiers Etats des primaires démocrates, peu pourvus en délégués, Michael Bloomberg mise sur une entrée dans la course au moment du « Super Tuesday » le 3 mars, lors duquel 14 Etats voteront.

Huit candidats sont toujours en lice pour affronter le président Donald Trump le 3 novembre. C’est celui ou celle qui obtiendra une majorité de délégués (1.991) qui représentera le parti démocrate face au milliardaire républicain.

Le parti démocrate avait fixé, pour les premiers débats, des critères à respecter pour être sélectionné, en exigeant notamment un seuil minimum de donations issues de la base électorale.

Mais il a modifié les règles pour le débat de mercredi. Plus besoin désormais d’afficher le soutien de milliers de petits donateurs, seuls les sondages et le nombre de délégués déjà décrochés par les candidats comptent. Ce qui a ouvert la porte à M. Bloomberg, qui finance lui-même sa campagne.

Cette volte-face a été critiquée par les autres candidats à l’investiture, qui accusent Michael Bloomberg d’avoir acheté son entrée dans les primaires.

« M. Bloomberg, comme n’importe qui, a le droit de se présenter à la présidentielle. Il n’a pas le droit d’acheter la présidence », a tweeté lundi Bernie Sanders.

Ce débat démocrate aura lieu à Las Vegas, dans le Nevada, où sera organisé samedi le troisième vote des primaires.

Mexique: protestations après le meurtre d’une fillette

Des dizaines de femmes manifestaient mardi devant la présidence mexicaine après le meurtre d’une fillette de sept ans à Mexico qui a provoqué colère et indignation dans un pays pourtant habitué à la violence.

La découverte durant le weekend du corps de la jeune fille avec des signes de torture a déclenché des protestations dans l’école où elle était scolarisée, lorsque son corps a été ramenée à sa famille, ainsi que sur les réseaux sociaux.

Devant le Palais présidentiel, vêtues de noir et certaines avec le visage couvert, les manifestantes ont exigé de mettre un terme à l’impunité dont bénéficient les criminels et la fin de la violence de genre.

Aux cris de « Ils violent des femmes, ils protègent les monuments ! », les manifestantes ont exigé que le gouvernement du président Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO) assume sa responsabilité à l’égard des femmes et de leur sécurité.

« Monsieur, madame, ne soyez pas indifférents, les femmes sont tuées au grand jour ! » et « les féminicides sont des crimes d’État ! », ont scandé les manifestantes.

Peu de temps après, une minute de silence, le poing levé, a été observée à la mémoire de la fillette assassinée.

De son côté, AMLO a affirmé que les autorités de la ville enquêtent et que son gouvernement travaille sur les causes de la violence.

« Nous nous attaquons aux causes et nous pensons qu’il faut une société plus juste, plus égalitaire, fraternelle, avec des valeurs, où l’individualisme n’est pas ce qui prévaut mais l’amour du prochain », a déclaré le président lors de sa conférence de presse matinale quotidienne.

Interrogé par les journalistes, le président s’est déclaré favorable à la création d’un parquet spécialisé dans les féminicides.

« Je le conçois très bien et tout ce qui est fait pour parvenir à la paix et à la tranquillité, nous le voyons très bien et nous continuerons d’aider dans tous les domaines », a-t-il ajouté sans expliciter quoique ce soit.

Le corps de l’enfant a été retrouvé samedi dans la ville de Tlahuac, au sud-est de la capitale. Elle avait disparu le 11 février.

Lundi, le bureau du procureur local a offert une récompense de deux millions de pesos (environ 107.000 dollars) à ceux qui fourniraient des informations sur le ou les assassins.

La Grèce au ralenti, grèves et manifestations contre une réforme des retraites

Des milliers de Grecs ont protesté mardi contre un projet de réforme des retraites qui prolonge, selon le syndicat des fonctionnaires, la réduction des pensions imposée au plus fort de la crise.

La Confédération des fonctionnaires (Adedy) a appelé à une grève de 24 heures, également observée par les employés des mairies et préfectures ainsi que ceux des transports en commun (métro, bus, tramway ou trolley), perturbant fortement la circulation dans le centre d’Athènes.

« Le projet de loi que le gouvernement a déposé au Parlement n’est rien d’autre que le prolongement des lois d’austérité, adoptées pendant la crise (2010-2018) et ayant entraîné des réductions de pensions allant de 20% à 60% », a indiqué l’Adedy dans un communiqué.

Les liaisons maritimes ont été aussi affectées par la grève du syndicat des marins.

Les journalistes ont observé un arrêt de travail de trois heures en début d’après-midi.

Environ 10.000 personnes ont manifesté dans le calme dans le centre d’Athènes, selon la police de la capitale.

« Aucune coupe dans les retraites » ont scandé les manifestants. « Pas de carnage dans le système de sécurité sociale », pouvait-on aussi lire sur les pancartes.

« Touchez pas au système de sécurité sociale », « sécurité sociale pour tout le monde », proclamaient de leur côté les banderoles des manifestants du PAME, le syndicat des travailleurs proche du parti communiste.

« La nouvelle loi sur la sécurité sociale met l’accent sur les chiffres et pas sur l’humain. Le système de sécurité sociale se privatise peu à peu, a déploré à l’AFP Panagiota, une étudiante dans le cortège de la manifestation.

A côté d’elle, son amie Maria, secrétaire dans un bureau d’avocats, estime que « l’Etat social a été mis à mal pendant la crise, il est temps de le reconstruire et de ne pas le détruire davantage ».

Des rassemblements ont eu lieu dans d’autres villes du pays. A Théssalonique, deuxième ville dans le nord du pays, 2.500 ont manifesté, selon la police.

Le projet de loi réformant les retraites, qui doit être voté d’ici vendredi au Parlement, vise à garantir la viabilité du système d’ici à 2070, selon le gouvernement conservateur.

A la différence des syndicats, le gouvernement soutient que le projet comprend des augmentations pour certaines catégories professionnelles et réduit les pénalités infligées aux retraités qui continuent à travailler.

La Grèce a réformé à plusieurs reprises ces dernières décennies son système de sécurité sociale, caractérisé par des dépenses excessives, l’une des raisons de la crise de la dette.

Deux réformes principales ont raboté les pensions, supprimé les nombreuses caisses de sécurité sociale et augmenté l’âge de départ à la retraite à 67 ans en raison du vieillissement de la population.

Les syndicats réclament le « rétablissement des 13e et 14e mois », supprimés lors de la crise, ainsi que la réduction de l’âge de départ à la retraite.

Il s’agit de la deuxième mobilisation contre le gouvernement élu en juillet: en octobre, une grève générale dans les secteurs public et privé avait été observée pour protester contre une réforme sur la libéralisation du marché de travail visant, selon la majorité de droite, à attirer les investissements, priorité du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis.

Israël: le procès pour corruption de Netanyahu débutera le 17 mars

Le procès pour corruption de Benjamin Netanyahu, seul chef du gouvernement dans l’histoire d’Israël à être inculpé au cours de son mandat débutera le 17 mars prochain, deux semaines après les élections cruciales à sa survie politique, a annoncé mardi la justice.

Dans un communiqué succinct, le ministère de la Justice a indiqué que l’acte d’accusation sera lu par la juge Rivka Friedman-Feldman de la cour de Jérusalem en présence de M. Netanyahu le mardi 17 mars dans l’après-midi.

L’annonce de cette date intervient alors que le Premier ministre israélien, âgé de 70 ans, mène sa campagne en vue des élections législatives du 2 mars, les troisièmes en moins d’un an en Israël, après des scrutins n’ayant pas réussi à le départager de son rival Benny Gantz.

Ce dernier avait refusé après les législatives de septembre de joindre un gouvernement d’union mené par M. Netanyahu estimant que ce dernier devait en premier lieu régler ses différends avec la justice avant de prétendre au pouvoir.

Le Premier ministre a été inculpé à l’automne de corruption, malversation et abus de confiance dans trois affaires par le procureur Avichaï Mandelblit.

La loi israélienne prévoit que tout ministre poursuivi pénalement doit démissionner de ses fonctions, mais cette mesure ne s’applique pas au Premier ministre. S’il peut rester actuellement en fonction, Benjamin Netanyahu ne jouit toutefois d’aucune immunité face à la justice.

M. Netanyahu avait ainsi demandé début janvier au Parlement, la Knesset, de lui accorder une immunité au terme des prochaines législatives du 2 mars, misant sur sa victoire pour obtenir une majorité et ainsi se protéger de la justice.

Mais les partis d’opposition ont convaincu une majorité de députés d’examiner sa demande d’immunité avant les élections. Devant le rejet anticipé de sa requête, M. Netanyahu avait retiré fin janvier in extremis sa demande d’immunité judiciaire.

M. Netanyahu, qui compte 14 ans à l’horodateur du pouvoir dont la dernière décennie sans discontinuer, dénonce un complot de ses détracteurs afin d’ourdir, dit-il, un « coup d’Etat » juridique contre lui.

– Sans les partis arabes –

Pour l’heure, l’annonce de son inculpation pour corruption n’a pas fait bouger le baromètre politique en Israël.

Selon un dernier sondage de la chaîne israélienne Channel 13, la formation centriste Kahol Lavan (« Bleu-blanc », les couleurs du drapeau israélien) de l’ex-général Benny Gantz obtiendrait 36 sièges sur les 120 de la Knesset, contre 33 pour le Likoud (droite) de M. Netanyahu.

En comptabilisant leurs alliés respectifs, la gauche pour M. Gantz, la droite radicale et les partis religieux pour M. Netanyahu, aucun des deux grands blocs ne parvient à atteindre 61 députés, seuil de la majorité au Parlement israélien.

Après des visites à Washington, pour l’annonce du projet américain pour le Moyen-Orient, à Moscou, pour la libération d’une jeune Américano-Israélienne condamnée pour « trafic de drogues », et en Afrique, pour discuter d’une « normalisation » des relations avec le Soudan, M. Netanyahu multiplie ces jours-ci les meetings politiques.

Sur les artères de Jérusalem, de grandes affiches ont fait leur apparition ornées du slogan, en hébreu, « Bli Ahmed Tibi » – sans Ahmed Tibi – un des leaders de la « Liste unie » des partis arabes israéliens.

Les partis arabes avaient soutenu sans succès, au terme de la dernière élection, la candidature de Benny Gantz pour le poste de Premier ministre et en vue de chasser du pouvoir M. Netanyahu.

« Si un million d’électeurs du Likoud en convainquent 300.000 autres qui n’ont pas voté lors des dernières élections, alors nous gagnerons en grand, formerons un gouvernement de droite et ferons ainsi barrage à un gouvernement dangereux soutenu par la liste unie », a écrit sur Twitter le Premier ministre peu après l’annonce du début de son procès.

RDCongo: au moins dix morts dans un nouveau massacre près de Beni

Au moins dix personnes ont été massacrées lundi soir près de l’Ouganda dans l’est de la République démocratique du Congo, ont indiqué mardi à l’AFP des sources locales, ce qui porte à 393 le nombre de personnes tuées dans cette région de Beni depuis début novembre.

Des centaines de civils fuyaient mardi matin à pied, en moto, en camion, les lieux de cette nouvelle tuerie attribuée par les autorités au groupe armé ADF (Forces démocratiques alliées), a constaté un correspondant de l’AFP qui s’est rendu sur place.

Le massacre a eu lieu au sud-est de la ville de Beni, où se trouvait encore mardi matin la présidente de l’Assemblée nationale Jeanine Mabunda, en visite dans la région.

« Huit civils, un agent des renseignements et un soldat » ont été tués dans l’attaque du village de Manzahalo, a indiqué un responsable local, John Kambale, à l’AFP. Dix maisons ont été incendiées.

Le bilan a été confirmé par un officier sous couvert de l’anonymat.

Les ADF ont tué 393 personnes depuis début novembre, selon le décompte des enquêteurs du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST en anglais, qui intègre plusieurs organisations). Le KST dénombre onze morts dans la dernière tuerie.

Qualifiés de « terroristes » par les autorités, les ADF ont tué plus d’un millier de civils dans la région de Beni depuis 2014.

D’après les experts et les observateurs, les ADF se vengent sur les civils des opérations de l’armée congolaise lancées fin octobre.

« Malgré la prise du quartier général des ADF, et l’annonce de la mort de 5 des 6 chefs de ce groupe armé par l’armée congolaise, les massacres se poursuivent à un rythme effréné dans le territoire de Beni », observent les enquêteurs du Baromètre sécuritaire du Kivu.

Travaillant avec de multiples sources dans la région, ils avancent que les pertes de l’armée sont très fortes: « Une source ayant requis l’anonymat estime que près de 300 soldats congolais seraient morts depuis le début de l’offensive contre les ADF en novembre ».

« On ne vous laissera pas, on ne vous abandonnera pas », a promis la présidente de l’Assemblée Jeanine Mabunda lundi à des déplacés qui ont fui les précédentes tueries des ADF.

« Notre pays est attaqué à partir de ce territoire. Le problème de Beni, c’est le problème de toute la Nation », a ajouté cette proche de l’ancien président Joseph Kabila dont elle a été conseillère chargée de la lutte contre les violences sexuelles.

A l’origine, les ADF sont des rebelles ougandais musulmans présents dans l’actuelle RDC depuis 1995.

Opposés au régime du président Yoweri Museveni, ils n’ont plus lancé d’attaque contre Kampala depuis des années.

Les ADF « possèdent les caractéristiques à la fois d’un groupe armé et d’une organisation criminelle, et semblent suivre une idéologie islamiste extrême », selon un rapport remis en janvier au Conseil de sécurité des Nations unies.

Il n’y a pas assez d’éléments de renseignements pour prouver « des liens avec des groupes extrémistes islamiques internationaux », ajoute le rapport.

Afghanistan: le président sortant Ashraf Ghani réélu

Le président sortant Ashraf Ghani a été réélu à la tête de l’Afghanistan, selon les résultats définitifs de la présidentielle du 28 septembre annoncés mardi par la Commission électorale indépendante (IEC) et déjà contestés par son principal adversaire Abdullah Abdullah.

« La Commission électorale (…) déclare M. Ashraf Ghani, qui a obtenu 50,64% des votes, président de l’Afghanistan », a déclaré Hawa Alam Nuristani, la présidente de l’IEC, lors d’une conférence de presse.

M. Ghani sera donc probablement assis face aux talibans à la table des négociations lors de futures discussions intra-afghanes visant à décider de l’avenir du pays.

« Que Dieu l’aide à servir le peuple d’Afghanistan… Je prie aussi pour que la paix arrive dans notre pays », a encore ajouté Mme Nuristani.

Les résultats définitifs de la présidentielle sont cependant déjà contestés, comme ils l’avaient déjà été en 2014, par l’équipe d’Abdullah Abdullah.

Le chef de l’exécutif afghan, principal adversaire d’Ashraf Ghani, a obtenu 39.52% des votes, selon l’IEC.

« Les résultats annoncés par la commission n’ont aucune légitimité », a réagi le porte-parole de son équipe de campagne, Faraidoon Khwazoon, interrogé par l’AFP.

« Nous nous sommes retirés du processus (électoral) il y a deux jours. Les commissions n’agissaient pas selon la loi et avaient perdu leur légitimité », a-t-il affirmé.

Le vice-président Abdul Rashid Dostum, un puissant ancien seigneur de guerre et allié d’Abdullah Abdullah, a lui aussi menacé de former un gouvernement parallèle si des résultats « frauduleux » étaient annoncés.

Tant la population afghane que la communauté internationale craignent une répétition du scénario de 2014, quand Abdullah Abdullah avait contesté les résultats du scrutin, entaché de graves irrégularités, ce qui avait débouché sur une crise constitutionnelle.

– Très faible participation –

L’annonce intervient alors que Washington continue de négocier en parallèle un accord avec les talibans en vue d’un retrait des troupes américaines d’Afghanistan, en échange notamment de garanties sécuritaires.

Si le gouvernement de Kaboul a jusqu’ici été écarté de la table des négociations, il doit participer aux discussions intra-afghanes avec les insurgés, censées s’ouvrir après la signature d’un accord antre Américains et talibans.

Lundi, l’envoyé américain Zalmay Khalilzad, qui représente Washington depuis plus d’un an lors des pourparlers entre les deux parties, s’est dit « prudemment optimiste » quant aux progrès réalisés en vue d’un éventuel accord.

Les États-Unis ont « des engagements de la part des talibans sur les questions de sécurité », a-t-il déclaré lors d’une conférence à Islamabad.

Le président américain Donald Trump a de son côté estimé jeudi dernier qu’un accord bilatéral était « très proche ».

Les talibans, les forces de sécurité afghanes et les Etats-Unis doivent lancer une « réduction de la violence » de sept jours, ont annoncé des responsables la semaine dernière. Celle-ci n’a toutefois pas encore démarré.

Pour l’analyste Atta Noori, l’élection de Ghani est « un pas en avant » dans le processus des négociations. « Un gouvernement chancelant n’était pas en position de pouvoir parler avec les talibans », a-t-il expliqué.

« Les événements à venir sont plus importants que les plaintes d’Abdullah au sujet de fraudes », a encore ajouté M. Noori.

Les résultats ont été annoncés avec plus de trois mois de retard, près de cinq mois après l’élection. Un total de 16.500 plaintes pour irrégularités avaient été déposées par les candidats, ralentissant le processus.

Des résultats préliminaires rendus publics fin décembre avaient déjà montré la victoire à la majorité absolue du chef de l’État afghan.

Cette présidentielle a été marquée par une participation très faible, avec 1,8 million de votes pris en compte par l’IEC, sur un total de 9,6 millions d’électeurs enregistrés. Près d’un million sur les 2,7 millions de votes recensés à l’origine avaient été écartés pour irrégularités.

Escalade dans l’est de l’Ukraine: un soldat tué, cinq blessés (Kiev)

Un soldat ukrainien a été tué et cinq autres blessés dans des combats mardi matin avec les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine dans un incident dénoncé de part et d’autre comme une « provocation ».

« Les rebelles et les occupants (russes) ont organisé une provocation cynique » dans une « tentative de faire échouer le processus de paix », a accusé sur Facebook le président Volodymyr Zelensky.

« Nous avons une armée puissante, elle a riposté fortement. La situation est totalement contrôlée par notre armée », a-t-il assuré plus tard lors d’un point de presse. « Cette provocation ne changera pas notre politique (…) nous avançons résolument vers la fin de la guerre, vers la paix », a encore affirmé le chef de l’Etat.

Cette escalade, « une des pires » de ces dernières années selon l’armée ukrainienne, est survenue dans la région de Lougansk, près des villages de Novotochkivka et Krymské et à moins de dix kilomètres d’un des trois secteurs où les belligérants avaient procédé au retrait des forces l’an dernier.

Tôt le matin, les séparatistes ont tenté de percer la ligne de front en bombardant des positions ukrainiennes à l’aide de pièces d’artillerie de calibre 152 et 120 millimètres, de mitrailleuses et d’un char, a indiqué le service de presse de l’armée.

Des unités d’assaut ont ensuite tenté d’occuper des postes d’observation des militaires ukrainiens, a précisé Rouslan Khomtchak, commandant de l’état-major général de l’armée. Selon lui, le combat a duré plusieurs heures, Kiev a riposté avec des tirs d’artillerie, selon la même source.

« Nous sommes profondément préoccupés » et « appelons d’urgence la Russie à maintenir ses engagements » de paix, a réagi l’ambassade américaine sur Twitter.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a de son côté fait état de « victimes des deux côtés » assurant n’avoir pas de détails sur les affrontements.

Le leader séparatiste de Lougansk, Léonid Pasetchnik, a de son côté dénoncé une « provocation sanglante de Kiev », accusant les Ukrainiens d’avoir bombardé la république autoproclamée.

« La position agressive de Kiev remet en cause » l’organisation d’un nouveau sommet de paix sur l’Ukraine attendu a priori en avril réunissant M. Zelensky, et les dirigeants russes, français et allemand, a-t-il affirmé selon l’agence officielle séparatiste.

L’Ukraine est en proie depuis presque six ans à une guerre avec des séparatistes prorusses dans les régions de l’est(- de son territoire, qui a fait plus de 13.000 morts et environ 1,5 millions de personnes déplacées.

L’intensité des combats a nettement baissé après la signature des accords de paix de Minsk en février 2015, mais des regains de violences réguliers continuent d’alourdir le bilan.

Une certaine détente entre Kiev et Moscou, accusée de soutenir les rebelles, est observée depuis l’arrivée au pouvoir l’an dernier de M. Zelensky, qui a notamment rencontré en décembre Vladimir Poutine lors d’un sommet de paix à Paris. Mais la résolution politique du conflit reste quasiment au point mort.

Turquie: acquittement du mécène Osman Kavala dans un procès emblématique

Un tribunal turc a acquitté mardi plusieurs figures majeures de la société civile, dont le célèbre mécène Osman Kavala, une décision inattendue annoncée à l’issue d’un procès emblématique de l’érosion des libertés en Turquie.

Le tribunal de Silivri, près d’Istanbul, a acquitté M. Kavala et huit co-accusés qui comparaissaient mardi « en l’absence de preuves suffisantes » pour appuyer les accusations de « tentative de renversement du gouvernement », selon une correspondante de l’AFP.

Les accusés étaient poursuivis pour leur implication dans des manifestations antigouvernementales en 2013, connues sous le nom de mouvement de Gezi, visant l’actuel président Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre.

Pour nombre d’ONG, ce procès, qui reposait sur peu d’éléments concrets, visait à envoyer un message d’intimidation à la société civile pour dissuader toute nouvelle manifestation d’envergure contre le président Erdogan qui dirige la Turquie depuis 2003.

Le tribunal a par ailleurs ordonné la remise en liberté de M. Kavala, un homme d’affaires et philanthrope incarcéré depuis plus de deux ans dans le cadre de cette affaire qui a suscité la vive inquiétude des ONG et des pays occidentaux quant à la situation des libertés en Turquie.

Après l’annonce de cette décision, les dizaines de personnes présentes au tribunal pour soutenir les accusés ont applaudi à tout rompre, selon la journaliste de l’AFP.

Le tribunal a en outre dissocié les dossiers de sept autres accusés qui n’étaient pas présents au tribunal, dont le journaliste Can Dündar, qui s’est exilé en Allemagne.

Son emprisonnement a fait de M. Kavala le symbole de la répression orchestrée contre la société civile en Turquie, en particulier depuis une tentative de putsch en 2016 contre M. Erdogan suivie de purges massives.

M. Kavala, connu des cercles intellectuels en Europe, était notamment accusé d’avoir financé le mouvement de Gezi. Il risquait la prison à vie.

– « Immenses souffrances » –

« Les acquittements prononcés aujourd’hui sont la bonne décision. La remise en liberté d’Osman Kavala n’a que trop tardé », a déclaré à l’AFP la représentante en Turquie de l’ONG Human Rights Watch, Emma Sinclair-Webb.

« Toute cette affaire a causé d’immenses souffrances à ceux qui ont été visés à tort, à commencer par Osman Kavala. C’est un procès dont le seul but était de s’en prendre à des défenseurs des droits humains », a-t-elle ajouté.

Le mouvement de Gezi a commencé avec un sit-in pour défendre le parc de Gezi, l’un des rares espaces verts au cœur d’Istanbul. Après une répression brutale, il s’est transformé en mouvement plus global contre M. Erdogan.

Hétéroclite, le mouvement rassemblait pêle-mêle des militants écologistes, des étudiants manifestant pour la première fois, des associations défendant les droits des femmes ou encore des musulmans anticapitalistes.

L’affaire est brusquement revenue sur le devant de la scène en 2018 lorsque le président Erdogan a commencé à présenter le mouvement Gezi comme une « tentative de coup d’Etat » préfigurant une tentative de renversement, bien réelle celle-là, en juillet 2016.

Dans son acte d’accusation de 657 pages, le procureur présentait le mouvement de Gezi comme une opération pilotée de l’étranger pour nuire à la Turquie.

En décembre, la Cour européenne des droits de l’Homme avait réclamé la libération immédiate de M. Kavala, soulignant l’absence de « faits, informations et preuves » dans l’acte d’accusation.

Parmi les éléments de l’accusation figurait une carte de la répartition des abeilles sur le territoire turc, trouvée dans le téléphone de M. Kavala. Le document a été présenté comme une preuve que le mécène entendait redessiner les frontières du pays.

Le président Erdogan a plusieurs fois attaqué nommément M. Kavala, l’accusant de « financer les terroristes » et d’être « le représentant en Turquie » du milliardaire américain d’origine hongroise George Soros, bête noire de plusieurs dirigeants autoritaires dans le monde.

La décision rendue mardi intervient quelques jours après l’acquittement de la célèbre romancière Asli Erdogan dans un autre procès symbolique où elle était accusée d’activités « terroristes ».

Procès fixé au 3 mars pour deux chercheurs français détenus en Iran

Le procès de deux universitaires français détenus en Iran depuis juin, Fariba Adelkhah et Roland Marchal, accusés de crimes contre la sécurité nationale de l’Etat, s’ouvrira le 3 mars à Téhéran, a déclaré mardi leur avocat à l’AFP.

Franco-iranienne, Mme Adelkhah est poursuivie pour « propagande contre le système » politique de la République islamique d’Iran et « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale ». Seul ce dernier chef d’accusation est retenu contre M. Marchal, son compagnon.

« La date du procès a été fixée pour le 13 Esfand (du calendrier iranien, soit le 3 mars) à 09h00 », a dit Me Saïd Dehqan, joint au téléphone par l’AFP.

Le procès doit avoir lieu devant la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran.

Affirmant avoir « vu leur acte d’accusation » lundi au greffe de ce tribunal, Me Dehqan a nié que les deux chercheurs aient été jugés et condamnés comme l’avait affirmé plus tôt mardi le porte-parole de l’Autorité judiciaire, Gholamhossein Esmaïli.

Mme Adelkhah et M. Marchal « ont été jugés en présence de leur avocat, condamnés, et purgent actuellement leur peine », a dit M. Esmaïli lors de sa conférence de presse hebdomadaire télévisée sans fournir la moindre explication supplémentaire sur le verdict supposé avoir été prononcé à l’encontre des deux Français.

Au contraire, a déclaré M. Dehqan, « nous sommes en train de préparer notre défense » en vue du procès.

Dans son compte-rendu de la conférence de presse de M. Esmaïli, Mizan Online, l’agence officielle de l’Autorité judiciaire, ne mentionne pas les propos du porte-parole sur la condamnation des deux chercheurs du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris.

– Refus des « ingérences » –

Citant le porte-parole, Mizan écrit que « l’acte d’accusation (contre Mme Adelkhah et M. Marchal) a été émis », que « les suspects sont en prison et (que) leur procès aura lieu le (3 mars) en présence de leur avocat ».

Mme Adelkhah est une anthropologue renommée, spécialiste du chiisme. M. Marchal est lui spécialiste de la Corne de l’Afrique.

Paris ne cesse de réclamer leur libération, mais face à ces demandes répétées, Téhéran dénonce régulièrement ce qu’il présente comme une ingérence dans ses affaires intérieures.

L’Iran ne reconnaît pas la double nationalité. Les arrestations d’étrangers en Iran, notamment binationaux, accusés souvent d’espionnage, se sont multipliées depuis le retrait unilatéral en 2018 des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement de dures sanctions américaines contre Téhéran.

M. Esmaïli a encore répété mardi que l’Iran n’acceptait pas les ingérences étrangères dans ses affaires judiciaires internes. « Nous nous souvenons que c’est la France qui a protégé l’un des plus grands suspects de crimes liés à la sûreté de l’Etat dans notre pays, Rouhollah Zam, jugé » à huis clos en Iran, a-t-il ajouté.

M. Zam est un opposant iranien qui était exilé en France.

En octobre dernier, les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont annoncé l’avoir arrêté en Irak après l’avoir attiré dans un piège.

– Echange de prisonniers –

Selon Me Dehqan, Mme Adelkhah a mis fin le 12 février à la grève de la faim qu’elle observait depuis le 24 décembre pour protester contre son incarcération.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a qualifié début février d' »insupportables » les détentions de Fariba Adelkhah et Roland Marchal.

Le comité de soutien des deux chercheurs estime que les charges retenues contre eux sont fabriquées de toutes pièces et ne cesse de réclamer leur libération immédiate.

Selon Jean-François Bayart, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et membre de ce comité, l’Iran détient « dix à quinze » ressortissants étrangers, souvent binationaux, comme l’universitaire australienne Kylie Moore-Gilbert et l’Irano-Britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe, employée de la Fondation Thomson Reuters.

Par ailleurs, M. Esmaïli a annoncé mardi que Téhéran avait libéré la veille un Allemand détenu en Iran et purgeant une peine de prison de 3 ans dans le cadre d’un échange de prisonniers avec Berlin, après l’élargissement et le retour en Iran d’un Iranien détenu en Allemagne où il était menacé d’extradition vers les Etats-Unis.

L’ENA, n’a, par son statut, pas d’équivalent en Europe et dans le monde: bref tour d’horizon

L’ENA, qu’Emmanuel Macron veut « réformer », forme les élites de la République et leur fournit un « statut », sans équivalent en Europe et dans le monde, hérité de l’histoire des grands corps de l’État, comme l’ensemble des grandes écoles (ENS, Polytechnique…).

Contrairement aux énarques, la très grande majorité des hauts fonctionnaires européens doivent suivre un long cursus hiérarchique, leur interdisant une rapide carrière au sommet.

« Dans la plupart des pays européens, les fonctionnaires, même +hauts+, sont des cols blancs qui ne jouissent d’aucun prestige social particulier (…). En France être énarque c’est posséder un statut qui garantit dès l’entrée l’appartenance à la haute fonction publique », explique à l’AFP Jean-Michel Eymeri-Douzans, professeur des universités et président du groupe européen de l’administration publique.

Les énarques « ont vocation à des carrières sommitales quasi-immédiates: conseil d’État ou inspection des finances à 28 ou 30 ans, ministre à 35 et… président de la République à 39 », ajoute ce spécialiste, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet.

L’ENA, tout comme ses répliques africaines héritées du passé colonial de la France (Tunisie, Tchad, Sénégal…), dont le concours d’entrée s’est démocratisé et qui compte des élèves boursiers, recrute essentiellement dans les classes sociales privilégiées.

Bref tour d’horizon, s’appuyant sur des données de l’Institut Montaigne, de l’université de Bourgogne, de l’Institut européen d’administration publique de Maastricht (IEAP), des travaux de M. Eymeri-Douzans, ainsi que d’un rapport du Sénat daté de 2001:

– Allemagne:

Dans ce pays fédéral, il n’existe pas de système de classes préparatoires ni de grande école centrale. La haute fonction publique (höherer Dienst) est surtout formée dans les universités: Berlin, Munich, Bonn, Cologne, Freiberg, Göttingen où les étudiants obtiennent un diplôme et, de préférence, un doctorat après avoir réussi un ou deux « Staatsexam » (examen d’État). Chaque ministère organise ses concours d’entrée, très sélectifs.

Les carrières sont lentes: on commence dans un bureau de l’administration d’un Land et on devient chef de bureau dans les très gros ministères après 40 ans. Les directeurs de ministères allemands ont plus de 55 ans.

Il existe néanmoins une formation parallèle dans des établissements spécialisés: la « Bundesakademie » (ou BAkÖV) à Brühl, qui forme les fonctionnaires fédéraux, la « Führungsakademie » de Stuttgart, pour les Länder et les fonctions de direction, et les hautes écoles spécialisées dans une quinzaine de Länder. Depuis les années 2000, la Hertie School of Governance, inspirée des écoles politiques publiques américaines, sorte de « Sciences Po » allemand, forme de plus en plus de futurs hauts fonctionnaires.

– Royaume Uni:

Les représentants du « Senior Civil Service » sont très majoritairement formés à Oxford et Cambridge, après une éducation déjà très sélective dans des écoles privées de renom, ces universités n’accueillant qu’à peine 7% des étudiants britanniques. Si la diversité sociale des recrutements s’accroît, 65% de tous ceux en poste sont encore diplômés d' »Oxbridge » et issus de la haute ou très haute bourgeoisie. Certains sont également formés à la London school of economy and political science (LSE) qui est l’équivalent de Sciences Politiques Paris, et a été créée sur son modèle.

– Espagne:

Il n’existe pas de concours d’entrée à l’Instituo Nacional de Administracion Publica (INAP), situé à Madrid, chargé de la formation initiale et continue des fonctionnaires et qui organise les concours pour intégrer les administrations. Etudiants en droit, en relations internationales, économie ou ingénierie se préparent à ces concours spécialisés très sélectifs, souvent à l’issue d’une formation de plusieurs années.

– L’Italie:

A l’instar de l’ENA, la Scuola Nazionale dell’Amministrazione – SNA IT, qui a remplacé en 2013 la Scuola Superiore della Pubblica Amministrazione, fondée en 1957 – remplit les fonctions de sélection et de formation des hauts fonctionnaires de l’administration via un concours central. Calquée sur le modèle français, sous l’autorité de la présidence du Conseil des ministres, elle recrute des cadres italiens, européens et étrangers et est partiellement délocalisée, entre Rome, Caserte (Campanie), Bologne et Acireale en Sicile.

– Suède

Après une formation universitaire, les étudiants effectuent des stages dans les très grosses agences publiques et les tout petits ministères. La formation se fait donc sur le tas et les hauts fonctionnaires travaillent tout de suite au contact des ministres.

– États-Unis:

Il n’existe pas d’école centralisée mais une fabrique à élites administratives, la Kennedy School of Government (HKS), au sein de l’université de Harvard, fondée en 1936 et qui forme surtout les dirigeants étrangers. Même s’il existe de très nombreuses écoles d’administration publique et que les hauts fonctionnaires proviennent d’horizons très variés, la très haute fonction publique (« schools of government », équivalents de Sciences Politiques dans le monde anglophone) reste assez homogène: le passage par des écoles privées puis les grandes universités de l’Ivy League – les huit meilleures universités – est pratiquement obligé. Harvard et Yale ont notamment formé les quatre derniers présidents: Barack Obama, George Bush père et fils, Bill Clinton.

Les Etats-Unis combinent aussi le spoil system (un nouveau gouvernement substitue les fonctionnaires en place par des fonctionnaires au nombre de ses partisans) pour l’accès aux emplois très supérieurs avec une forme de système de carrière à la française ou à l’allemande pour les emplois de direction intermédiaire.

– Corée du Sud:

C’est le National Human Resources Development Institute (NHI), basé à Jincheon, au sud de Séoul, qui forme les hauts fonctionnaires. Les plus hautes fonctions s’adressent à une soixantaine de directeurs généraux d’agences gouvernementales centrales et provinciales et aux cadres supérieurs des institutions publiques.

Présidentielle au Togo: à Sokodé la rebelle, le calme retrouvé au prix d’une lourde répression

Quelque chose d’irréel flottait dans l’air à Sokodé, l’indomptable ville rebelle du centre-nord du Togo, lorsque le président Faure Gnassingbé, en campagne pour un quatrième mandat samedi prochain, y a été acclamé par une foule en transe.

« Comment ne pas être surpris en étant accueilli comme vous l’avez fait aujourd’hui? », a réagi le chef de l’Etat devant la foule la semaine dernière. Ces dernières années, sur ces terres récemment acquises à l’opposition, sa démission avait été réclamée à cor et à cri lors d’autres rassemblements.

En effet, la deuxième ville du Togo a été, dès le mois d’août 2017, le bastion de la contestation politique qui a ensuite gagné tout le pays, après un demi-siècle de la même famille au pouvoir.

Des jeunes avaient érigé des barricades le long de la route nationale qui traverse la ville, mis le feu aux postes de police et attaqué les forces de sécurité.

Mais le nouveau maire de Sokodé, Ouro Gbele Tchanile, est catégorique: « La paix est revenue » et « la crise fait partie du passé ».

Pour le meeting du parti au pouvoir, Unir (Union pour la République), les habitants sont venus par milliers, pour écouter leur président exprimer ses regrets sur le sang versé depuis les premières manifestations populaires d’août 2017 – une vingtaine de morts au total dont au moins dix à Sokodé.

Qu’importe que les supporters aient été fortement encouragés à participer à cette liesse populaire à coups de billets de 2.000 CFA (trois euros), que des bus aient été affrétés des villages environnants avec la promesse d’un repas, que les écoles aient été libérées et que, selon des lycéens interrogés par l’AFP, les professeurs aient pris soin de marquer leur présence dans les rangs.

Un certain enthousiasme populaire était là, et beaucoup se sont dits « touchés » par la minute de silence en mémoire des victimes des manifestations.

« A chaque fois que nous nous opposons avec violence (…) c’est toujours le Togo qui perd », a rappelé le président, au pouvoir depuis 2005, après avoir succédé à son père, Gnassingbé Eyadéma.

– Couvre-feu –

Il y a quelques années, c’était un autre leader qui haranguait les foules à Sokodé, appelant au soulèvement populaire. Mais Tikpi Atchadam, le leader du Parti national panafricain (PNP), fils du pays, a été accusé d’avoir enflammé la jeunesse Tem majoritairement musulmane et se cache désormais au Ghana, selon ses proches.

Il envoie encore quelques messages audio sur Whatsapp dans l’espoir de continuer la lutte, mais son parti est désormais divisé et, explique l’un de ses anciens collaborateurs à l’AFP: « Depuis qu’il est en exil, il faut être honnête, la mayonnaise ne prend plus. »

Car s’il est vrai que Sokodé a renoué avec le calme, cela a été fait au prix d’une répression féroce, et les stigmates et la peur sont encore très présents parmi la population.

L’armée togolaise quadrille toujours la ville et des véhicules remplis de soldats cagoulés et équipés d’armes automatiques sillonnent les rues en continu.

Le couvre-feu imposé à la nuit tombée n’a jamais été levé, les habitants dénoncent des fouilles dans les maisons et des « bastonnades ».

Le quartier Kpalo-Kpalo, l’un des points chauds de la ville où le PNP tenait ses réunions, est bouclé par les soldats et le parti d’opposition, malgré son existence légale, n’a pas de siège. Ses membres doivent se réunir clandestinement.

– ‘On vit cachés’ –

« On vit cachés, on ne peut même plus s’exprimer en tant que leader du PNP », explique à l’AFP un cadre local du mouvement sous couvert de l’anonymat.

« Je suis l’un des rares à pouvoir vous répondre hors de prison, la plupart de mes collaborateurs ont été arrêtés », ajoute-t-il.

Depuis novembre 2019, une cinquantaine de personnes, accusées de préparer une insurrection armée, ont été arrêtées à Lomé et Sokodé, mais aussi au Bénin et au Ghana voisins.

Elles appartiendraient au mystérieux groupe de la « Tiger Revolution », une branche soi-disant radicalisée du PNP, qui rassemblerait les déçus de l’immobilisme d’Atchadam. Le PNP dénonce une machination destinée à « décapiter le parti ».

Exhibés à la télévision nationale avec des amulettes mystiques, des machettes et des kalachnikovs, les accusés ont déclaré devant les caméras avoir projeté de déstabiliser le pays.

« Le calme est revenu, mais c’est un calme précaire. Nous nous sentons stigmatisés en tant que musulmans et Tem, et les tensions peuvent éclater à tout moment », reconnaît un jeune partisan du PNP. « Il y a encore beaucoup de paranoïa et de méfiance entre les jeunes et les forces de l’ordre ».

« Qui veut la paix prépare la guerre », répète le maire dans son bureau à la peinture jaune écaillée, pour justifier la forte présence militaire. « Le tourisme s’est arrêté, le commerce a beaucoup souffert, le développement n’est pas possible sans sécurité ».

Les affiches de campagne d’Unir martèlent qu’il faut « croire en notre futur », et le président-candidat a promis la création de 500.000 emplois directs d’ici à 2022 pour apaiser les frustrations d’une jeunesse frappée par un chômage massif et une grande pauvreté.

En attendant, l’Eglise catholique, avec le soutien notamment de l’ONG Catholic Relief Services (CRS) tente de son côté d’impulser un dialogue réunissant les leaders politiques, religieux et les membres de la société civile.

« Nous essayons d’insister sur le ‘vivre ensemble’ dans nos prêches, dans nos homélies », explique l’évêque de Sokodé, Mgr Célestin-Marie Gaoua. « Les élections c’est l’affaire des politiciens, nous, nous essayons de construire un climat de paix, avant et après ».

Syrie: bombardements incessants du régime, exode massif

Deux mois après la reprise de son offensive pour reprendre la région d’Idleb en Syrie, le régime de Bachar al-Assad bombarde sans cesse ce dernier grand bastion des jihadistes et des rebelles poussant à la fuite près d’un million de personnes.

La Haut-commissaire de l’ONU Michèle Bachelet, s’est dite « horrifiée » par ces violences dans le nord-ouest du pays en guerre et a réclamé des « couloirs humanitaires » pour faciliter le « passage des civils en toute sécurité ».

Avec les combats et les frappes menées quotidiennement par le régime Assad et son allié russe, environ 900.000 personnes ont été déplacées dans la grande région d’Idleb et ses environs depuis le 1er décembre, en vaste majorité des femmes et des enfants, a affirmé l’ONU lundi, réitérant un appel pour un cessez-le-feu.

Cette vague d’exode en seulement un peu plus de deux mois est sans précédent depuis le début du conflit dévastateur en Syrie qui a jeté à la rue des millions de personnes et fait plus de 380.000 morts depuis 2011.

Les personnes déplacées « sont traumatisées et forcées de dormir dehors par des températures glaciales car les camps (de déplacés) sont pleins », a déploré le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, dans un communiqué.

« Les mères brûlent du plastique afin de réchauffer les enfants. Des bébés et de jeunes enfants meurent à cause du froid », s’est-t-il insurgé.

Quotidiennement dans la province d’Idleb et ses environs, ce sont les mêmes scènes d’exil dont sont témoins les correspondants de l’AFP. Les routes sont envahies par des camions et des voitures bourrés d’affaires empilées à la hâte par des civils cherchant à trouver refuge dans des secteurs jugés plus sûrs, près de la frontière turque.

Exposées à la neige, à la pluie et à des températures hivernales extrêmes, les familles les plus chanceuses trouvent une place dans les camps de déplacés informels où s’entassent déjà des dizaines de milliers de personnes.

Les autres passent la nuit dans leur voiture, ou montent une tente sommaire au milieu des champs.

– Ecoles et hôpitaux bombardés –

« La violence dans le nord-ouest de la Syrie est aveugle », a dit M. Lowcock. « Des établissements de santé, des écoles, des zones résidentielles des mosquées et des marchés ont été frappés ».

Mais le régime ne semble pas prêt à arrêter son offensive malgré les appels à un cessez-le-feu et après que ses forces, aidées par la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais, ont repris plus de 70% du territoire.

Lundi, M. Assad a averti qu’il comptait poursuivre l’assaut. « La bataille pour la libération des provinces d’Alep et d’Idleb se poursuit. »

Ce sont les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) qui dominent plus de la moitié de la province d’Idleb et des secteurs attenants dans celles d’Alep, de Hama et de Lattaquié. Ces territoires accueillent aussi d’autres groupuscules jihadistes, mais aussi des factions rebelles.

Plus de 380 civils ont péri depuis mi-décembre dans les violences, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les forces gouvernementales concentrent actuellement leurs opérations dans l’ouest de la province d’Alep, a indiqué l’OSDH en faisant état de raids aériens russes mardi dans l’ouest d’Alep et dans secteurs d’Idleb.

Les prorégime tentent de progresser « en direction de la montagne Cheikh Barakat », qui domine de vastes régions dans l’ouest d’Alep et le nord d’Idleb, près de la frontière turque, d’après le directeur de l’Observatoire, Rami Abdel Rahmane.

– Craintes pour les déplacés –

Si le régime reprend Cheikh Barakat, ces régions « pourraient se retrouver à portée de l’artillerie du régime », selon M. Abdel Rahmane. Or c’est là que se trouvent « des camps de déplacés qui accueillent des dizaines de milliers de personnes ».

Dimanche les forces du régime ont conquis toutes les localités aux abords de la métropole d’Alep, sécurisant la ville du pays en éloignant jihadistes et rebelles qui tiraient des roquettes et obus meurtriers.

« Nous sommes pleinement conscients que cette libération ne signifie pas la fin de la guerre », a martelé lundi M. Assad. « Mais cette libération signifie certainement qu’on leur a fait mordre la poussière en prélude à la défaite totale, tôt ou tard ».

Pour des experts, jihadistes et rebelles pourraient préserver une partie de la province d’Idleb.

La guerre en Syrie a été déclenchée par la répression de manifestations prodémocratie pacifiques, mais elle s’est ensuite complexifiée avec l’intervention d’acteurs régionaux et internationaux, outre les groupes jihadistes.

Un couple de danseuses rafraîchit l’étiquette du bal viennois

Le Bal de l’Opera, ce sera robe longue pour Iris et frac noir pour Sophie, premier couple de même sexe choisi pour ouvrir le prestigieux rendez-vous viennois, où le plaisir de valser l’emporte sur « ce qu’il y a dans le pantalon ».

Jeudi soir, devant quelque 5.000 spectateurs aux balcons de l’institution lyrique, et plus de deux millions devant leur télévision, ce qui avait commencé comme un pari deviendra réalité: les deux amies seront alignées parmi les couples triés sur le volet pour l’événement dansant de l’année.

« C’est le bal des bals (…) et nous nous sommes dit +imaginons qu’on envoie une candidature+ », raconte Iris Klopfer, arrivée à Vienne avec sa partenaire, Sophie Grau, pour les répétitions précédant le grand soir.

Originaires d’Allemagne, les étudiantes de 22 et 21 ans sont complices depuis leurs années lycée mais ne sont en couple que sur les parquets de danse et pas dans la vie.

Amatrice de bals, Iris a entraîné son amie dans la sélection drastique à laquelle sont soumis les aspirants débutants et débutantes, ces passionnés de valses, de polonaises, de quadrilles qui ouvrent, dans une chorégraphie parfaitement réglée, les nombreux bals qui se tiennent à Vienne chaque hiver.

« Ce que nous voulions au départ, c’est juste danser ici, rien de plus », explique Sophie Grau, cheveux courts et lunettes à monture sombre. Mais les deux élues souhaitent dire aussi « que ce que tu as dans le pantalon importe peu, pas plus que le corps dans lequel tu es né ».

– Guideur et guidé –

Les organisateurs du bal assurent n’avoir accordé aucun passe-droit aux jeunes femmes, ni modifié les critères de sélection qui incluent une parfaite maîtrise de la valse à gauche, dite « valse viennoise », avec son redoutable croisé de jambe.

Au grand soulagement de Maria Grossbauer, ordonnatrice de la soirée, Iris et Sophie « ont elles-mêmes souhaité qu’une des dames porte un frac noir et que l’autre dame porte une robe blanche », code vestimentaire indispensable à l’harmonie visuelle de la chorégraphie exécutée par les 144 couples.

Pour le reste, Mme Grossbauer dit « se réjouir » d’une brise de modernité, somme toute évidente à ses yeux : « Nous sommes en 2020. Elles sont les bienvenues, comme tous les couples le sont ».

Une évolution « totalement normale » aussi pour le directeur de l’Opéra Dominique Meyer, qui voit dans le couple de danseuses « un message clair contre l’homophobie ».

Radieuses lors de la répétition à laquelle l’AFP a assisté, parfaitement à l’aise parmi les autres débutants et débutantes venus de 11 pays, le duo questionne aussi les rapports traditionnellement établis entre partenaires dans les danses de salon.

« Je sais guider, elle sait guider », observe Iris Klopfer.

« Tout le monde peut apprendre à guider et toute le monde peut apprendre à se laisser guider », observe Sophie Grauer. « L’important, c’est le plaisir qu’on éprouve à danser ensemble ».

« Reine de la nuit », c’est le thème choisi pour le Bal de l’Opéra 2020. Inspiré de « La flûte enchantée » de Mozart, il va comme un gant aux deux têtes d’affiche de l’édition. Plus de 450 bals se tiennent à Vienne chaque hiver, déclinaison locale des festivités de carnaval, dont la tradition remonte au 19ème siècle.

A « mini-Kaboul », 40 ans de vie au Pakistan pour des réfugiés afghans

A « mini-Kaboul », un marché de Peshawar, la capitale du Nord-Ouest pakistanais, tout rappelle l’Afghanistan. Les vendeurs en sont tous originaires, à l’instar des millions de réfugiés afghans vivant au Pakistan, certains depuis maintenant quatre décennies.

Des enfants afghans poussent des chariots de fruits. Le dari, l’une des principales langues afghanes, inusitée au Pakistan, est omniprésent. Le « kabuli palao », plat national afghan, un riz assaisonné garni de viande, est roi.

« Nous avons passé une vie entière ici », observe Niaz Mohammed, un travailleur journalier de 50 ans originaire du Nangarhar, province de l’Est afghan frontalière avec le Pakistan.

Lui affirme avoir fui son pays dans les années 1980, alors que l’Afghanistan s’embrasait après l’invasion soviétique de Noël 1979. Quarante ans et des dizaines de milliers de morts plus tard, la violence ne s’est toujours pas atténuée.

« Nous avons eu des mariages ici, nos enfants sont nés ici. (…) Nous travaillons ici, alors qu’il n’y a pas de paix en Afghanistan, poursuit Niaz Mohammed. Nous sommes heureux ici. »

Lundi, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, en visite pour trois jours au Pakistan, à salué « l’énorme générosité » des Pakistanais, qui « n’ont pas seulement ouvert leurs frontières », mais aussi « leurs maisons et leurs cœurs » aux Afghans.

Car le Pakistan est l’un des plus grands pays d’accueil au monde, avec 2,7 millions de réfugiés afghans, enregistrés ou sans papiers, selon Islamabad.

Beaucoup vivent dans des camps, tandis que d’autres se sont construit une nouvelle vie, davantage insérés dans l’économie pakistanaise.

– Suspicion –

A « mini-Kaboul », les 5.000 échoppes sont tenues par des Afghans. Mais leur statut a toujours été temporaire. Les autorités fixent régulièrement des dates limites pour leur départ du Pakistan, qu’elles repoussent à mesure que le conflit s’aggrave en Afghanistan.

De nombreux Pakistanais considèrent ces réfugiés avec suspicion, les soupçonnant d’encourager l’extrémisme et la criminalité, et demandent qu’ils soient renvoyés chez eux.

Lundi, le deuxième vice-président afghan Sarwar Danish a également accusé des groupes insurgés de se servir de camps de réfugiés au Pakistan comme de « camps d’entraînement » pour combattants actifs en Afghanistan, ce que nie Islamabad.

« Il n’y a pas de sanctuaire (pour extrémistes, NDLR) ici », lui a répondu le Premier ministre pakistanais Imran Khan.

Au quotidien, les Afghans du Pakistan vivent en citoyens de seconde classe. Même ceux qui ont passé des décennies dans le pays ne peuvent posséder de terres ou une voiture. Très récemment, ils ont obtenu le droit d’ouvrir un compte bancaire.

Peu après son arrivée au pouvoir mi-2018, Imran Khan avait indiqué vouloir leur accorder la citoyenneté pakistanaise. Mais l’indignation avait été si forte que la mesure est depuis lors enterrée.

Nombre de réfugiés interrogés par l’AFP à Peshawar affirment malgré tout bien se sentir dans leur pays d’adoption.

Javed Khan, 28 ans, est né au Pakistan. Il s’est marié à une Pakistanaise, avec qui il a eu trois enfants. « Je ne partirai que si le Pakistan m’y force », assure-t-il.

La situation pourrait évoluer, alors que Donald Trump a récemment assuré qu’un accord était « très proche » entre Etats-Unis et talibans, permettant aux troupes américaines de se retirer d’Afghanistan en échange de garanties sécuritaires des insurgés.

Ceux-ci,dans un second temps, doivent discuter avec le gouvernement de Kaboul, dont ils n’ont jamais reconnu la légitimité.

– « Je ne veux pas revenir » –

Les deux parties n’en ont qu’après « leur propre intérêt », commente Mohammed Feroz, dubitatif quant à l’impact qu’un tel accord aurait sur sa vie. « Personne ne se soucie de nous. Pour nous, Dieu est le seul espoir », poursuit ce propriétaire d’un négoce d’habits dans « mini-Kaboul », arrivé à il y a 40 ans au Pakistan.

Même si la paix arrivait finalement, la plupart des réfugiés disent vouloir rester au Pakistan, car les opportunités économiques y sont meilleures.

Dans le camp de Khurasan, à la sortie de Peshawar, environ 5.000 Afghans vivent dans le dénuement.

Yaseen Ullah, 26 ans, sa mère et ses huit frères et sœurs, y partagent une petite maison en pisé de deux pièces sans eau courante. Malgré la dureté de leur vie, ils ne souhaitent pas non plus rentrer en Afghanistan.

Là-bas, « je n’ai pas de travail. Qu’est-ce que j’y ferai? », questionne ce chiffonnier de 26 ans.

Niaz Mohammed, père de sept enfants, tous nés dans un camp de réfugiés et qui parlent la langue pachtoune avec un accent pakistanais, est au diapason car il doit selon lui « nourrir (sa) famille ».

« Je le dis du fond du cœur, je préfère rester ici, confesse-t-il. Je ne veux pas revenir ».

En Algérie, les réseaux sociaux, garants de la mémoire d’une contestation inédite

Caisse de résonance du « Hirak », les réseaux sociaux ont façonné et accompagné ce mouvement de contestation antirégime inédit en Algérie, face à un discours officiel faisant fi de l’ampleur de la mobilisation populaire.

« Les réseaux sociaux ont permis de suivre le Hirak en continu et en temps réel, à différents endroits simultanément », explique à l’AFP Zahra Rahmouni, journaliste indépendante en Algérie.

« Ils ont montré la répression policière, brisé les préjugés et contrecarré un discours » qui voulait minorer ce mouvement de protestation non-violent déclenché le 22 février 2019, souligne la journaliste trentenaire.

Depuis un an, Zahra Rahmouni informe en direct ses abonnés sur Facebook, Instagram et Twitter, tout en se documentant elle-même sur ces plateformes.

Lieux d’expression du mécontentement commun, les réseaux sociaux ont été les chambres d’écho d’appels à manifester, les laboratoires des slogans de chaque marche hebdomadaire et les garants du caractère pacifique du « Hirak ».

Dans ce pays de 42 millions d’habitants, 23 millions sont des utilisateurs actifs des médias sociaux, selon le rapport 2019 de la plateforme de gestion des réseaux sociaux Hootsuite et de l’agence digitale We Are Social.

– Black-out médiatique –

« Qu’ils dégagent tous! » « Algérie libre et démocratique! » « Je suis un membre du Hirak! » « Tu n’es pas mon Président! », adressé au chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune, successeur d’Abdelaziz Bouteflika élu en décembre lors d’un scrutin massivement boycotté par la population. Autant de mots-dièse devenus des cris de ralliement de la contestation, lancés à la fois dans la rue et sur la toile.

A l’instar de ce qui se passe sur le terrain, la mobilisation virtuelle est disparate et dispersée, sans leadership, mais elle est opiniâtre, visible sur l’ensemble du territoire et réunit les générations.

Si « les réseaux sociaux ont permis à des Algériens d’exprimer une forme d’engagement politique interdite dans l’espace public, ils ont surtout été une alternative au déficit (d’informations) laissé par de nombreux médias », explique à l’AFP le politologue algérien Chérif Dris.

Face au black-out médiatique des chaînes privées -proches du pouvoir- et de la télévision publique, qui a fait l’impasse quasiment toute l’année sur les manifestations, les réseaux sociaux sont devenus une des principales sources d’information.

En présentant la réalité du terrain dans différentes régions du pays, « ils ont participé à forger la légitimité du mouvement et à déconstruire le discours officiel », observe Chérif Dris.

Mais ils ont aussi nourri des débats enflammés au sein même du « Hirak », comme en témoigne la vive polémique qui a opposé l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud, qui a décrété « l’échec provisoire » du mouvement, à des détracteurs le qualifiant de « traître ».

Sur Facebook et Twitter, les échanges ont fusé: les uns constructifs, les autres virulents.

– Mémoire collective –

Bien que polluées par une désinformation massive des pro et antirégime, les nouvelles partagées sur les réseaux, une fois passées au crible, sont porteuses d’une mémoire collective.

Soucieux de conserver une trace du flot d’informations généré par le « Hirak », un groupe de chercheurs a lancé dès février 2019 une collecte d’archives.

Photos, vidéos, tracts, communiqués et déclarations sont récupérés au fur et à mesure que se développe le mouvement, principalement sur les réseaux sociaux.

Pages Facebook d’organisations comme le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), pages anonymes ou groupes créés à la hâte pour faire vivre le débat, constituent une précieuse base de données.

« Au travers des photos de slogans collectées, nous pouvons observer l’évolution des revendications », constate Sarah Adjel, doctorante en histoire et cofondatrice du projet « Algérie: initiative d’archives collectives ».

« Le déliement de la parole qui s’exprime sur les réseaux sociaux est fascinant », affirme-t-elle.

La collecte d’archives est, selon Sarah Adjel, une garantie face à toute « tentative de falsification de l’histoire ».

A long terme, l’ambition est que les documents conservés soient accessibles aux Algériens.

Du côté des autorités, aux tentatives de perturber internet lors des premières marches du « Hirak » ont succédé des offensives de trolls prorégime sur Facebook et Twitter.

Plusieurs activistes ont par ailleurs payé le prix de leur liberté de ton sur les réseaux sociaux, en étant poursuivis à cause de publications Facebook, selon le CNLD.

Dans un communiqué, Human Rights Watch a dénoncé la mise en examen d’un jeune romancier, Anouar Rahmani, pour « insulte au président de la République » et « atteinte à la sûreté de l’Etat », après qu’il eut moqué M. Tebboune sur Facebook.

Une star des réseaux sociaux veut réveiller la Russie sur le VIH

S’inquiéter du sida plutôt que du coronavirus: Le film d’un youtubeur russe a braqué les projecteurs sur le VIH afin de réveiller la jeune génération sur cette maladie qui ronge la Russie dans l’indifférence des autorités.

Avec sa vidéo « VIH en Russie, l’épidémie dont on ne parle pas », Iouri Doud, 33 ans, a rassemblé plus de 13 millions de vues sur YouTube en moins d’une semaine. Et il a fait réagir des responsables politiques d’ordinaire très discrets sur le sujet.

Star des réseaux sociaux très suivie par la jeunesse, Doud est d’abord connu pour ses interviews décontractées avec des politiques et des artistes de tous bords.

Il avait enregistré un premier grand succès l’année passée avec un film pédagogique sur l’histoire du goulag stalinien, thème largement passé sous silence en Russie. La vidéo affiche plus de 19,2 millions de vues sur YouTube.

Toujours dans cette logique éducative, Doud s’attaque cette fois-ci à un thème de santé public largement tabou, détaillant tous les aspects du VIH/sida : vie quotidienne des séropositifs, des modes de contamination, des thérapies, de la prévention.

« Les gens qui vivent avec le VIH en Russie sont tout le temps victimes de discrimination. On en a honte, on les fuit, on les dédaigne », regrette Iouri Doud dans sa vidéo.

– 103.000 infectés –

S’attaquant aux idées reçues en rappelant par exemple que les moustiques et les baisers ne présentent pas de risque, il appelle aussi chacun à se faire dépister, expliquant l’existence de tests salivaires en pharmacie.

En Russie, plus de 1,1 million de personnes vivent avec le VIH sur une population de 144,5 millions. Au moins 300.000 personnes sont mortes du sida depuis 1987 et le rythme de propagation de la maladie reste très élevé.

« Il y a eu 103.000 nouvelles infections en 2018, contre 6.200 en France. Et ces nouveaux cas sont le résultat d’un manque de prévention et d’information », explique Vadim Pokrovski, directeur du Centre fédéral de lutte contre le sida.

« On n’en fait pas assez. Et il ne faut pas seulement soigner les malades », relève aussi Vladimir Maïanovski, directeur d’une organisation de soutien aux séropositifs.

Sur les réseaux sociaux, les commentaires sont généralement laudateurs. « Où peut-on voter pour qu’on montre ce film à l’école ? », écrit Nadia Khiakli, dont la remarque a attiré 29.000 « likes » sur YouTube.

Autre effet, dans les jours ayant suivi la publication du film le 11 février, le nombre de recherches liées au sida en russe sur Google a bondi: pour les mots-clés « acheter test VIH » de 350%.

– « Mauvaise façon » –

Face à ce phénomène, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov a jugé que la vidéo « méritait que l’on s’y intéresse ». Le président de la Cour des comptes, Alexeï Koudrine, a promis d’évaluer l’efficacité de l’assistance aux malades.

Iouri Doud a aussi été invité au Parlement pour parler prévention et son film a été montré à la chambre basse, même si seuls quelques députés ont fait le déplacement.

Ces réactions sont d’autant plus inhabituelles que les politiques publiques en la matière ont été décriées par les experts.

« Dans la tête des gens qui prennent des décisions en Russie, le VIH c’est de toute façon les drogués et les gens qui vivent +de la mauvaise façon+ », regrette Igor Ptchelintsev, responsable de l’ONG de lutte contre le sida « Chagui ».

Depuis 2016, plusieurs ONG spécialisées dans la lutte contre le VIH ont été classées « agents de l’étranger », dénomination controversée qui gêne grandement leur travail et la récolte de fonds.

Sous Vladimir Poutine, proche de l’Eglise orthodoxe, les idées conservatrices ont été remises au goût du jour, si bien que des mesures de prévention efficaces n’ont pas été mises en oeuvre, qu’il s’agisse de toxicomanie ou de sexualité. Les campagnes d’information mettent en avant l’abstinence plus que le préservatif.

Un article du quotidien Vedomosti, titré « Doud à la place du ministère de la Santé », a jugé dès lors le blogueur « plus efficace » que l’Etat.

« De nouvelles personnes sont allées se faire dépister. Et il y a même un intérêt parmi les preneurs de décisions. C’est bien! », se réjouit le chercheur Vadim Pokrovski.

En Grèce continentale, les habitants font obstruction à la venue des migrants

« Nous n’accepterons aucune colonisation illégale ». La banderole déployée à Makrygialos, dans le nord de la Grèce, proclame sans détour le refus des villageois d’accueillir 200 demandeurs d’asile en provenance des îles de la mer Egée.

Comme beaucoup d’autres communes de Grèce continentale, ce village de 1.000 âmes se montre inflexible dans le bras de fer qui l’oppose au gouvernement d’Athènes sur une nouvelle répartition des migrants sur l’ensemble du territoire grec.

« Nous sommes déterminés à défendre notre patrie. Nous ferons tout pour les empêcher de venir », a lancé Tasos Yiakoumis, un avocat rencontré à Makrygialos dans une manifestation anti-migrants.

Sept mois après son arrivée au pouvoir, sur la promesse de résoudre la nouvelle crise migratoire en Grèce, le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis se trouve dans une impasse.

Ni les îles de la mer Egée, directement impactées par le flux migratoire constant en provenance de la Turquie voisine, ni le continent ne veulent accueillir les milliers de demandeurs d’asile hébergés dans des camps sordides et surpeuplés.

Quelque 38.000 demandeurs d’asile s’entassent ainsi, beaucoup depuis des mois voire des années, dans les camps de Lesbos, Samos, Chios, Leros et Kos, pour une capacité théorique de 6.200 personnes.

Autorités locales et habitants sur ces îles refusent d’en accueillir davantage et exigent l’évacuation immédiate de la vaste majorité des migrants.

Mais la population fait également obstruction sur le continent, où le gouvernement a transféré 9.000 demandeurs d’asile sur les 20.000 prévus l’an dernier.

A Makrygialos, village côtier à 450 km au nord d’Athènes, quelque 300 habitants ont protesté contre l’installation de 200 migrants dans une bâtisse désaffectée ancien foyer pour malades mentaux.

– « Quel touriste » voudra venir? –

« Nous connaissons très bien leur plan, ils veulent islamiser l’ensemble du monde occidental, ça ne passera pas », scande Yiakoumis au microphone.

Un autre orateur prétend que « les réfugiés enlèvent les enfants » et que « la plupart des gens qui viennent en Grèce ont un casier judiciaire et sont recherchés dans leur pays ».

D’autres habitants affirment que le taux de criminalité augmentera si les migrants arrivent dans le village, qui vit surtout du tourisme.

« C’est une zone touristique. Quel touriste voudra prendre des vacances à côté (d’un refuge pour migrants)? », demande le maire Anastasios Manolas, ancien officier de l’armée de Terre.

Au cours des derniers mois, des manifestations similaires ont eu lieu dans d’autres communes du nord de la Grèce où les habitants faisaient corps pour empêcher les bus de déverser les migrants arrivant des îles.

La semaine dernière à Vrasna, des parents d’élèves ont refusé de partager l’école maternelle avec un petit nombre d’enfants réfugiés, qui ont été contraints de chercher un autre établissement scolaire.

Sur les îles aussi, l’exaspération est à son comble, depuis que le gouvernement a annoncé l’ouverture à l’été de nouvelles infrastructures « fermées » pour héberger les migrants.

Les insulaires, favorables à la fermeture des camps insalubres de Lesbos, Samos et Chios, annoncée par le gouvernement, refusent cependant leur remplacement par d’autres centres, craignant que la situation ne perdure.

Cinq ans après la grande crise migratoire de 2015, l’impasse dans laquelle se trouve la Grèce, à nouveau première porte d’entrée des migrants en Europe, a provoqué des manifestations émaillées d’incidents aux relents xénophobes, et de bagarres entre migrants et populations locales des îles égéennes.

La colère des insulaires est encore montée d’un cran quand le gouvernement a annoncé la réquisition de terrains pour les futurs centres d’hébergement.

Le ministre des Migrations Notis Mitarachi a finalement donné aux autorités des îles une semaine de réflexion pour suggérer des localisations alternatives pour les nouveaux camps.

Ioukos: une affaire russe à 50 milliards devant la justice néerlandaise

Plus de quinze ans après les faits, un tribunal néerlandais tranchera mardi sur le volet principal de la tentaculaire affaire Ioukos, ancien groupe pétrolier dont les anciens actionnaires réclament 50 milliards de dollars à la Russie.

Accusée par les ex-actionnaires d’avoir orchestré le démantèlement de Ioukos pour des raisons politiques, la Russie avait été condamnée en 2014 par la Cour permanente d’arbitrage (CPA), juridiction internationale située à La Haye, à leur verser une indemnisation de 50 milliards de dollars (46 milliards d’euros), ce que le pouvoir russe a refusé.

Jugeant que la CPA n’avait pas compétence pour octroyer cette indemnisation, un tribunal néerlandais avait annulé son jugement en 2016, une décision contestée par les requérants qui espèrent avoir gain de cause mardi devant la Cour d’appel de la Haye.

Dirigée par l’oligarque et ennemi déclaré du Kremlin Mikhaïl Khodorkovski, arrêté en 2003 et libéré après une décennie de prison, la compagnie Ioukos a été accusée par Moscou de fraude fiscale et d’escroquerie de grande ampleur.

L’entreprise, alors premier producteur d’or noir de Russie, avait été placée en liquidation judiciaire en août 2006, à l’issue d’un procès retentissant largement considéré comme inspiré par le Kremlin pour contrecarrer les ambitions politiques de M. Khodorkovski.

Ioukos avait été vendu à la découpe en grande partie au groupe pétrolier public russe Rosneft. Cette entreprise, de taille modeste alors, est devenue grâce aux actifs du groupe démantelé un géant mondial, piloté par un homme de confiance de Vladimir Poutine, Igor Setchine.

Les anciens actionnaires tentent depuis d’obtenir une indemnisation de leurs pertes causées par la dissolution de Ioukos.

Une pierre angulaire du procès a été la question de la compétence de la CPA pour juger de la question et octroyer cette indemnisation, que le tribunal néerlandais lui a refusée en première instance.

– « Corruption », « agissements illégaux » –

La CPA avait basé sa décision sur le Traité sur la charte de l’énergie (TCE), qui protège les investissements internationaux dans les projets énergétiques.

« La Fédération de Russie a signé le TCE, mais ne l’a pas ratifié », avait assuré la justice néerlandaise en 2016, indiquant que les décisions de la CPA étaient donc « contraires à la loi russe ».

Une autre des questions se posant « a trait aux circonstances de prise de contrôle de Ioukos par les oligarques russes aux cours de sa privatisation en 1995 et 1996 », a indiqué à l’AFP Andrea Pinna, avocat de la Russie.

Dans la foulée de la chute de l’URSS, des hommes d’affaires peu scrupuleux ont amassé des fortunes immenses et des empires influents en acquérant pour des sommes très réduites les actifs soviétiques, en particulier dans le secteur des matières premières, alors que le pays était plongé dans une crise profonde et que la population glissait dans la pauvreté. Parmi eux, M. Khodorkovski.

« La Russie estime que l’acquisition de Ioukos n’a été possible que par corruption et autres agissements illégaux », affirme Me Pinna, soulignant qu’il ne s’agit « pas d’un dossier politique, mais d’un dossier purement juridique qui a un enjeu financier de 50 milliards de dollars ».

Me Emmanuel Gaillard, qui représente les anciens actionnaires, affirme pour sa part à l’AFP que « la Russie déploie des efforts de diplomatie considérables pour tenter de discréditer les acteurs de l’affaire ».

« Leur stratégie est de tout déformer pour tout compliquer, pour faire oublier la plus grande expropriation du XXIe siècle », regrette-t-il.

Arrêté en 2003, M. Khodorkovski a été libéré en décembre 2013 à la suite d’une grâce accordée par le président russe, et vit depuis en exil. Son associé, Platon Lebedev, a quant à lui passé plus de 10 ans en prison, suite à des procès dénoncés par les défenseurs des droits de l’Homme.

L’affaire Ioukos est largement considérée comme le moment où Vladimir Poutine a mis au pas les grands oligarques russes dont l’influence sur le système politique a connu son apogée sous Boris Eltsine.

Quelle que soit l’issue de l’appel mardi, l’affaire devrait se poursuivre devant la Cour de cassation néerlandaise.

Indignation au Mexique après l’assassinat d’une fillette de sept ans

La découverte d’une fillette de sept ans tuée au Mexique a suscité une vive indignation lundi, deux jours après que des centaines de femmes eurent manifesté contre le meurtre particulièrement brutal d’une jeune femme qui a choqué le pays.

Le corps de la fillette portant des signes de torture a été retrouvé samedi à Tlahuac, au sud-est de la capitale, après avoir été porté disparue le 11 février.

Lundi, les parents de l’école où l’enfant étudiait ont exigé justice et plus de sécurité pour les mineurs et les femmes en brandissant lors d’un rassemblement des bannières demandant « Justice! » et s’interrogeant « à qui le tour demain? ».

Le président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador, a estimé qu’un tel cas était la conséquence de « la décomposition de la société » intervenue durant « la période néolibérale » avant son arrivée au pouvoir.

Le parquet local a offert une récompense de deux millions de pesos (environ 107.000 dollars) en échange d’informations permettant d’identifier qui a enlevé et tué l’enfant.

Le porte-parole du procureur, Ulises Lara, a déclaré aux journalistes que la mère de la jeune fille était venue la chercher à l’école et que, ne la trouvant pas, elle avait commencé les recherches. Selon des images détenues par les autorités, le jour où la fille a disparu elle a été vue tenue par la main par une autre femme.

La mère de la fillette a demandé justice pour son enfant.

« J’ai besoin de votre soutien, car aujourd’hui c’était ma fille mais demain sera peut-être la vôtre », a-t-elle dit.

Elle a accusé un homme d’avoir tué sa fille, sans toutefois donner davantage de détails.

Cet assassinat est intervenu deux jours après que des centaines de femmes eurent manifesté dans plusieurs ville du Mexique pour dénoncer le meurtre particulièrement brutal d’une femme de 25 ans.

La jeune femme a été poignardée par son compagnon qui l’a ensuite dépecée et éventrée puis lui a arraché des organes qu’il a jetés dans les toilettes de l’appartement où ils vivaient.

L’affaire a également déclenché des protestations contre la diffusion, probablement par des responsables de la justice et de la police, d’images du corps mutilé de la jeune femme qui ont été publiées par des tabloïds de la capitale.

En 2019, le Mexique a enregistré 1.006 féminicides, selon des chiffres officiels qui sont sans doute en-dessous de la réalité.

Une distribution d’aide tourne au drame au Niger, 20 morts

Une vingtaine de personnes ont été tuées et plusieurs blessées lundi dans une bousculade provoquée par une distribution de vivres et d’argent à des réfugiés et des personnes déplacées à Diffa, dans le sud-est du Niger.

« Malheureusement, il y a eu quinze femmes et cinq enfants qui sont décédées (…) dans ce drame regrettable », a déclaré à la télévision publique Issa Lémine, le gouverneur de Diffa, qui a rendu visite aux blessés admis dans des centres de soin de cette ville.

La bousculade a également fait une dizaine de blessés dont de nombreux enfants, selon la télévision.

Selon Issa Lémine, une première distribution « s’est bien terminée » dimanche à la Maison des jeunes et de la culture (MJC).

Ce lundi matin, une deuxième opération de ce type devait avoir lieu à « l’arène de lutte traditionnelle » qui « a été sécurisée pour la circonstance » mais les gens se sont plutôt dirigés vers le lieu de la distribution de la veille.

Donc, « très tôt, aux environs de 02H00 (01H00 GMT), les femmes se sont attroupées devant la MJC et à 06H00 (05H00 GMT) quand on a ouvert le portail, il y a eu un mouvement d’ensemble et beaucoup de personnes étaient tombées et ont été piétinées ».

« Nous avons un bilan provisoire de 20 morts, essentiellement des femmes et des enfants tués dans une bousculade pendant une opération de distribution de vivres et d’argent à la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Diffa », la capitale régionale du sud-est du Niger, proche du Nigeria, avait auparavant expliqué un responsable médical.

Des sources humanitaires ont confirmé le nombre des morts et fait état d’une dizaine de blessés.

L’aide était offerte par Babagana Umara Zulum, le gouverneur de l’Etat nigérian de Borno (nord-est du Nigeria), qui est allé lundi visiter les sites de réfugiés nigériens ayant fui les attaques de Boko Haram et qui sont installés dans plusieurs zones de la région de Diffa depuis 2015.

Ce responsable avait déjà quitté Diffa avant la bousculade, a déclaré à l’AFP un officiel nigérien.

« On distribuait des vivres et de l’argent, à raison de 5.000 nairas (la monnaie nigériane – soit 15 euros) par personne. Il étaient des milliers, en majorité des réfugiés, qui avaient appris la nouvelle de la distribution et qui ont quitté leurs camps, situés parfois à une centaine de kilomètres pour venir à Diffa », a expliqué à l’AFP un habitant.

« Même de simples habitants de Diffa se sont rués pour espérer recevoir l’aide », a témoigné un autre.

« L’information sur la distribution s’était répandue dès les premières heures de la journée et des milliers de personnes ont envahi la cour et les environs de la MJC », a raconté à l’AFP un agent de la municipalité de Diffa qui se trouvait près des lieux du drame.

Du riz, de l’huile, des vêtements et de l’argent devaient être distribués aux réfugiés, a-t-il précisé.

– « Piétinés à mort » –

« Dès que les premières personnes ont reçu leur ration, la foule compacte a commencé à +bouillir+, les organisateurs ont été vite débordés : hommes, femmes, enfants ont commencé à se presser les uns contre les autres. Les plus faibles sont tombés par terre » et des enfants ont été « piétinés à mort », a affirmé cet agent.

« D’habitude, ce sont des représentants des bénéficiaires qui viennent chercher les aides à Diffa et repartent les redistribuer sur les sites, mais cette fois ce sont les réfugiés eux-mêmes qui ont décidé de parcourir des dizaines de kilomètres pour venir recevoir leur aide », a dit un élu local à l’AFP.

« Très vite, les secours sont arrivés pour évacuer les blessés vers différents centres de soin et pour acheminer les corps à la morgue de l’hôpital de Diffa » proche, selon un journaliste local.

La visite du gouverneur de Borno était la première d’un haut responsable civil nigérian dans la région de Diffa où il s’est rendu à Bosso, Garin-Wazan et Toummour, trois localités qui abritent plus de 100.000 réfugiés du Nigeria, sur un total de 300.000 dans toute la région.

En plus de l’insécurité liée aux attaques régulières de Boko Haram, Diffa est confrontée à de graves inondations provoquées par une crue de la Komadougou Yobé, la rivière qui sépare le Niger du Nigeria, qui ont déjà fait de plus de 20.000 personnes des sans-abri, selon les autorités locales.

Les eaux ont également dévasté des champs de poivrons et de riz, deux piliers de l’économie locale.

Au total, le Niger, un des Etats les plus pauvres du monde, abrite près de 450.000 réfugiés (Nigérians, Maliens et Burkinabé) et déplacés internes, chassés par les violences jihadistes ou des bandes armées, selon l’ONU qui s’inquiète du manque de fonds pour couvrir tous les besoins.

Certains réfugiés et personnes déplacées vivent au milieu d’une population déjà très pauvre.

Une distribution d’aide tourne au drame au Niger, 20 morts

Une vingtaine de personnes ont été tuées et plusieurs blessées lundi dans une bousculade provoquée par une distribution de vivres et d’argent à des réfugiés et des personnes déplacées à Diffa, dans le sud-est du Niger.

« Malheureusement, il y a eu quinze femmes et cinq enfants qui sont décédées (…) dans ce drame regrettable », a déclaré à la télévision publique Issa Lémine, le gouverneur de Diffa, qui a rendu visite aux blessés admis dans des centres de soin de cette ville.

La bousculade a également fait une dizaine de blessés dont de nombreux enfants, selon la télévision.

Selon Issa Lémine, une première distribution « s’est bien terminée » dimanche à la Maison des jeunes et de la culture (MJC).

Ce lundi matin, une deuxième opération de ce type devait avoir lieu à « l’arène de lutte traditionnelle » qui « a été sécurisée pour la circonstance » mais les gens se sont plutôt dirigés vers le lieu de la distribution de la veille.

Donc, « très tôt, aux environs de 02H00 (01H00 GMT), les femmes se sont attroupées devant la MJC et à 06H00 (05H00 GMT) quand on a ouvert le portail, il y a eu un mouvement d’ensemble et beaucoup de personnes étaient tombées et ont été piétinées ».

« Nous avons un bilan provisoire de 20 morts, essentiellement des femmes et des enfants tués dans une bousculade pendant une opération de distribution de vivres et d’argent à la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Diffa », la capitale régionale du sud-est du Niger, proche du Nigeria, avait auparavant expliqué un responsable médical.

Des sources humanitaires ont confirmé le nombre des morts et fait état d’une dizaine de blessés.

L’aide était offerte par Babagana Umara Zulum, le gouverneur de l’Etat nigérian de Borno (nord-est du Nigeria), qui est allé lundi visiter les sites de réfugiés nigériens ayant fui les attaques de Boko Haram et qui sont installés dans plusieurs zones de la région de Diffa depuis 2015.

Ce responsable avait déjà quitté Diffa avant la bousculade, a déclaré à l’AFP un officiel nigérien.

« On distribuait des vivres et de l’argent, à raison de 5.000 nairas (la monnaie nigériane – soit 15 euros) par personne. Il étaient des milliers, en majorité des réfugiés, qui avaient appris la nouvelle de la distribution et qui ont quitté leurs camps, situés parfois à une centaine de kilomètres pour venir à Diffa », a expliqué à l’AFP un habitant.

« Même de simples habitants de Diffa se sont rués pour espérer recevoir l’aide », a témoigné un autre.

« L’information sur la distribution s’était répandue dès les premières heures de la journée et des milliers de personnes ont envahi la cour et les environs de la MJC », a raconté à l’AFP un agent de la municipalité de Diffa qui se trouvait près des lieux du drame.

Du riz, de l’huile, des vêtements et de l’argent devaient être distribués aux réfugiés, a-t-il précisé.

– « Piétinés à mort » –

« Dès que les premières personnes ont reçu leur ration, la foule compacte a commencé à +bouillir+, les organisateurs ont été vite débordés : hommes, femmes, enfants ont commencé à se presser les uns contre les autres. Les plus faibles sont tombés par terre » et des enfants ont été « piétinés à mort », a affirmé cet agent.

« D’habitude, ce sont des représentants des bénéficiaires qui viennent chercher les aides à Diffa et repartent les redistribuer sur les sites, mais cette fois ce sont les réfugiés eux-mêmes qui ont décidé de parcourir des dizaines de kilomètres pour venir recevoir leur aide », a dit un élu local à l’AFP.

« Très vite, les secours sont arrivés pour évacuer les blessés vers différents centres de soin et pour acheminer les corps à la morgue de l’hôpital de Diffa » proche, selon un journaliste local.

La visite du gouverneur de Borno était la première d’un haut responsable civil nigérian dans la région de Diffa où il s’est rendu à Bosso, Garin-Wazan et Toummour, trois localités qui abritent plus de 100.000 réfugiés du Nigeria, sur un total de 300.000 dans toute la région.

En plus de l’insécurité liée aux attaques régulières de Boko Haram, Diffa est confrontée à de graves inondations provoquées par une crue de la Komadougou Yobé, la rivière qui sépare le Niger du Nigeria, qui ont déjà fait de plus de 20.000 personnes des sans-abri, selon les autorités locales.

Les eaux ont également dévasté des champs de poivrons et de riz, deux piliers de l’économie locale.

Au total, le Niger, un des Etats les plus pauvres du monde, abrite près de 450.000 réfugiés (Nigérians, Maliens et Burkinabé) et déplacés internes, chassés par les violences jihadistes ou des bandes armées, selon l’ONU qui s’inquiète du manque de fonds pour couvrir tous les besoins.

Certains réfugiés et personnes déplacées vivent au milieu d’une population déjà très pauvre.

CHAN-2020: le Cameroun, pays-hôte, versé avec le Mali, le tenant marocain tire le Togo

Le Cameroun, pays-hôte en avril du Championnat d’Afrique des nations (CHAN-2020), a hérité d’un groupe où figure le Mali, selon le tirage effectué lundi à Yaoundé, tandis que le Maroc, tenant de ce trophée réservé aux joueurs évoluant sur le continent, affrontera le Togo.

Ainsi le Cameroun affrontera lors du match d’ouverture le Zimbabwe, mais il sera aussi opposé au Mali et au Burkina Faso dans le groupe A.

Outre le Togo, le groupe du Maroc est complété par le Rwanda et l’Ouganda.

La République démocratique du Congo (RDC) aura affaire à la Libye, au Congo et au Niger dans le groupe B. Et le groupe D sera composé de la Zambie, la Guinée, la Namibie et la Tanzanie.

La compétition, organisée du 4 au 25 avril dans trois villes du Cameroun (Yaoundé, Douala et Limbé), oppose seulement les footballeurs africains jouant dans leur championnat national sur le continent.

Elle doit servir de tour de chauffe avant la compétition reine du continent, la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui se jouera en 2021 au Cameroun, et fait figure de test de la capacité de Yaoundé à héberger une compétition internationale.

La Confédération africaine de football (CAF) avait retiré à ce pays, au dernier moment en novembre 2018, l’organisation de l’édition 2019 de la CAN, au profit de l’Egypte, en raison de retards dans les travaux d’infrastructures.

Alors que des doutes persistent sur la capacité du Cameroun a accueillir la CAN en 2021, le ministre camerounais des Sports, Narcisse Mouelle Kombi, a assuré que son pays organisera cette compétition. « C’est une certitude », a-t-il asséné lundi soir lors du tirage au sort à Yaoundé.

Outre les infrastructures, le Cameroun doit accueillir ces deux compétitions au moment où il est confronté à deux sanglants conflits. Dans le nord du pays, le groupe jihadiste Boko Haram multiplie depuis 2013 les attaques, tuant civils et militaires. Les assauts se sont intensifiés ces derniers mois.

Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les forces de sécurité et des groupes séparatistes anglophones s’affrontent depuis trois ans, prenant en tenaille les populations. Le conflit a déjà fait plus de 3.000 morts et forcé 700.000 personnes à fuir leurs domiciles. Limbé, l’une des trois villes qui accueillent le CHAN-2020, est située dans la région du Sud-Ouest.

Les groupes du CHAN-2020:

Groupe A: Cameroun, Mali, Burkina Faso, Zimbabwe

Groupe B: Libye, RDC, Congo, Niger

Groupe C: Maroc, Rwanda, Togo, Ouganda

Groupe D: Zambie, Guinée, Namibie, Tanzanie

Foot: consternation au Portugal après les cris racistes envers Marega

Le monde du football et les dirigeants politiques portugais ont affiché lundi leur consternation et leur solidarité envers le joueur franco-malien du FC Porto Moussa Marega, qui a abandonné la veille la pelouse du Vitoria Guimaraes après avoir été victime de cris racistes.

« Moussa Marega a été la cible d’insultes racistes qui doivent être sévèrement punis », a réagi la Fédération portugaise de football, tandis que la Ligue s’est engagée à « tout faire pour que cet épisode de racisme ne reste pas impuni ».

« Nous devons tous exprimer notre solidarité envers lui et le refus total de ce type de comportement », a déclaré le Premier ministre Antonio Costa, alors que le président de la République Marcelo Rebelo de Sousa a mis en garde contre les conséquences « dramatiques » du racisme et de la xénophobie.

La Fédération malienne de football (Femafoot) a elle aussi affirmé son « soutien total et sa solidarité » à l’international de 28 ans, disant dans un communiqué avoir « suivi avec consternation et indignation les actes racistes dont a fait l’objet l’attaquant des Aigles du Mali ».

L’association portugaise SOS Racisme a, elle, demandé que les auteurs des cris racistes soient « sévèrement punis » mais s’est inquiété d’un phénomène qu’elle juge « transversal à la société portugaise ».

– Enquête de police –

De son côté, l’ancien star du football néerlandais Ruud Gullit a estimé que les deux équipes auraient dû quitter le terrain: « Ses coéquipiers auraient dû le protéger, tout comme l’équipe adverse, en disant +On quitte le terrain+. C’est ce qui me déçoit le plus », a commenté Gullit à Berlin en marge des Laureus World Sports Awards.

La police portugaise a indiqué qu’elle étudiait les images de surveillance captées à l’intérieur du stade afin d’identifier les supporters ayant insulté le footballeur du FC Porto.

Dimanche, l’attaquant de 28 ans a décidé de quitter le terrain à la 71e minute d’un match du Championnat du Portugal. Après avoir signé le but de la victoire 2-1 de son équipe (60e), il l’a célébré avec un des sièges noirs du stade qui lui avait été lancé depuis les gradins, ce qui lui a valu un carton jaune.

Puis, excédé par les chants racistes et les cris de singe qu’il a entendus, il a décidé de quitter la pelouse 11 minutes plus tard. Certains de ses coéquipiers et des joueurs adverses ont tenté de l’en dissuader, mais le joueur est quand même retourné aux vestiaires quelques minutes plus tard, escorté par des membres de l’équipe technique de Porto.

– « Nous sommes Marega » –

Ancien joueur du Vitoria Guimaraes (2016-2017), l’attaquant international malien, né aux Ulis (banlieue de Paris), a pénétré dans le tunnel menant aux vestiaires en pointant ses deux pouces vers le bas en signe de désapprobation en direction des gradins du stade de Guimaraes, après avoir adressé des doigts d’honneur au public.

Le lendemain, la presse sportive évoquait l’incident en Une pour prendre sa défense de façon unanime: « Crime » (O Jogo), « Nous sommes Marega » (A Bola), « Marega 5 – Racisme 0 » (Record).

Le Vitoria Guimaraes a réagi dans un communiqué pour affirmer qu’il comptait « censurer toute manifestation de violence, racisme ou intolérance ».

Exception notable au tollé provoqué par cette affaire, le principal groupe de supporters du Guimaraes a usé de l’ironie pour « féliciter la machine médiatique qui n’a vu que du +racisme+ contre un joueur mais pas le +racisme+ de ce même joueur », dans un message publié sur son compte Facebook.

« S’il y a eu des attitudes racistes envers Marega ou si Marega a provoqué les supporters du Vitoria, il faut condamner les deux », a réagi pour sa part le seul député d’extrême droite siégeant au Parlement portugais, André Ventura.

Les Etats-Unis saluent la lutte contre la corruption de l’Angola

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a salué lundi à Luanda la lutte contre la corruption engagée par le président angolais Joao Lourenço, notamment contre la famille de son prédécesseur José Eduardo dos Santos.

« En deux ans et demi au pouvoir, le président Lourenço a fait un travail formidable pour faire (de la corruption) un fantôme du passé », a déclaré Mike Pompeo lors d’une conférence de presse après s’être entretenu avec le président angolais.

Joao Lourenço « augmente la transparence, il aide les institutions financières à faire le ménage et poursuit » les coupables, a salué le secrétaire d’Etat américain en tournée en Afrique.

« Je suis optimiste dans le fait qu’il va continuer à libérer l’Angola de la corruption », a-t-il ajouté.

Depuis qu’il est président, Joao Lourenço, membre du parti au pouvoir depuis l’indépendance de l’Angola en 1975, a fait le ménage au sein des institutions, des entreprises publiques et de l’appareil sécuritaire du pays au nom de la lutte contre la corruption.

Plusieurs proches de son prédécesseur ont été directement visés.

La fille de l’ex-président, Isabel dos Santos, limogée de son poste de PDG du géant pétrolier public Sonangol, est accusée de fraude, détournement de fonds et blanchiment d’argent par la justice angolaise. Elle dénonce « une attaque politique ».

Son demi-frère, José Filomeno dos Santos, qui présidait le fonds souverain du pays, est lui jugé depuis décembre à Luanda pour détournements de fonds publics.

Pendant ses 38 ans au pouvoir (1979-2017), José Eduardo dos Santos a mis l’économie de son pays, un des plus pauvres du monde, en coupe réglée au profit d’une poignée de proches.

La corruption a « freiné pendant trop longtemps le vaste potentiel » de l’Angola, a encore estimé Mike Pompeo lundi.

« Nous sommes déterminés, nous faisons cela dans le monde entier, nous voulons que les transactions financières dans le monde soient transparentes », a-t-il ajouté, se disant prêt à « aider » l’Angola.

Ce pays d’Afrique australe figure au 146e rang sur 180 de l’indice de perception de la corruption de l’organisation Transparency International.

Le secrétaire d’Etat américain s’est également dit « encouragé » par les efforts du gouvernement angolais de privatiser 195 entreprises publiques, une décision qui « va grandement attirer des investissements privés ».

Il a en enfin remercié l’Angola qui a invité le président américain Donald Trump à se rendre dans le pays. « Il aimerait beaucoup venir ici », a déclaré Mike Pompeo, ajoutant cependant que « cette année était chargée car il s’agit d’une année électorale ».

Après trois ans d’administration Trump, Mike Pompeo est le plus haut responsable américain à effectuer une tournée en Afrique subsaharienne. Après le Sénégal et l’Angola, il est attendu lundi soir en Ethiopie jusqu’à mercredi.