La gestion et la réduction des risques de catastrophes : des experts de la CEEAC en séminaire à Libreville

Le représentant du Secrétariat générale de la Communauté économique des états de l’Afrique centrale (CEEAC), Guichard Tsangou, a ouvert mardi à Libreville un atelier régional de renforcement des capacités des experts de la zone CEEAC sur la gestion et la réduction des risques de catastrophes.

L’atelier s’inscrit dans le cadre du Projet : « Formation sur la gestion des risques de catastrophes en zone CEEAC ». Il se tiendra du 3 au 6 mars prochain. Il devra renforcer les capacités de résilience des Etats de la CEEAC face aux catastrophes en Afrique subsaharienne.

L’atelier a pour objectif de développer les connaissances et les compétences en gestion communautaire des catastrophes, d’appréhender le rôle des différents acteurs pour le renforcement de la résilience aux catastrophes (entre autres, secteur privé et société civile), intégrer l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes dans les programmes de GRC et plus généralement l’autonomisation des citoyens, mettre-en place un système de détection rapide des inondations, -Concevoir (aussi dans la perspective de leur mise en ligne successive) des modules de renforcement des capacités à la GRC, à capitaliser les leçons apprises et identifier des recommandations pour la CEEAC, les gouvernements des Pays de l’Afrique Centrale, les bailleurs de fonds, les services de GRC, ainsi que les autres acteurs concernés.

Cette importante rencontre réuni, entre autres, les acteurs de la protection civile, les services d’urgence, les pompiers, les ONG, le secteur privé et les médias des Etats membres de la CEEAC.

 

Urgent : lesnouvellesdugabon.com un média en ligne radié à vie par la HAC

La Haute autorité de la communication (HAC), a définitivement interdit, sinon radié à vie, mardi 3 mars dernier, la parution, la diffusion et toute autre activité de la communication au Gabon du média en ligne « lesnouvellesdugabon.com ».

Le média a écopé de cette radiation suite à un article jugé négatif sur le président Ali Bongo Ondimba paru le lundi 2 mars 2020 sous le titre : « Séance solennelle d’ouverture des activités du Sénat : le chef de l’Etat absent ».

Le journal fonde son texte sur la base d’un communiqué du Sénat gabonais invitant le public à ne pas effectuer le déplacement du palais du Sénat pour assister à cette cérémonie.

LesNouvellesduGabon.com affirme que le Chef de l’Etat est habitué à ce genre de cérémonie, ce que la HAC conteste. « En 10 ans de pouvoir, Ali Bongo Ondimba n’a, en effet, jamais participé à une session solennelle d’ouverture des activités du Sénat tout comme celles de l’Assemblée nationale », soutient un employé du Sénat.

Le numéro un gabonais participe, par contre, systématiquement à toutes les rentrées solennelles de la Cour constitutionnelle et préside toutes les réunions du Conseil supérieur de la magistrature suprême en sa qualité de magistrat suprême du pays.

 

En Argentine, la légalisation de l’avortement revient au centre du débat

Le débat sur la légalisation de l’avortement ressurgit en Argentine, où les pro et anti-IVG fourbissent leurs armes tandis qu’un nouveau projet de loi va être très prochainement débattu au Parlement à l’initiative du président Alberto Fernandez.

Dans ce pays sud-américain de 45 millions d’habitants, berceau du pape François, l’avortement n’est légal qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Mais chaque année, environ 400.000 avortements sont pratiqués, selon les organisations de Défense des droits des femmes.

Ces avortements se déroulent la plupart du temps dans des conditions d’hygiène précaires pour les plus pauvres, ou dans des cliniques privées pour celles qui peuvent débourser environ 1.000 euros. Une Argentine qui avorte s’expose à une peine de prison jusqu’à quatre ans, selon le code pénal, et le praticien risque la même sanction.

En juin 2018, lors d’un vote historique, la chambre des députés avait approuvé la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu’à la 14e semaine, mais le Sénat l’avait finalement rejetée quelques semaines plus tard.

Depuis cette date, les deux chambres ont été partiellement renouvelées et le nouveau président de centre-gauche s’est fermement engagé à présenter devant le Parlement un nouveau projet de loi en faveur de la légalisation.

« Toute la société doit respecter la décision individuelle de chacun à disposer de son corps », a déclaré le chef de l’Etat le 1er mars, à l’ouverture de la session ordinaire du Congrès, où il a promis de déposer le projet « dans les dix jours ».

A l’approche du débat parlementaire et de la Journée internationale des femmes, les mouvements féministes ont prévu de descendre dans la rue pour maintenir la pression sur les parlementaires, alors que l’Eglise catholique, les évangéliques et les groupes « pro-vie » sont aussi bien décidés à donner de la voix.

« Avoir un président qui se prononce en faveur (de la légalisation), c’est un succès de nous toutes. C’est un moment historique et nous devons rester mobilisées dans la rue », explique à l’AFP Victoria Tesoriero, de la Campagne nationale pour le droit à un avortement sûr, légal et gratuit.

En Amérique latine, l’Argentine a été pionnière pour la promulgation de lois sur le mariage homosexuel et l’identité de genre. En cas de légalisation de l’avortement, le pays rejoindrait Cuba, l’Uruguay, le Guyana et la province de Mexico.

– « Militantisme du président » –

Mais les opposants ne désarment pas.

« Le militantisme actif du président nous inquiète. Il va faire tout son possible pour que cela soit voté. La pression sur les provinces et les gouverneurs peut d’une certaine manière influencer le vote des sénateurs », redoute Camila Duro, porte-parole du mouvement Frente Joven (Front jeune).

« Nous voulons alerter le pouvoir politique que dans le pays, une majorité, qui apparaît dans les sondages et qui se mobilise dans la rue, n’est pas d’accord avec ce projet de loi », ajoute-t-elle.

Selon la dernière enquête d’opinion sur les croyances et comportements religieux en Argentine, le nombre de personnes qui affirment que l’avortement est un droit pour les femmes a doublé en dix ans, passant de 14,1% en 2008 à 27,3% en 2019.

Parallèlement, le nombre de personnes qui estiment que l’avortement doit être maintenu « interdit » a aussi augmenté, même si dans une moindre proportion, passant de 16,9% en 2008 à 18,7% en 2019.

Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, l’Eglise catholique a prévu une messe à la Basilique de Notre-Dame de Lujan, important lieu de pèlerinage, à 75 km à l’ouest de Buenos Aires, avec pour thème « Oui aux femmes, oui à la vie ».

« L’église est prête à jouer un rôle de premier plan et à faire pression sur le gouvernement Fernandez qui a reçu le soutien de divers secteurs catholiques pendant la campagne, en particulier sur les questions de la faim et de la pauvreté » accentuées par la profonde crise économique, souligne Camila Duro.

Le lendemain, les mouvements féministes ont annoncé une grève des femmes, ainsi qu’une manifestation pro-IVG devant le palais du Congrès, avec les désormais célèbres foulards verts, symbolisant la lutte en faveur de la légalisation.

Ogossagou, Mali, 14 février 2020: anatomie d’un massacre

Le 23 mars 2019, plus de 160 civils peuls étaient massacrés à l’aube dans un petit village du centre du Mali. Moins d’un an après, les hommes armés et l’horreur sont revenus à Ogossagou.

Huit témoignages recueillis par l’AFP retracent comment une trentaine de villageois y ont été assassinés le 14 février, nouvelles victimes du tourbillon de violences à caractère autant communautaire que jihadiste qui ensanglante la région.

Ogossagou est inaccessible à un journaliste étranger sans une escorte militaire exceptionnelle. Mais le récit des témoins retrace l’angoisse qui étreint le village quand la garnison établie après le carnage de mars 2019 quitte la place sans prévenir, la terreur et la fuite éperdue pendant l’attaque, et l’accablement après.

Quand la quarantaine de soldats plie bagages le 13 février le pressentiment de l’inéluctable s’empare des villageois.

C’est comme si des frères étaient partis, dit Bakaye Ousmane Barry, 46 ans, habitant d’Ogossagou présent ce jour-là.

Pour expliquer ce départ précipité après des mois de présence ininterrompue, le gouverneur de la région, Abdoulaye Cissé, invoque le repositionnement en cours de l’armée sur le territoire malien, après une succession d’opérations jihadistes meurtrières.

– Pendu au téléphone –

« On a vu que la situation ne s’améliorait pas (au niveau national), on a voulu changer de posture. Les forces étaient sur place, statiques, dans (des) emprises mal faites », dit le plus haut représentant de l’Etat dans la région. « On n’a même pas supprimé (la garnison), on était en regroupement. C’est pendant ce temps-là qu’il y a eu ce drame qu’Ogossagou vient de connaître pour une deuxième fois ».

Les soldats laissent à lui-même ce petit village, composé d’un quartier dogon et d’un quartier peul, l’un des derniers à des kilomètres à la ronde où vivent encore des Peuls. Alentour, des dizaines d’autres villages peuls se sont vidés à la suite d’attaques.

La crise en cours au Mali depuis 2012 a vu l’émergence dans le centre d’un groupe jihadiste autour du prédicateur peul Amadou Kouffa en 2015, recrutant prioritairement parmi des Peuls, traditionnellement éleveurs.

Les affrontements se multiplient alors entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé des groupes d’autodéfense se sont constitués, comme la milice pro-dogon Dan Na Ambassagou.

Tous sont musulmans, mais les violences ont progressivement pris une dimension communautaire accentuée.

Il est 18H00 quand les soldats partent en hâte. Onze heures avant l’attaque, la psychose s’empare du village.

« A partir de ce moment jusqu’à l’aube, j’ai reçu des dizaines d’appels », raconte un notable d’Ogossagou dans la capitale régionale Mopti, où il a fui il y a cinq mois. Il a perdu sept frères et son père l’an passé. « On savait qu’au moment où on ne serait plus protégé, on se ferait encore attaquer ».

S’exprimant sous le couvert de l’anonymat comme d’autres pour des raisons de sécurité, il dit avoir alerté six autorités différentes: militaires, administratives, onusiennes. En vain. Un rapport interne de la Mission de l’ONU (Minusma) confirme qu’elle a été alertée la veille des faits que des hommes armés « ont été vus en train de se regrouper autour » d’Ogossagou.

– Aurore spectrale –

Selon tous les habitants interrogés, ce sont des chasseurs dogons, la communauté déjà accusée en 2019. Comme à l’époque, aucune preuve ne vient corroborer cette mise en cause. La milice Dan Na Ambassagou, officiellement dissoute au lendemain du premier massacre d’Ogossagou, a démenti être derrière cette nouvelle attaque.

La nuit tombe. « Impossible de préparer le dîner. Pourquoi préparer des repas quand on sait qu’on va être attaqué », dit Mariam Belko Barry, 67 ans, aujourd’hui réfugiée à Mopti.

En 2019, les assaillants avaient attaqué juste avant l’aube. Alors, ce soir-là, elle tente de conjurer la peur de la nuit: « Il faut que le soleil vienne et cela ira mieux ».

Un détachement de Casques bleus arrive peu avant 02H00, dit le porte-parole de la Minusma Olivier Salgado. C’est plus de six heures après que la Minusma a été alertée. La cinquantaine de soldats ne trouve « aucun signe de menace » et continue la patrouille vers les villages voisins.

Dans Ogossagou,les habitants ne trouvent pas le sommeil.

A 05H00, l’imam appelle à la prière de l’aube. L’éleveur Bakaye se dirige vers la mosquée, prie et s’en remet à Dieu.

Un premier coup de feu retentit.

– Deux heures meurtrières –

Bakaye est saisi d’effroi. Chez elle, Mariam Barry entend les mêmes détonations. Tout s’accélère. Elle se rue dans la maison en banco de l’ancien marabout, tué l’an passé, car « c’est plus sécurisé que la mienne en paille ». Puis, avec son mari Aliou et beaucoup de voisins, elle s’enfuit en brousse.

Mariam, vieille femme qui marche le dos courbé, court « encore et encore ». Elle perd de vue son mari. Il est touché de trois balles: au genou, à la hanche et au pied. Il survivra. Elle continue à courir.

Bakaye est sorti de la mosquée et détale. « Tout le monde fuit ». Les tirs sont rapprochés; ce sont des armes automatiques.

A distance, le notable continue d’appeler le village et les autorités. On lui répond qu’un détachement est en route. Il faut attendre.

Deux heures se passent au bruit des balles. De la fumée noire s’élève du village, relatent ceux qui sont cachés dans les broussailles. Des maisons et des greniers sont brûlés.

A huit heures arrivent quatre véhicules de l’armée et trois de l’ONU. Ils arrêtent un homme armé; les autres sont déjà partis.

– Sortir, et mourir –

Bakaye sort des hautes herbes et retourne au village. « Je cherche mes proches, je les appelle, je ne sais pas où ils sont ».

Les habitants reviennent un à un. Les soldats partent avec les hommes ratisser les environs. Les corps, certains calcinés, s’amoncellent. Six, puis douze, vingt-et-un… Le soir, Bamako annonce 31 civils tués.

Les témoins évoquent une dizaine de disparus. Un frère de Bakaye manque à l’appel. « J’espère qu’il est encore en brousse à se cacher ». La probabilité s’en amenuise chaque jour.

Tous disent ne plus vouloir retourner à Ogossagou. « Jusqu’à la mort, jamais. Si l’armée repart, on se refera attaquer », dit Mariam. La confiance dans l’armée est rompue, dit une autre habitante toujours sur place. Son témoignage a été recueilli par SMS.

Mais qu’adviendra-t-il de ceux qui, à la différence de Mariam et Bakaye, n’ont pas pu quitter le village en convoi militaire pour accompagner leurs proches à l’hôpital ?

« Les enfants ne sortent plus s’amuser, on n’ose pas faire paître le bétail, ni aller puiser de l’eau au puits, ni chercher du bois », dit la même habitante restée sur place. « Si on sort, on est mort. Ce village ne nous appartient plus ».

La pauvreté pousse les habitants du nord du Nigeria vers la mégalopole du Sud

Mustapha Abdullahi avait à peine douze ans lorsqu’il a quitté le nord du Nigeria « pour trouver de l’argent » dans la grande mégalopole et capitale économique du Nigeria, Lagos, à plus de 1.000 kilomètres de chez lui.

Il a aujourd’hui 40 ans, une femme et trois enfants, et jusqu’au début du mois de février, il sillonnait encore les rues de la tentaculaire Lagos avec son okada, taxi-moto, et envoyait une partie de son maigre salaire à sa famille restée dans le Nord.

« Mais à cause de l’interdiction de conduire les okadas, j’ai dû partir vers Agege (dans la banlieue éloignée de Lagos) », regrette-t-il.

Les autorités de l’Etat de Lagos ont récemment interdit du jour au lendemain les centaines de milliers de taxi-motos et « kekes » (tricyles à moteur), emplois presque exclusivement pratiqués par des Haoussas-Fulanis, les groupes ethniques originaires du Nord.

La raison officielle invoquée était de « garantir la sécurité des Lagossiens » et le respect du code de la route.

Mais beaucoup d’hommes politiques locaux ont fait savoir, sur Twitter ou dans les journaux, que cette interdiction permettrait aussi de stopper la migration « massive » de migrants du nord du pays vers le sud, plus riche et plus dynamique économiquement.

Selon un récent rapport de la Banque mondiale, sur 190 millions d’habitants, le Nigeria en compte 87 millions sous le seuil de l’extrême pauvreté, dont l’immense majorité (près de 90%) vivent dans le nord du pays.

« Aucun leader dans le nord du Nigeria ne peut s’estimer heureux. Personne ne peut se réjouir d’avoir 87% de la pauvreté du pays dans le Nord et des millions et des millions d’enfants qui ne vont pas à l’école », a déclaré l’émir de Kano, Muhammad Sanusi II, l’une des plus grandes figures traditionnelles du pays.

– « Manchester » nigérian –

La division culturelle et économique entre le Nord musulman et le Sud chrétien du géant de l’Afrique de l’Ouest est héritée de l’époque coloniale, lorsque la Couronne britannique a unifié deux territoires radicalement opposés, en 1914 pour constituer le « Nigeria ».

La principale richesse du pays, le pétrole, se situe au large du Sud côtier, laissant au Nord l’élevage, la route commerciale sahélienne et l’industrialisation.

Dans les années 1980, la cité millénaire de Kano était surnommée la « Manchester du Nigeria », avec plus de 500 usines textiles ou d’assemblage de voitures.

Mais aujourd’hui, bien que les dirigeants du pays aient été historiquement plus souvent originaires du Nord, la pression démographique dans un Nord où est pratiquée la polygamie et au taux de natalité très élevé, le manque d’éducation, les conflits et les effets du changement climatique sur les cultures ont entraîné cette région dans la spirale du sous-développement.

« Le Nord est très en-dessous dans tous les classements de développement humain par rapport au sud », indique la Banque mondiale.

Le président Muhammadu Buhari, fils de l’Etat nordiste de Katsina, avait promis de mettre fin au conflit de Boko Haram.

Mais cinq ans après son arrivée au pouvoir, près de deux millions de déplacés ne peuvent toujours pas regagner leur foyer et l’insécurité grandissante (conflit entre éleveurs et agriculteurs, ou l’émergence de bandes armées qui terrorisent les populations), ont provoqué le déplacement de millions d’autres personnes.

D’autre part, le secteur industriel s’est totalement effondré à cause du manque d’énergie, laissant des centaines de milliers de personnes sans emploi.

– Débrouille –

Il n’existe aucune donnée récente sur les migrations internes au Nigeria, mais la Commission nationale de la Population (NPC), dans une étude de 2010 indique que 23% de la population nigériane est « migrante » et que plus de 40% de la population de l’Etat de Lagos est originaire d’un autre Etat.

Des tendances sans aucun doute amplifiées par la récession économique de 2016-2017 et le ralentissement économique du Nigeria ces dernières années.

« Tous les Etats à grande attractivité migratoire se situent dans la partie Sud du pays, à l’exception de Kwara et Kogi, dans le centre-Nord », note l’Organisation internationale des migrations (OIM).

« Et 60% des migrants internes se situent dans les zones urbaines », avec des « conséquences évidentes, socio-économiques et sur les infrastructures », selon l’OIM.

La mégapole de Lagos a l’une des pressions démographiques les plus fortes au monde, et bien que les chiffres soient invérifiables, sa population aurait doublé en 10 ans, passant de 10 à 20 millions d’habitants, selon World Population Review.

Awwalu Usman, cordonnier de 32 ans, passe la moitié de l’année à Lagos. Il aide aux cultures dans sa ferme à Kano et « part juste après les récoltes ».

« On va à Lagos parce qu’il y a beaucoup plus d’opportunités économiques », explique-t-il à l’AFP. Grâce aux chaussures qu’il fabrique et qu’il y vend, il a pu faire construire une maison à sa famille.

« Il n’y a pas de travail ici. Ce n’est pas parce qu’il y a une interdiction de conduire les taxi-motos que les nordistes vont rentrer », conclut le cordonnier.

Ogossagou, Mali, 14 février 2020: anatomie d’un massacre

Le 23 mars 2019, plus de 160 civils peuls étaient massacrés à l’aube dans un petit village du centre du Mali. Moins d’un an après, les hommes armés et l’horreur sont revenus à Ogossagou.

Huit témoignages recueillis par l’AFP retracent comment une trentaine de villageois y ont été assassinés le 14 février, nouvelles victimes du tourbillon de violences à caractère autant communautaire que jihadiste qui ensanglante la région.

Ogossagou est inaccessible à un journaliste étranger sans une escorte militaire exceptionnelle. Mais le récit des témoins retrace l’angoisse qui étreint le village quand la garnison établie après le carnage de mars 2019 quitte la place sans prévenir, la terreur et la fuite éperdue pendant l’attaque, et l’accablement après.

Quand la quarantaine de soldats plie bagages le 13 février le pressentiment de l’inéluctable s’empare des villageois.

C’est comme si des frères étaient partis, dit Bakaye Ousmane Barry, 46 ans, habitant d’Ogossagou présent ce jour-là.

Pour expliquer ce départ précipité après des mois de présence ininterrompue, le gouverneur de la région, Abdoulaye Cissé, invoque le repositionnement en cours de l’armée sur le territoire malien, après une succession d’opérations jihadistes meurtrières.

– Pendu au téléphone –

« On a vu que la situation ne s’améliorait pas (au niveau national), on a voulu changer de posture. Les forces étaient sur place, statiques, dans (des) emprises mal faites », dit le plus haut représentant de l’Etat dans la région. « On n’a même pas supprimé (la garnison), on était en regroupement. C’est pendant ce temps-là qu’il y a eu ce drame qu’Ogossagou vient de connaître pour une deuxième fois ».

Les soldats laissent à lui-même ce petit village, composé d’un quartier dogon et d’un quartier peul, l’un des derniers à des kilomètres à la ronde où vivent encore des Peuls. Alentour, des dizaines d’autres villages peuls se sont vidés à la suite d’attaques.

La crise en cours au Mali depuis 2012 a vu l’émergence dans le centre d’un groupe jihadiste autour du prédicateur peul Amadou Kouffa en 2015, recrutant prioritairement parmi des Peuls, traditionnellement éleveurs.

Les affrontements se multiplient alors entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé des groupes d’autodéfense se sont constitués, comme la milice pro-dogon Dan Na Ambassagou.

Tous sont musulmans, mais les violences ont progressivement pris une dimension communautaire accentuée.

Il est 18H00 quand les soldats partent en hâte. Onze heures avant l’attaque, la psychose s’empare du village.

« A partir de ce moment jusqu’à l’aube, j’ai reçu des dizaines d’appels », raconte un notable d’Ogossagou dans la capitale régionale Mopti, où il a fui il y a cinq mois. Il a perdu sept frères et son père l’an passé. « On savait qu’au moment où on ne serait plus protégé, on se ferait encore attaquer ».

S’exprimant sous le couvert de l’anonymat comme d’autres pour des raisons de sécurité, il dit avoir alerté six autorités différentes: militaires, administratives, onusiennes. En vain. Un rapport interne de la Mission de l’ONU (Minusma) confirme qu’elle a été alertée la veille des faits que des hommes armés « ont été vus en train de se regrouper autour » d’Ogossagou.

– Aurore spectrale –

Selon tous les habitants interrogés, ce sont des chasseurs dogons, la communauté déjà accusée en 2019. Comme à l’époque, aucune preuve ne vient corroborer cette mise en cause. La milice Dan Na Ambassagou, officiellement dissoute au lendemain du premier massacre d’Ogossagou, a démenti être derrière cette nouvelle attaque.

La nuit tombe. « Impossible de préparer le dîner. Pourquoi préparer des repas quand on sait qu’on va être attaqué », dit Mariam Belko Barry, 67 ans, aujourd’hui réfugiée à Mopti.

En 2019, les assaillants avaient attaqué juste avant l’aube. Alors, ce soir-là, elle tente de conjurer la peur de la nuit: « Il faut que le soleil vienne et cela ira mieux ».

Un détachement de Casques bleus arrive peu avant 02H00, dit le porte-parole de la Minusma Olivier Salgado. C’est plus de six heures après que la Minusma a été alertée. La cinquantaine de soldats ne trouve « aucun signe de menace » et continue la patrouille vers les villages voisins.

Dans Ogossagou,les habitants ne trouvent pas le sommeil.

A 05H00, l’imam appelle à la prière de l’aube. L’éleveur Bakaye se dirige vers la mosquée, prie et s’en remet à Dieu.

Un premier coup de feu retentit.

– Deux heures meurtrières –

Bakaye est saisi d’effroi. Chez elle, Mariam Barry entend les mêmes détonations. Tout s’accélère. Elle se rue dans la maison en banco de l’ancien marabout, tué l’an passé, car « c’est plus sécurisé que la mienne en paille ». Puis, avec son mari Aliou et beaucoup de voisins, elle s’enfuit en brousse.

Mariam, vieille femme qui marche le dos courbé, court « encore et encore ». Elle perd de vue son mari. Il est touché de trois balles: au genou, à la hanche et au pied. Il survivra. Elle continue à courir.

Bakaye est sorti de la mosquée et détale. « Tout le monde fuit ». Les tirs sont rapprochés; ce sont des armes automatiques.

A distance, le notable continue d’appeler le village et les autorités. On lui répond qu’un détachement est en route. Il faut attendre.

Deux heures se passent au bruit des balles. De la fumée noire s’élève du village, relatent ceux qui sont cachés dans les broussailles. Des maisons et des greniers sont brûlés.

A huit heures arrivent quatre véhicules de l’armée et trois de l’ONU. Ils arrêtent un homme armé; les autres sont déjà partis.

– Sortir, et mourir –

Bakaye sort des hautes herbes et retourne au village. « Je cherche mes proches, je les appelle, je ne sais pas où ils sont ».

Les habitants reviennent un à un. Les soldats partent avec les hommes ratisser les environs. Les corps, certains calcinés, s’amoncellent. Six, puis douze, vingt-et-un… Le soir, Bamako annonce 31 civils tués.

Les témoins évoquent une dizaine de disparus. Un frère de Bakaye manque à l’appel. « J’espère qu’il est encore en brousse à se cacher ». La probabilité s’en amenuise chaque jour.

Tous disent ne plus vouloir retourner à Ogossagou. « Jusqu’à la mort, jamais. Si l’armée repart, on se refera attaquer », dit Mariam. La confiance dans l’armée est rompue, dit une autre habitante toujours sur place. Son témoignage a été recueilli par SMS.

Mais qu’adviendra-t-il de ceux qui, à la différence de Mariam et Bakaye, n’ont pas pu quitter le village en convoi militaire pour accompagner leurs proches à l’hôpital ?

« Les enfants ne sortent plus s’amuser, on n’ose pas faire paître le bétail, ni aller puiser de l’eau au puits, ni chercher du bois », dit la même habitante restée sur place. « Si on sort, on est mort. Ce village ne nous appartient plus ».

Malgré ses dépenses record, douche froide pour Bloomberg dans les primaires démocrates

Ses centaines de millions de dollars investis dans une intense campagne publicitaire n’y ont rien fait: Michael Bloomberg a essuyé mardi une sévère déconvenue lors de son premier test électoral dans les primaires démocrates, qui met en doute son maintien dans la course à la Maison Blanche.

Rien dans les déclarations de l’ancien maire de New York, ni de son entourage, ne permettait dans la nuit d’écarter l’hypothèse d’un prochain retrait.

Son équipe comptait même « ré-évaluer sa candidature » mercredi, selon des médias américains, au lendemain d’un « Super Tuesday » qui a vu 14 Etats voter dans les primaires pour désigner le démocrate qui affrontera Donald Trump en novembre.

Au milieu de la nuit, le multi-milliardaire de 78 ans n’était arrivé en tête que dans le petit territoire des îles Samoa américaines et n’avait décroché qu’une dizaine de délégués, sur les 1.991 nécessaires pour décrocher l’investiture démocrate en juillet.

Un revers cuisant pour celui qui faisait attendre une entrée en lice en fanfare grâce au montant record dépensé: déjà plus d’un demi-milliard de dollars pris sur sa fortune personnelle pour ses spots publicitaires, sans compter toute l’infrastructure de sa campagne.

Dès le début de soirée, M. Bloomberg, l’une des plus grandes fortunes du monde, avait minimisé les mauvais résultats à venir devant plusieurs centaines de partisans réunis à West Palm Beach, en Floride.

« Peu importe le nombre de délégués que nous gagnerons ce soir, nous avons déjà accompli quelque chose que personne ne pensait possible: en trois mois, nous sommes passés de juste 1% dans les sondages à être en lice pour l’investiture démocrate pour la présidentielle », avait-il lancé.

« Mon message est simple: je me présente pour battre Donald Trump ».

Des partisans brandissaient des panneaux marqués d’un slogan en espagnol: « Nous gagnons avec Mike ».

Certains se disaient séduits par le parcours d’homme d’affaires du fondateur de l’agence Bloomberg, géante de l’information financière.

« C’est quelqu’un qui est parti de rien pour construire une entreprise qui emploie désormais 20.000 personnes », a expliqué à l’AFP Thomas Reed, un scientifique âgé de 54 ans venu le voir en Floride. Cet Etat organisera sa primaire le 17 mars.

Son meeting se déroulait non loin de la célèbre résidence du président républicain, un autre milliardaire new-yorkais qui connaît M. Bloomberg de longue date et prend un plaisir évident à l’éreinter.

« Le plus gros perdant de la soirée, et de loin, c’est Mini Mike Bloomberg », a tweeté Donald Trump en ironisant sur sa petite taille.

Michael Bloomberg a essuyé un résultat particulièrement humiliant en Virginie, où il n’est arrivé que quatrième après avoir investi des millions de dollars dans sa campagne en plus d’avoir largement dépensé en 2019 pour soutenir des démocrates lors d’élections locales.

Ces dernières années, il a aussi investi quelque 10 milliards de dollars pour faire avancer diverses causes souvent chères aux démocrates, comme la lutte contre les armes à feu et le réchauffement climatique.

– Affaibli par ses débats –

L’ancien maire avait parié sur une stratégie osée –certains disaient arrogante– dans les primaires démocrates: faire l’impasse sur les quatre premiers Etats qui ont voté en février, pour ne se présenter que lors du « Super Tuesday ».

Ses investissements avaient au départ semblé payer, le poussant jusqu’à la troisième place des sondages sans avoir affronté le verdict des urnes.

Mais une fois sorti de l’ambiance scriptée de ses publicités, Michael Bloomberg a été affaibli dès février par deux mauvaises performances lors de ses premiers débats.

Et les attaques répétées de ses adversaires ont semblé porter. Ils l’accusent d’avoir « acheté » sa place dans les primaires et lui reprochent d’avoir été républicain, puis indépendant, avant de revenir dans le giron démocrate.

C’est aussi un facteur inattendu qui a pu le faire souffrir: le retour exceptionnel de l’ancien vice-président Joe Biden dans la course.

L’ex-maire de New York avait en effet annoncé sa candidature tardivement, en novembre, parce qu’il estimait que le camp modéré n’avait pas de champion suffisamment fort pour l’emporter face aux représentants de l’aile gauche, Bernie Sanders et Elizabeth Warren.

Or l’ancien bras droit de Barack Obama a surpris en remportant une large victoire en Caroline du Sud samedi, qui a convaincu d’autres candidats centristes de se rallier derrière lui, imposant Joe Biden, et non Michael Bloomberg, en grand candidat modéré juste avant l’avalanche de scrutins du « Super Tuesday ».

Chez les fans de « Bernie », déception et incertitudes après le « Super Tuesday »

Cris de joie à l’annonce de résultats encourageants, huées ou regards inquiets pour les victoires de Joe Biden: les partisans du candidat « socialiste » revendiqué Bernie Sanders espéraient une victoire nette pour le « Super Tuesday », ils sont repartis avec peu de certitudes, sinon que la bataille serait rude.

Réunis pendant plus de trois heures dans un hall d’exposition près de Burlington, fief de Bernie Sanders, quelque 3.000 personnes soutenant le sénateur du Vermont ont vécu une soirée aux allures de montagnes russes.

Elle a commencé dans la joie, lorsque l’écran géant branché sur la chaîne CNN a annoncé que Bernie Sanders avait remporté haut la main son petit Etat du Vermont, l’un des moins peuplés des Etats-Unis et le moins important des 14 Etats qui organisaient mardi leur primaire démocrate. Une mer de cartons bleus et blancs marqués « Bernie » s’est agitée pour marquer l’évènement.

Mais cette victoire était hautement prévisible, et les estimations qui ont défilé ensuite sur l’écran étaient moins réjouissantes: victoire annoncée de l’ex-président Joe Biden en Virginie et trois Etats du sud, y compris en Caroline du Nord où plusieurs sondages avaient laissé espérer une victoire du doyen des candidats.

« Il était pourtant bien placé dans les sondages », a confié, déçue, Heidi Hanning, 44 ans, femme au foyer venue avec son mari du centre du Vermont, qui soutient Bernie Sanders depuis 2016.

Est venue ensuite la victoire de Joe Biden dans l’Etat du Massachusetts, proche du Vermont, une claque pour la sénatrice Elizabeth Warren qui le représente mais une déception aussi pour Bernie Sanders, qui espérait le gagner après y avoir organisé deux grands meetings ces derniers jours.

– « Constrasté » –

Les Etats de l’Ouest américain s’annonçaient plus prometteurs, avec une victoire annoncée dans le Colorado, mais les résultats des Etats-clé de Californie et du Texas restaient incertains vers minuit (05h00 GMT mercredi).

« C’est très contrasté », a reconnu Zac Johnson, 31 ans, qui avait fait six heures de route depuis New-York avec sa fiancée pour soutenir son héros.

« S’il gagne le Texas et la Californie, et dès que d’autres candidats auront jeté l’éponge, comme il est un bien meilleur débatteur, il sera bon (…) J’ai hâte de le voir dans un débat un contre un » face à Joe Biden, a-t-il affirmé.

Mais la déception était plus palpable chez d’autres.

Bernie Sanders à la Maison Blanche, « j’aimerais vraiment voir ça arriver », a déclaré Wendy Simbers, 58 ans, employée dans les services sociaux à Burlington et fan du candidat de la première heure. « Mais je ne sais pas…Quoi qu’il arrive, ses idées sont maintenant partout », a-t-elle cependant ajouté, comme pour se consoler.

– « Mouvement sans précédent »

Depuis la tribune, aux côtés de sa femme et de sa famille, Bernie Sanders a lui galvanisé ses partisans, comme il le sait le faire, rappelant qu’il avait remporté la petite mairie de Burlington le 3 mars 1981, 39 ans plus tôt jour pour jour, lançant sa carrière politique alors que « tout le monde disait que ce n’était pas possible ».

Lui qui prône assurance-santé pour tous et études supérieures gratuites a martelé que « personne ne battrait Donald Trump avec des politiques à l’ancienne », attaque indirecte contre Joe Biden, et que seul son mouvement « sans précédent, venu de la base » pouvait « battre le président le plus dangereux de l’histoire de notre pays » et faire tomber « l’establishement économique et l’establishment politique ».

Mais il a aussi reconnu qu’il ne savait « pas ce qui allait se passer », sinon qu’il serait « quoi qu’il arrive » le candidat des travailleurs.

« Il est honnête », a réagi Taylor DeGorter, 21 ans, une étudiante new-yorkaise. « Je préfère qu’il soit honnête plutôt qu’il mente. C’est ce qui fait sa réputation! »

Coronavirus: G7 et Fed au secours de l’économie, amélioration en Chine

Les pays riches se mettent en ordre de bataille pour immuniser l’économie mondiale du coronavirus, à mesure que l’épidémie gagne du terrain dans le monde, l’OMS mettant en garde contre la pénurie d’équipements de protection.

Le virus a contaminé plus de 92.000 personnes dans le monde et fait quelque 3.200 morts.

Pour tenter de limiter les répercussions économiques du nouveau coronavirus, qui perturbe la vie quotidienne dans de plus en plus de pays, la banque centrale américaine (Fed), la plus puissante du monde, a frappé un grand coup mardi en baissant en urgence ses taux d’intérêt.

Cette baisse surprise, inédite sous cette forme depuis la crise financière de 2008, va donner « un coup de fouet significatif à l’économie », a promis le président de l’institution Jerome Powell.

Jusqu’à présent, la première économie mondiale a été relativement épargnée par l’épidémie. Mais les prévisionnistes redoutent que les Etats-Unis ne soient à leur tour plus durement touchés, puis tombent en récession, entraînant dans leur sillage une économie mondiale qui a déjà encaissé d’autres chocs.

Pour l’heure, plus d’une centaine de cas ont été répertoriés sur l’ensemble du territoire américain, dont neuf décès dans le seul Etat de Washington (nord-ouest).

Peu avant l’annonce de la Fed, les pays du G7, les économies les plus riches du monde, avaient envoyé un signal positif, se disant « prêts à agir, y compris à prendre des mesures budgétaires » pour soutenir l’économie.

Mercredi, les places asiatiques ont réagi diversement à ces annonces: les Bourses chinoises ont ouvert en baisse, Shanghai cédant 0,16% et Hong Kong s’affichant à -0,12%. De son côté, la Bourse de Tokyo était hésitante.

– Repli en Chine –

La Chine, où le virus est apparu en décembre, a fait état mercredi de 38 décès supplémentaires liés à la maladie.

Le bilan au niveau national est désormais de 2.981 morts, a indiqué la Commission nationale de la Santé, avec plus de 80.200 personnes qui ont été infectées au total (dont près de 50.000 déjà guéries).

Signe encourageant: le nombre de nouveaux cas journaliers est en repli pour le troisième jour consécutif.

Ont été signalés 115 nouveaux cas dans la province centrale du Hubei, épicentre de l’épidémie où 56 millions de personnes sont placées en quarantaine, et seulement quatre ailleurs dans le pays.

Les règles drastiques de confinement semblent porter leurs fruits. La Chine s’inquiète toutefois de nouvelles contaminations sur des individus dépistés à leur retour de l’étranger.

Les voyageurs qui arrivent à Pékin en provenance des pays les plus durement touchés par le virus – dont la Corée du Sud, l’Italie, l’Iran et le Japon – se retrouvent désormais en quarantaine pendant 14 jours. D’autres villes, à l’image de Shanghai, envisagent des mesures similaires.

Au moins 13 cas de contamination de Chinois rentrés de l’étranger ont été recensés ces derniers jours, dont huit de retour d’Italie, mardi dans la province du Zhejiang (est). L’Italie est le pays européen le plus touché par le coronavirus.

– Masques réquisitionnés –

Ailleurs dans le monde, le virus continue de se propager.

La Corée du Sud a répertorié mercredi 142 nouveaux cas de coronavirus, portant le bilan national à 5.328. Quatre nouveaux décès ont été annoncés. Ce pays, le plus touché par l’épidémie après la Chine, totalise désormais 32 morts.

Mardi, l’Ukraine, le Maroc, l’Argentine, le Chili ou encore la Lettonie sont venus grossir les rangs des pays touchés. L’Espagne a fait état de son premier décès.

En Iran, où l’épidémie a fait 77 morts et contaminé plus de 2.300 personnes, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde contre le manque d’équipements de protection individuels pour le personnel soignant. Ces pénuries compromettent les efforts pour juguler l’épidémie, estime l’OMS.

Son directeur Tedros Adhanom Ghebreyesus a averti que les stocks d’équipements individuels de protection contre la maladie « s’épuisaient rapidement » dans le monde. « La capacité de réponse des pays est compromise par la désorganisation grave et croissante de l’offre mondiale en équipements de protection individuelle », a-t-il expliqué.

Le gouvernement français va réquisitionner les stocks de masques de protection au moyen d’un décret publié mercredi. La France, où quatre décès ont été enregistrés et plus de 200 cas confirmés, est l’un des principaux foyers du virus en Europe, avec l’Italie et l’Allemagne.

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« Come-back kid »: le retour de Joe Biden

Donné politiquement mort il y a encore deux semaines, Joe Biden a effectué mardi un retour fracassant dans la course à l’investiture démocrate, se présentant comme un phénix renaissant au bout d’une vie marquée par la tragédie.

« Il y a à peine quelques jours, les médias et les commentateurs avaient déclaré la mort de cette candidature », a lancé mardi un Joe Biden remonté à bloc, en Californie.

« Et bien je suis là pour le dire: nous sommes bien vivants », a-t-il ajouté sous les cris et applaudissements de ses supporteurs.

Donnant un accent personnel à ses résultats, il a dédié ses victoires « à tous ceux qui ont été mis à terre, ignorés, laissés pour compte. »

Combatif, il se montrait sous ses célèbres lunettes aviateur dans une vidéo qu’il a tweetée avec le hashtag #Joemomentum: un jeu de mots sur son prénom et le grand « élan », ou « momentum » en anglais, que les candidats à la Maison Blanche espèrent toujours trouver, et dont il semblait bien profiter mardi.

Déclaré vainqueur dans plus d’Etats que son grand rival Bernie Sanders, l’ancien vice-président de Barack Obama avançait triomphalement dans la grande nuit du « Super Tuesday ».

Ces résultats permettaient, notamment, de confirmer sa grande popularité chez les Noirs, un électorat clé pour tout démocrate briguant la présidence américaine.

– « Come-back kid » –

Joe Biden l’avait martelé pour tenter de dépasser ses deux premiers piteux résultats, début février, dans l’Iowa et le New Hamsphire –des Etats à la population peu diverse–: « Nous n’avons pas encore entendu les membres les plus engagés du parti démocrate: les Afro-américains ».

Puis en Caroline du Sud samedi, après sa première victoire dans cet Etat où les Noirs représentent une majorité des électeurs démocrates, il avaient salué le « coeur » du parti démocrate.

« Le come-back kid! » lui avait hurlé un partisan dans le Nevada, un autre Etat aux minorités plus importantes, où il est arrivé deuxième le 22 février.

L’allusion au retour de Bill Clinton dans les primaires en 1992, avait fait sourire celui dont les gaffes avaient contribué ces derniers mois à nourrir l’image d’un candidat vacillant.

Mais sa victoire en Caroline du Sud a déclenché en quelques heures une dynamique extraordinaire, provoquant l’abandon des candidats modérés Pete Buttigieg et Amy Klobuchar. Et leur ralliement derrière sa candidature, avec l’autre ex-candidat Beto O’Rourke ainsi qu’une cascade d’élus dont l’influence locale peut se montrer décisive.

Se posant en rassembleur, il leur a attribué en partie ses bons résultats mardi soir.

– Tragédies personnelles –

« Je battrai Donald Trump à plate couture », avait martelé sans relâche Joe Biden après son entrée en lice, en avril 2019. Il se présentait comme le meilleur adversaire possible du milliardaire républicain grâce à sa popularité aussi bien chez les ouvriers blancs que les électeurs noirs.

Sauf que ses deux premières cuisantes défaites aux primaires avaient profondément ébranlé ce message de « vainqueur » potentiel tandis que Bernie Sanders le doublait en position de favori.

Les moqueries sur sa forme et ses dérapages embarrassants –comme lorsqu’il se déclarait récemment candidat « au Sénat »– avaient alors pris un écho décuplé, reprises notamment sur Twitter par Donald Trump, qui le surnomme à l’envi « Joe l’endormi ».

Après plus de trente-cinq ans comme sénateur et huit ans passés à la Maison Blanche comme bras droit de Barack Obama, Joe Biden devra encore répondre de nombreux chapitres de son épais bilan et faire taire les interrogations sur sa forme.

Mais mardi, il profitait de cette résurgence qu’il faisait résonner avec sa vie personnelle, marquée par la tragédie.

Un mois seulement après son élection au Sénat des Etats-Unis, à tout juste 30 ans, il avait perdu en 1972 sa femme Neilia et leur petite fille Naomi dans un accident de voiture. C’est au chevet de ses fils Beau, 4 ans, et Hunter, 2 ans, hospitalisés, qu’il avait été investi comme membre du Congrès.

Un nouveau drame l’avait frappé en 2015, quand son aîné Beau, devenu procureur général du Delaware, fut emporté par un cancer au cerveau.

Un fils dont il évoquait encore la mémoire pour célébrer la victoire, en Caroline du Sud, qui lui a donné –en politique– une nouvelle vie.