Une délégation du FMI en mission au Gabon

la délégation du Fond Monétaire Internationale entame ce mercredi 25 février une mission de collecte d’informations sur la situation économique du Gabon.

 

Au cours de sa mission au Gabon, la délégation du FMI va tout d’abord se diriger au ministère du Budget qui est chargé d’ordonner et de liquider les dépenses publiques. Ensuite, la délégation va rencontrer les principaux départements économiques et le ministère de l’Economie. Selon le site Gabon Actu, les experts du FMI entendent réaliser un diagnostic approfondi de l’économie gabonaise, fondé sur des données réelles plutôt que sur des projections.

L’administration pour sa part devrait ouvrir ses archives relatives aux recettes publiques, aux dépenses de fonctionnement et d’investissement, ainsi qu’au dossier sensible de la dette publique. Cette dette qui selon les informations se situe entre 70 % et 75 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau supérieur au seuil communautaire de 70 % fixé par la CEMAC.

Il faut noter que, cette mission va durer pendant une semaine au Gabon et pourrait ouvrir la voie à un programme soutenu par le FMI qui sera susceptible d’apporter un appui financier direct ; une amélioration de la crédibilité du pays auprès des bailleurs et investisseurs ; un accompagnement technique pour la gestion des finances publiques et des réformes visant à renforcer la transparence budgétaire et la mobilisation des recettes.

Gabon : La dette publique franchit le cap des 8 600 milliards de FCFA

L’encours de la dette publique gabonaise a franchi un palier critique à la fin du mois d’octobre 2025, avec une hausse vertigineuse de 20,7 % en seulement dix mois.

 

Selon les données officielles de la Direction générale de la dette (DGD), le stock global de la dette gabonaise s’établit désormais à 8 606,6 milliards de FCFA. Cette progression représente une injection de 1 473,5 milliards de FCFA de passif supplémentaire depuis décembre 2024. Ce rythme d’endettement accéléré réduit considérablement les marges de manœuvre du gouvernement, alors que le service de la dette absorbe une part croissante des recettes publiques au détriment de l’investissement.

Pour la première fois, la dette intérieure constitue le premier poste d’engagement du pays, s’élevant à 4 391,9 milliards de FCFA, soit plus de la moitié de l’encours total. Cette composante est majoritairement alimentée par les titres émis sur le marché financier régional pour un montant de 3 218,5 milliards de FCFA. À cela s’ajoutent 726,5 milliards de FCFA de dettes moratoires, issues des arriérés de paiement envers les fournisseurs de l’État, et 446,9 milliards de FCFA d’engagements bancaires. Cette configuration expose directement le secteur privé national aux tensions de trésorerie de la puissance publique, créant un risque d’assèchement des financements pour les entreprises locales.

Parallèlement, la dette extérieure s’est stabilisée à 4 214,8 milliards de FCFA. Si sa croissance brute reste contenue à 1,1 %, sa structure évolue vers des mécanismes plus onéreux. Les bailleurs multilatéraux traditionnels, tels que la Banque mondiale ou le FMI, représentent encore 1 646,7 milliards de FCFA, suivis de près par les emprunts contractés sur les marchés financiers internationaux à hauteur de 1 397,6 milliards de FCFA. Le solde se répartit entre les dettes bilatérales avec les États partenaires (769,6 milliards) et les dettes commerciales (400,8 milliards). La DGD souligne que ce recours accru aux marchés et aux créanciers commerciaux renchérit le coût global du crédit pour le pays.

Cette dégradation des indicateurs financiers intervient dans un contexte de faible diversification économique. La dépendance persistante à la rente pétrolière rend le remboursement de ces engagements particulièrement vulnérable aux chocs exogènes. Entre la montée des obligations à court terme et la nécessité de financer les dépenses sociales urgentes, le Gabon se retrouve face à un défi de taille : restaurer la crédibilité de sa signature tout en évitant un étranglement budgétaire qui paralyserait sa croissance.

La dette publique du Gabon est passée de 1300 à 5320 milliards de FCFA entre 2009 et 2019

En 10 ans, la dette publique a été multipliée par quatre, passant de 1300 à 5320 milliards de francs CFA entre 2009 et 2019. Selon l’analyste économique Mays Mouissi, les 4000 milliards empruntés n’ont malheureusement pas été bénéfiques pour le pays.

La dette publique du Gabon a été multipliée par quatre en dix ans, celle-ci est passée de 1300 à 5320 milliards de francs CFA entre 2009 et 2019, selon Mays Mouissi. «En 2009, la dette du Gabon représentait 18% du PIB, soit à peu près 1300 milliards de francs CFA. Ce qui était un niveau extrêmement faible. Et puis je ne sais ce qu’il s’est passé, la dette a quasiment été multipliée par quatre entre 2009 et 2019», a-t-il affirmé. L’analyste économiste s’exprimait lors d’une récente présentation sur la structure de la dette du Gabon.

Ce dernier a reconnu cependant que la dette n’est pas une mauvaise chose en soi. Par contre, a-t-il nuancé, «l’utilisation qu’on fait de l’argent qu’on emprunte peut être excessivement mauvaise. Une dette bien utilisée peut devenir un élément moteur pour le pays au sens où ça peut rapporter de l’argent, dans le cas par exemple de la construction d’une route avec péage. Mais cela n’a pas toujours été le cas (…) Entre 2009 et 2019, on a emprunté plus de 4000 milliards de francs CFA. Qu’est-ce qu’on a en fait ?».

Selon l’analyste économique, la dette publique du Gabon est composée par la dette bilatérale (lorsque le pays s’endette auprès d’un autre pays) et la dette multilatérale (lorsque le pays s’endette auprès d’institutions telles que le Fonds monétaire international) qui n’existait quasiment pas en 2009. A cette occasion, Mays Mouissi a apporté quelques précisions sur les fonds donnés au Gabon par cette institution.

«Le FMI donne de l’argent au gouvernement et souvent les populations s’attendent à ce que ces fonds améliorent leurs conditions de vie. Elles se trompent car le FMI n’investit pas pour améliorer les conditions de vie. Lorsque les comptes de l’Etat sont dans le rouge, le FMI finance son découvert pour ramener le niveau à zéro en espérant que l’Etat se comporte de façon vertueuse pour que l’économie reparte, c’est tout. Certes le FMI exige des réformes en contrepartie de ses fonds, mais les programmes du FMI n’ont pour objectif d’améliorer les conditions de vie des populations», a expliqué l’analyste économique.

 

Source : gabonreview