New York prévoit de nombreux cas de coronavirus, cherche à endiguer la propagation

Le gouverneur de l’Etat de New York a indiqué s’attendre à de nombreux nouveaux cas de coronavirus sur son territoire, les autorités se concentrant sur des mesures de nature à contenir le virus, notamment grâce à une campagne de test massive.

L’Etat de New York a enregistré dimanche son premier cas confirmé de coronavirus, une professionnelle de santé de 39 ans qui est revenue mardi d’un séjour en Iran, foyer connu de la maladie.

Cette femme est actuellement confinée chez elle avec son mari, dont les autorités soupçonnent qu’il est également infecté. Elle souffre de problèmes respiratoires, mais son état n’est pas jugé sérieux.

Lors d’une conférence de presse, lundi, le gouverneur Andrew Cuomo a indiqué s’attendre à de nouveaux cas. « Ce ne sera pas un, deux, ou cinq. Ce sera beaucoup. »

Il prévoit également que des personnes sans contact connu avec une personne ayant séjourné à l’étranger dans un foyer d’infection contractent la maladie, comme cela a déjà été le cas dans les Etats de Washington et Californie.

« C’est pour cela que l’enjeu est de limiter la propagation », a insisté Andrew Cuomo.

Les autorités de la ville de New York et de l’Etat ont rappelé les précautions à prendre en matière d’hygiène et appelé les personnes se pensant malades à contacter les services de santé.

Une campagne de désinfection va être menée dans les transports et les écoles, bien qu’il semble, comme l’a rappelé le maire de New York, Bill de Blasio, que les enfants ne soient pas affectés par la contagion.

Des mesures spécifiques de protection vont être prises pour tous les lieux de séjour de personnes âgées, plus vulnérables aux conséquences de la maladie.

Les autorités new-yorkaises prévoient également de lancer une campagne de détection et le gouverneur a fixé l’objectif d’arriver, d’ici une semaine, à une capacité de 1.000 tests par jour.

Le gouvernement Trump a été critiqué ces dernières heures pour n’avoir pas procédé de manière plus systématique à des tests.

Selon les derniers chiffres du Centre de contrôle des maladies (CDC), publiés samedi, seuls 472 test avaient été réalisés sur tout le territoire américain depuis le début de la propagation du virus.

Le gouvernement fédéral a autorisé samedi l’Etat de New York a effectué ses propres tests.

« Il est important de prendre du recul », a exhorté le gouverneur Cuomo, en réponse aux inquiétudes de la population new-yorkaise. « Dans cette situation, les faits anéantissent la peur, parce que la réalité est rassurante. »

Il a rappelé que le taux de mortalité estimé du coronavirus était de 1,4%, contre 0,6% pour la grippe ordinaire, estimant que la proportion à attendre à New York serait sans doute moindre, compte tenu des mesures de prévention et de la qualité du système de santé.

Les Etats-Unis ont enregistré ce week-end les deux premiers décès liés au coronavirus sur le territoire américain, tous deux dans le même hôpital de la banlieue de Seattle (Washington).

Officiellement, seuls 22 cas ont été diagnostiqué sur le territoire américain, auxquels s’ajoutent 47 personnes rapatriées aux Etats-Unis.

Critiqué par l’opposition pour sa réponse initiale à la crise, le président américain Donald Trump a indiqué lundi matin sur Twitter qu’il allait recevoir dans la journée à la Maison Blanche les grands acteurs de l’industrie pharmaceutique pour discuter « vaccin et remède ».

« Des progrès sont accomplis! », a-t-il assuré.

« J’ai été critiqué par les démocrates lorsque j’ai fermé le pays à la Chine de nombreuses semaines avant ce que presque tout le monde a recommandé. Cela a sauvé de nombreuses vies », a-t-il poursuivi. « Restez calmes et vigilants! »

Le Premier ministre désigné jette l’éponge, l’Irak plonge dans l’inconnu

Le Premier ministre désigné Mohammed Allawi a renoncé à former un gouvernement, enfonçant davantage l’Irak dans l’inconnu et exacerbant la colère de la rue qui conspue ses dirigeants depuis cinq mois.

Face à des manifestants déterminés malgré près de 550 morts dans les violences, la crainte du nouveau coronavirus et face à la baisse des prix de pétrole, l’unique source de devise d’Irak, « les dirigeants sont dans une bulle », dénonce un haut responsable irakien sous couvert de l’anonymat.

Le Premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi et son équipe « continuent comme si de rien n’était », assure-t-il. Démissionnaire en décembre, M. Abdel Mahdi, a assuré dimanche qu’il cesserait de gérer les affaires courantes lundi. Mais il a finalement préféré conserver son poste.

Dans un communiqué en fin de journée, l’homme qui ne préside déjà plus les Conseils des ministres a expliqué qu’il allait seulement se mettre « en retrait » car le « vide constitutionnel » est « le plus grand danger » et qu’il valait mieux attendre qu’un successeur soit désigné à M. Allawi et que son gouvernement soit approuvé par le Parlement.

Ce changement est loin d’être acquis, comme l’a déjà expérimenté Mohammed Allawi. Désigné début février pour former un nouveau gouvernement, il n’a jamais pu présenter sa liste de ministres au Parlement car deux fois cette semaine, l’Assemblée la plus divisée de l’histoire récente de l’Irak n’a pu atteindre le quorum.

Il y a « des parties qui ne négocient que pour leurs propres intérêts sans respect pour la cause nationale », a tonné M. Allawi dimanche en annonçant qu’il jetait l’éponge.

L’influent leader chiite Moqtada Sadr, qui ne cesse de souffler le chaud et le froid tant vis-à-vis des politiciens que des manifestants, a dénoncé « des corrompus » prenant le pays « en otage ».

– « Propres intérêts » –

La Constitution ne prévoit pas l’option d’un départ du Premier ministre en cours de mandat. La démission de M. Abdel Mahdi est sans précédent, tout comme l’échec de son successeur désigné.

Mais d’après la Constitution, sans cesse contournée par politiciens et partis décidés à jouer la montre, la balle est dans le camp du président Barham Saleh après l’échec du Parlement à voter la confiance.

M. Saleh a 15 jours pour choisir qui formera le futur gouvernement. Cette fois-ci, il le fera sans demander l’avis des grands blocs parlementaires comme l’y obligeait la Constitution pour M. Allawi.

Selon des sources politiques, il a déjà fait son choix: le chef du renseignement Moustafa al-Kazimi.

Sur la place Tahrir à Bagdad, épicentre de la contestation, les manifestants réclament toujours une nouvelle classe politique, accusant leurs dirigeants actuels de corruption et d’être incapables de leur assurer les services de base -électricité, emplois, soins médicaux etc…

« Le peuple veut quelqu’un qui n’a jamais été aux affaires », affirme à l’AFP Mohammed, étudiant de 21 ans.

De nombreux manifestants veulent au poste de Premier ministre Alaa al-Rikaby, un pharmacien de Nassiriya, à la pointe de la contestation dans le Sud.

« Les partis ne cherchent que leurs propres intérêts, ils n’écoutent ni notre opinion ni nos problèmes », s’énerve Roqiya, 20 ans, dans un des pays les plus riches en pétrole du monde où un jeune sur quatre est au chômage et un habitant sur cinq pauvre.

– Ministères « à vendre » –

« Allawi a tenté de concilier les intérêts des partis et ceux du peuple pour gagner la rue mais il a échoué sur les deux tableaux », tranche Hamid Abou Nour, un commentateur politique.

Quel que soit son successeur, sa tâche sera ardue. Il devra mener le pays vers des élections anticipées pour renouveler le système politique basé sur la répartition des postes selon ethnies et confessions.

« Seules des élections pourront changer la donne », résume le responsable irakien. Mais, et c’est là que le bât blesse, pour y arriver… il faut un gouvernement!

M. Abdel Mahdi a beau proposer des législatives début décembre couplées à un référendum constitutionnel –alors que jusqu’ici aucune des réformes réclamées par la rue n’a été votée ou sérieusement discutée au Parlement– les divergences entre Kurdes, sunnites et chiites sont telles que même le quorum est inatteignable.

Les Kurdes réclament pour leur région autonome (nord) des garanties sur leur part du budget fédéral. Avec les sunnites, ils veulent le maintien des soldats américains en Irak. Mais le prochain Premier ministre, chiite selon la répartition des postes, est lié par un vote du Parlement ordonnant leur expulsion. Seuls les députés chiites avaient alors voté.

Les trois communautés se disputent les postes ministériels dans le 16e pays le plus corrompu au monde où les postes se « vendent » et s' »achètent » selon de nombreuses sources politiques qui n’hésitent pas à donner des prix.

Virus: la cathédrale rouvre à Milan, qui vit toujours au ralenti

La cathédrale de Milan, monument symbole de la capitale économique italienne fermé une semaine durant pour cause de coronavirus, a rouvert lundi aux touristes, tout comme les musées, mais avec certaines limitations recommandées par les experts de santé publique.

Ce n’était pas la grande foule pour la réouverture à 09H00 (08H00 GMT) à l’entrée de la splendide cathédrale gothique, où se pressaient plus de journalistes que de touristes.

Parmi les rares visiteurs ayant bravé la pluie, Imasu Ohashi, un Japonais de 24 ans accompagné de sa mère. « A l’intérieur, il y avait très peu de monde », raconte-t-il aux journalistes de l’AFP qui, en fin de matinée, ne décomptaient qu’une vingtaine de personnes sous l’immense nef.

« Je suis resté une demi-heure à l’intérieur, j’ai pu admirer les peintures, les marbres, les plafonds, je suis très heureux… » explique le jeune homme, ravi de profiter de Milan et de Venise désertées tout en reconnaissant que « la situation est très difficile pour le gouvernement et les gens angoissés ».

Cristian Russovich, un touriste argentin qui porte un masque « par précaution », se félicite lui aussi de la réouverture. « Nous sommes contents parce qu’hier nous n’avons pas pu visiter le couvent où se trouve la Cène (peinte par Léonard de Vinci), fermé à cause du coronavirus », explique-t-il.

Le gouvernement a fixé par décret des limites à la réouverture des monuments et musées. Il faut le faire « de manière contingentée » en évitant le phénomène de groupes resserrés ne permettant pas d’assurer une distance de sécurité d’un mètre entre les visiteurs pour éviter la contagion, alors que l’Italie affiche le plus lourd bilan d’Europe avec 1.694 cas positifs et 34 décès.

L’Italie est désormais officiellement divisée en trois zones. La « zone rouge » placée sous quarantaine, couvre 11 communes du Nord du pays représentant plus de 50.000 habitants.

– « Symbole italien » –

La deuxième zone appelée « jaune » concerne les trois régions les plus touchées –Lombardie (qui inclut Milan), Emilie-Romagne (Bologne) et Vénétie (Venise). Les écoles et universités y sont fermées jusqu’au 8 mars. Les stations de ski restent ouvertes, mais à condition qu’on ne dépasse pas un tiers de la capacité à bord des remontées mécaniques.

Un coup d’arrêt est aussi donné aux « grands événements » sportifs et culturels (matches, concerts…), tandis que les cinémas, théâtres, discothèques et salles de sports restent fermés.

La troisième zone couvre le reste du pays où des mesures de restriction sont fixées au cas par cas.

Ainsi à Rome, l’église Saint-Louis des Français à Rome, qui recèle des chefs-d’oeuvre du peintre Le Caravage, a été fermée par précaution dimanche après que l’un de ses prêtres rentré en France a été testé positif mais elle devrait rouvrir rapidement après désinfection.

Les mesures de précaution prises par le gouvernement ne font pas l’unanimité.

Andrea Riccardi, fondateur de la communauté catholique de Sant’Egidio très proche du pape François, critique ainsi la fermeture « de tant d’églises dans le Nord de l’Italie », « des mesures qui me remplissent d’une certaine amertume ».

« Les églises ont été assimilées aux cinémas et théâtres », déplore-t-il.

« Les églises ne sont pas seulement un lieu de +rassemblement+ mais aussi un lieu spirituel, une ressource en période difficile, qui suscite de l’espoir, console et nous rappelle qu’on ne se sauvera pas tous seuls », estime-t-il, excluant tout risque aux messes dominicales « auxquelles participent une poignée de personnes dispersées sur des bancs éloignés ».

Un avis partagé par certains sur le parvis de la cathédrale de Milan. « C’est important que la cathédrale rouvre. Il est illogique d’avoir des supermarchés ouverts mais des églises fermées », estime Ivano Caiola, 54 ans, harnaché d’un sac à dos et venu avec sa femme retirer le carnet officiel de pèlerin pour Saint-Jacques de Compostelle. « La cathédrale, pour nous c’est un symbole italien, c’est notre histoire ».

Troisième round électoral en Israël, Gantz appelle à tourner la page Netanyahu

L’opposant Benny Gantz a appelé lundi à tourner la page de l’ère de Benjamin Netanyahu, inculpé pour corruption, lors des troisièmes législatives en moins d’un an en Israël, pays plongé dans la plus grave crise politique de son histoire.

Et à l’heure du nouveau coronavirus, ce vote a donné parfois lieu à des scènes de science-fiction dans des bureaux désignés, où du personnel électoral en combinaison de protection accueille des Israéliens entrés en contact avec des personnes contaminées ou ayant voyagé dans des pays touchés par l’épidémie.

Après avoir voté à Jérusalem, M. Netanyahu a appelé ses partisans à voter en masse pour assurer la « victoire », affirmant que « cette affaire de coronavirus est totalement sous contrôle ».

Dans le camp adverse, M. Gantz, son principal rival, a dit « espérer qu’aujourd’hui marquera le début d’un processus de guérison (…) Aujourd’hui, nous allons changer de disque, mettre fin aux dérapages, aux mensonges et à la manipulation. »

Après des élections en avril et septembre 2019 n’ayant pas réussi à départager le Likoud (droite) de M. , 70 ans, et la formation centriste Kahol Lavan (« Bleu-blanc ») de M. Gantz, 60 ans, les Israéliens sont appelés à boucler ce triathlon politique.

Une chose a changé depuis le dernier scrutin: l’inculpation de Benjamin Netanyahu, devenu en novembre le premier chef de gouvernement israélien en fonction à être mis en examen, et de surcroît pour corruption, malversations et abus de confiance.

M. Netanyahu joue son avenir politique à deux semaines du de son procès le 17 mars. Son inculpation n’a pas causé de fléchissement de ses soutiens au Likoud, selon les derniers sondages qui prévoient une nouvelle lutte serrée avec M. Gantz, pouvant se jouer à un ou deux sièges près.

– « Il reste innocent » –

Quelque 6,4 millions d’électeurs sont appelés à voter jusqu’à 22H00 (20H00 GMT). Suivront des sondages à la sortie des urnes et des résultats préliminaires.

Ella Levy, 63 ans, a voté pour « Bibi Netanyahu ». Il « nous a menés où nous sommes aujourd’hui, politiquement, économiquement et je veux que cela continue. Et puis, il reste innocent jusqu’à preuve du contraire. »

Etudiante en mathématiques, Inbal a elle donné sa voix à Benny Gantz pour empêcher M. Netanyahu de rester au pouvoir. « Gantz ne m’impressionne pas mais il n’y a pas d’autres options. »

Ni le Likoud, ni « Bleu-blanc » ne peuvent former un gouvernement sans l’appui d’autres partis.

M. Netanyahu, au pouvoir pendant 14 ans dont la dernière décennie sans interruption, compte sur le soutien des formations ultra-orthodoxes du Shass, du Judaïsme unifié de la Torah ainsi que de la liste Yamina (droite radicale).

« Bleu-Blanc » mise sur le soutien des partis de gauche, réunis au sein d’une liste unique, et pourrait bénéficier d’un appui de la « Liste unie » des partis arabes israéliens qui avaient provoqué la surprise en septembre en gravissant la troisième marche du podium avec 13 sièges.

« Nous espérons cette fois en obtenir 16 », a dit le chef de la « Liste unie », Ayman Odeh, dont l’objectif avoué est de barrer la route à M. Netanyahu, « parrain » selon lui du plan du président américain Donald Trump pour un règlement du conflit israélo-palestinien.

La « Liste unie » tente de récolter les fruits de la frustration chez la minorité arabe israélienne (environ 20% de la population) face à ce plan applaudi par Israël et rejeté par les Palestiniens.

– Une campagne « sale » –

M. Netanyahu a mené sa campagne sur le socle du projet Trump, en promettant l’annexion rapide de la vallée du Jourdain et de colonies israéliennes en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 par Israël, comme prévu par le plan.

Benny Gantz soutient lui aussi le projet américain.

La campagne électorale a été marquée par des scandales, des mots parfois durs, voire des conversations personnelles de responsables politiques enregistrées à leur insu puis diffusées dans les médias…

« Nous ne méritons pas une autre campagne sale et lamentable comme celle qui s’est achevée aujourd’hui et nous ne méritons pas cette instabilité sans fin », a déclaré le président Reuven Rivlin, qui a dit ressentir une « honte profonde ».

Dans cette élection, la grande inconnue demeure la participation liée entre autres à la crainte du nouveau coronavirus.

Des bureaux de vote spécifiques ont été désignés pour environ 5.600 Israéliens entrés en contact avec des personnes contaminées ou ayant voyagé dans des pays touchés par l’épidémie.

Selon un dernier bilan, dix cas ont été recensés en Israël.

Des partis redoutent que la propagation de « fausses nouvelles » sur cette épidémie pousse les électeurs à éviter les bureaux de vote.

Primaires démocrates: Buttigieg jette l’éponge, l’horizon de Biden s’éclaircit

Le jeune candidat modéré Pete Buttigieg a abandonné dimanche la course démocrate à la Maison Blanche, renforçant les chances de Joe Biden face au favori Bernie Sanders, plus à gauche.

La nouvelle choc de son retrait est tombée à deux jours de la primaire géante du , lorsque les électeurs démocrates de 14 Etats voteront pour choisir celui, ou celle, qui affrontera Donald Trump le 3 novembre.

Et alors que le modéré Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, bénéficiait déjà d’une dynamique décuplée grâce à sa large victoire samedi à la primaire démocrate de Caroline du Sud.

« Notre objectif a toujours été d’aider à rassembler les Américains pour battre Donald Trump », a déclaré , premier candidat ouvertement homosexuel dans la course à la Maison Blanche.

Il n’a pas eu d’autre choix que de se retirer et « d’aider à rassembler » le parti a-t-il expliqué lors d’un discours ému dans sa ville de South Bend, dans l’Indiana, dont il a été maire.

Agé de 38 ans, il s’était positionné comme un modéré, mettant en garde contre les excès de l’aile gauche du parti, incarnée par Bernie Sanders. Il l’avait remporté d’un cheveu face à lui dans l’Iowa et était arrivé deuxième dans le New Hampshire.

Une excellente performance pour cet inconnu du grand public il y a encore peu.

Sa décision survient après une sévère défaite en Caroline du Sud, qui a mis en lumière sa grande difficulté à mobiliser au sein de l’électorat noir, essentiel pour qu’un démocrate remporte la Maison Blanche.

Comme certains observateurs, Donald Trump a prédit, sur Twitter, que Joe Biden serait le grand bénéficiaire du départ de Pete Buttigieg.

Mais la société d’analyse Morning Consult affirmait que le report de voix pourrait être presque équivalent entre MM. Biden et Sanders.

– « Coup de fouet » –

Après sa victoire en Caroline du Sud, Joe Biden, 77 ans, s’est plus que jamais posé dimanche en alternative à Bernie Sanders, 78 ans, mettant en doute la capacité de son rival démocrate à rassembler.

Après avoir déçu lors des trois premiers scrutins en Iowa, dans le New Hampshire et le Nevada, M. Biden a finalement réussi à stopper l’hémorragie samedi, réunissant quasiment la moitié des suffrages exprimés (48,4%), plus du double de Bernie Sanders (19,9%), deuxième.

« C’est un gros coup de fouet pour nous », s’est félicité Joe Biden dimanche sur CNN.

Plus d’un tiers des délégués (environ 34%), qui choisiront le candidat du parti lors de la convention démocrate, mi-juillet, seront désignés mardi lors du « Super Tuesday ».

Le septuagénaire fut longtemps le super favori au sein des démocrates avant d’être dépassé par Bernie Sanders. Il ne sont plus que six à briguer l’investiture démocrate, dont trois hommes approchant des 80 ans.

Les autres candidats distancés, Joe Biden affronte mardi un Bernie Sanders qui a levé quasiment le double du montant récolté par son équipe de campagne (134 millions de dollars contre 70) et dispose d’un réseau de terrain inégalé chez les démocrates.

Pour amplifier son élan, celui qui fut sénateur du Delaware de 1973 à 2009 est reparti à la charge contre son principal concurrent, un socialiste autoproclamé dont le programme trop à gauche, selon lui, risque d’échauder une part importante des électeurs.

Mal positionné dans de nombreux Etats importants en jeu mardi, notamment la Californie et le Texas, Joe Biden s’est projeté vers la présidentielle en affirmant qu’il pourrait rassembler au-delà de la base démocrate dans des Etats qui balancent entre les deux grands partis.

– « Pas de révolution » –

« Pour battre Trump, nous allons avoir besoin de la plus forte participation de l’histoire de ce pays », a répliqué Bernie Sanders, sur ABC. « Et je ne crois pas que ce soit faisable si vous n’avez pas un message qui résonne au sein de la classe ouvrière et des classes moyennes. »

« Les gens ne veulent pas d’une révolution », a martelé Joe Biden, en référence au programme de Bernie Sanders.

M. Biden voit aussi approcher la menace Michael Bloomberg, ancien maire de New York et ex-républicain, qui entrera en lice mardi. Il a déjà dépensé plus de 500 millions de dollars en publicités de campagne, du jamais vu.

« Le parti démocrate veut un démocrate », a lancé Joseph Robinette Biden Jr, de son nom complet, sur Fox. « Pas un socialiste, pas un ancien républicain ».

Erdogan menace l’Europe de « millions » de migrants, réclame une trêve en Syrie

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé lundi que « des millions » de migrants se rendraient en Europe après l’ouverture des frontières, accentuant la pression sur l’Occident dont il attend davantage d’appui pour obtenir une trêve en Syrie.

Depuis que la Turquie a ouvert vendredi ses frontières avec l’Europe, plusieurs milliers de personnes se sont ruées vers la Grèce, une situation préoccupante pour l’Europe qui redoute une nouvelle crise migratoire majeure semblable à celle de 2015.

Ankara, qui est de facto devenu le gardien de l’Europe après avoir conclu un pacte migratoire en 2016 avec Bruxelles, a ouvert les portes pour obtenir davantage de soutien en Syrie où la Turquie a annoncé dimanche le lancement d’une offensive contre le régime.

Alors que la Turquie multiplie depuis plusieurs jours les frappes de drones dans la région d’Idleb (Nord-Ouest), M. Erdogan a dit qu’il espérait arracher une trêve lors de discussions à Moscou jeudi avec le président russe Vladimir Poutine, soutien de Damas.

A la frontière entre la Turquie et la Grèce, des milliers de migrants continuaient d’affluer dans l’espoir de traverser, en dépit des mesures draconiennes prises par Athènes, dont les forces tirent des grenades lacrymogènes et utilisent des canons à eau.

« Depuis que nous avons ouvert nos frontières (vendredi), le nombre de ceux qui se sont dirigés vers l’Europe a atteint les centaines de milliers. Bientôt, ce nombre s’exprimera en millions », a affirmé M. Erdogan lors d’un discours à Ankara.

Ces chiffres semblent largement surévalués par rapport à la réalité observée sur le terrain par l’AFP. Samedi soir, l’ONU avait compté 13.000 personnes à la frontière gréco-turque.

– Arrivées sur les îles –

Selon les autorités grecques, 1.300 demandeurs d’asile ont réussi à gagner les îles égéennes entre dimanche matin et lundi matin. Un petit garçon est mort lundi au large de Lesbos lors du naufrage d’une embarcation chargée d’une cinquantaine de migrants.

Se faisant menaçant, M. Erdogan a affirmé qu’il maintiendrait les « portes de l’Europe ouvertes. Maintenant, vous allez prendre votre part du fardeau+ », a-t-il dit lundi lors d’un discours à Ankara.

Face à cette situation et pour montrer leur solidarité, les dirigeants des institutions européennes vont se rendre mardi dans la zone frontalière côté grec, a annoncé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Et la chancelière allemande Angela Merkel a indiqué qu’elle attendait que cet accord soit « respecté ». Elle doit s’entretenir lundi soir au téléphone avec M. Erdogan, selon ce dernier.

Mme Merkel avait piloté, côté européen, les négociations qui avaient abouti en mars 2016 à un accord migratoire controversé aux termes duquel Ankara s’engageait notamment à lutter contre les traversées illégales vers la Grèce en échange d’une aide financière.

Le chef de l’Etat turc doit par ailleurs recevoir lundi le Premier ministre bulgare Boïko Borissov, dont le pays est frontalier de la Turquie.

La Turquie accueille sur son sol plus de quatre millions de réfugiés et migrants, en majorité des Syriens.

Ankara a aussi justifié l’ouverture des frontières avec l’Europe par son incapacité à faire face à une nouvelle vague migratoire, alors que près d’un million de personnes déplacées par une offensive du régime syrien à Idleb sont massées à la frontière turque.

– Rencontre Erdogan-Poutine –

Après des semaines d’escalade, la Turquie a annoncé dimanche qu’elle avait lancé une offensive d’envergure baptisée « Bouclier du Printemps » contre le régime de Bachar al-Assad, soutenu par Moscou.

Les forces turques ont abattu deux avions syriens et tué plusieurs dizaines de soldats. « Ce n’est que le début », a prévenu lundi M. Erdogan.

De son côté, le régime syrien a affirmé sa détermination à repousser l’offensive menée par Ankara, qui sera au cœur de la rencontre entre MM. Erdogan et Poutine jeudi à Moscou.

« Je vais discuter de ces développements avec M. Poutine. J’espère qu’il prendra les mesures nécessaires comme un cessez-le-feu et que nous trouverons une solution », a affirmé lundi M. Erdogan.

Alors que la rencontre entre MM. Erdogan et Poutine s’annonce tendue, le Kremlin a souligné lundi la « grande importance » de la coopération entre Ankara et Moscou en Syrie, où le conflit a fait plus de 380.000 morts depuis 2011.

La Turquie appuie certains groupes rebelles et la Russie soutient le régime d’Assad. En dépit de leurs intérêts divergents, les deux pays ont renforcé leur partenariat ces dernières années.

Mais cette relation s’est dégradée depuis que plus de 30 militaires turcs ont été tués la semaine dernière dans des frappes aériennes attribuées par Ankara au régime, qui se dit déterminé à reprendre la région d’Idleb, dernier bastion rebelle et jihadiste en Syrie.

Au sol, les combats faisaient rage autour de la ville stratégique de Saraqeb, qui a plusieurs fois changé de mains ces dernières semaines. Selon l’agence de presse officielle syrienne SANA, les troupes du régime sont entrées lundi dans cette ville.

Slovaquie: Igor Matovic, leader bouillonnant de l’opposition

Lancé à fond dans la dénonciation de la corruption des élites en Slovaquie, l’auto-proclamé « homme du peuple » Igor Matovic, 46 ans, est un homme politique versatile et bouillonnant, qui bouscule l’ordre établi.

« Nous chercherons à former le meilleur gouvernement que la Slovaquie ait jamais eu, avec l’aide des autres leaders de l’opposition démocratique », a-t-il dit aux journalistes à l’annonce des résultats du sondage sortie des urnes, selon lesquels un électeur sur quatre avait voté pour son parti OLaNO (Gens ordinaires et personnalités indépendantes).

Ses partisans voient en lui un non-conformiste doué pour l’autopromotion, tandis que pour ses adversaires l’homme politique est imprévisible, adorant les feux de la rampe et voulant tout contrôler.

Après des études de gestion de finances, Matovic, marié et père de deux filles, avait fondé une maison d’édition qui a bien grandi et contrôle aujourd’hui des dizaines de journaux régionaux.

Il avait aussi possédé un patrimoine immobilier important dans sa ville natale de Trnava, dans l’ouest de la Slovaquie.

Quand il est entré en politique il y a une dizaine d’années, il a transféré tous ses biens et affaires, estimés à plusieurs millions d’euros, à sa femme Pavlina.

Il a fondé alors son mouvement baptisé Gens ordinaires et personnalités indépendantes pour combattre la corruption dans la fonction publique. Mais, après avoir obtenu plusieurs sièges au Parlement, il a vu plusieurs députés quitter sa formation pour cause de conflits internes.

« Il dirige l’OLaNO comme un dictateur », a affirmé lors d’un débat télévisé Michal Truban, chef du parti libéral Slovaquie progressiste et partenaire de coalition potentiel.

Mais, comme pour démentir cette observation, Matovic a mis à la tête de la liste OLaNO un enseignant peu connu, et a réservé la dernière place pour lui-même.

OLaNO a attiré plusieurs candidats hauts en couleurs et populaires, dont un joueur de tennis professionnel et un comédien.

– Singeries politiques –

Les critiques de Matovic ont souvent accusé l’ancien patron de presse d’aimer trop les caméras et de transformer les débats parlementaires télévisés en one-man show.

Certes, il a souvent pratiqué les effets spéciaux en politique. En 2013, il a apporté au Parlement une silhouette en carton du Premier ministre Robert Fico, accusant le chef du parti au pouvoir Smer-SD (gauche) d’être trop proche d’oligarques locaux. « Il a offert la Slovaquie aux riches », pouvait-on lire sur la figure en carton.

Fico a dû démissionner en 2018 après l’assassinat du journaliste Jan Kuciak, tué par balles alors qu’il enquêtait sur la corruption dans les hautes sphères.

Il est aussi arrivé à Matovic d’arborer au Parlement une chemisette avec l’inscription « Fico défend les voleurs ».

Il a eu recours à une tactique semblable en se montrant en direct sur Facebook en train de placer à Cannes (France), sur la clôture d’une villa, des panneaux la déclarant « propriété de la République slovaque » et accusant le propriétaire, un ex-ministre Smer-SD, de frauder les contribuables.

« Je veux faire de la politique comme je le sens, et pas de manière correcte », a-t-il dit au quotidien Dennik N, tout en admettant craindre que ses gestes ne le fassent passer « pour un clown ».

– « Imprévisible » –

Ses amis et des analystes le considèrent comme un homme politique doué, mais difficile.

Le décrivant à l’AFP sous le couvert d’anonymat, un ancien collaborateur de Matovic le qualifie de « phénomène ». « C’est un communicant extrêmement habile. Il est effréné et sincère – parfois trop sincère », dit-il.

« Sa force, c’est son instinct politique et son don pour le marketing politique », pense l’analyste Juraj Marusiak. Cependant, « son caractère imprévisible fait de lui un partenaire problématique ».

« Il est bon pour présenter des problèmes complexes d’une manière très simple », a dit à l’AFP l’analyste de Bratislava Pavol Babos « Mais il est toujours difficile de prévoir s’il tiendra les promesses qu’il fait ».

A l’approche des législatives, Matovic a lancé sur internet un sondage, encourageant les gens à choisir la politique du futur gouvernement en établissant un ordre de priorités parmi les sujets proposés.

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, deux chercheurs de terrain internationalement reconnus

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, les universitaires français détenus en Iran, dont le procès s’ouvrira mardi, sont tous deux des chercheurs de terrain « de haute volée », selon plusieurs de leurs collègues, qui mettent en avant la même intransigeance critique.

+ Fariba Adelkhah

Il faut « sauver les chercheurs, sauver la recherche, pour sauver l’histoire »: ces mots, Fariba Adelkhah les a écrits de sa prison d’Evine, à Téhéran. Arrêtée début juin par les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime, avec son compagnon Roland Marchal, la chercheuse franco-iranienne est poursuivie pour « propagande contre le système » politique de la République islamique d’Iran et « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale ».

Dimanche dernier, elle a été admise à l’hôpital de la prison d’Evine suite à une grave détérioration de son état de santé, selon son avocat, qui y voit le résultat de la grève de la faim qu’elle a menée de fin décembre à mi-février.

Cette spécialiste de l’anthropologie sociale et de l’anthropologie politique de l’Iran post-révolutionnaire a rejoint le Ceri (le Centre de recherches internationales, une unité mixte de recherche commune à Sciences Po et au CNRS) en 1993.

« Toute sa démarche part du terrain », explique Béatrice Hibou, également chercheuse au Ceri. « Extrêmement reconnue dans le milieu universitaire », elle est l’une des rares à porter un regard « critique » et non pas « politique » sur la société iranienne, souligne cette proche.

Née en Iran en 1959, dans une famille de la petite classe moyenne de la province du Khorassan (région située à la frontière de l’Afghanistan), Fariba Adelkhah n’a jamais cessé de retourner dans ce pays, dont sont issus la plupart de ses travaux de recherche.

En 1977, elle arrive en France, à l’université de Strasbourg, pour y commencer des études. C’est là qu’elle rencontre Roland Marchal.

Marquée par la lecture de Simone de Beauvoir, ses travaux initiaux portent sur les femmes et la Révolution islamique.

Cette femme menue aux cheveux noirs, « courageuse » et « combative », selon plusieurs collègues, qui aime traduire des poèmes chrétiens du Moyen-Âge en persan, avait récemment étendu le champ de ses travaux à l’Afghanistan et l’Irak.

Elle s’inquiète de l’isolement auquel est soumis son compagnon, poursuivi pour « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale », et retenu dans l’aile des Gardiens de la révolution. Leur avocat tentait récemment de légaliser un mariage qui autoriserait un droit de visite.

+ Roland Marchal

« Bourreau de travail, constamment sur le terrain », c’est un « grand chercheur, reconnu internationalement », dit de lui Sandrine Perrot, qui travaille avec lui au Ceri.

Africaniste spécialiste de la Corne de l’Afrique, il a consacré l’essentiel de son œuvre à l’analyse des guerres civiles en Afrique subsaharienne, notamment dans leur rapport à la formation des États.

« Son pays de cœur est la Somalie, mais il connaît aussi très bien le Tchad, la République centrafricaine, le Mali et le Soudan », souligne Mme Perrot. « Ses analyses des guerres, des violences, de la sociologie des groupes armés, ont marqué des tournants dans la littérature », avance-t-elle.

Connu pour avoir des prises de position très franches, notamment sur la politique française au Tchad, qui lui ont valu la réputation d’être « un chercheur à la dent dure », ses critiques étaient « toujours étayées par le terrain », poursuit la chercheuse.

Originaire de Lorraine, ce mathématicien de formation, très engagé à gauche, « est tombé dans la marmite des sciences sociales et a rejoint le Ceri en 1997 », indique Jean-François Bayard, ancien directeur du centre de recherches.

« Chercheur de haute volée, bourru, très exigeant, pas forcément aimé de tous », il fait montre, comme sa compagne Fariba Adelkhah, d’une totale « intégrité professionnelle » et d’une « indépendance absolue », poursuit ce proche.

Décrit aussi comme « râleur », « sarcastique », « très généreux, notamment avec les jeunes chercheurs », « il s’est toujours énormément soucié des sociétés qu’il étudiait, comprenant souvent avant tout le monde ce qui se jouait sur le terrain », souligne Marielle Debos, chercheuse à l’université de Nanterre, qui a travaillé avec lui.

Cet homme trapu aux cheveux gris de 64 ans qui a, aux dires de ses proches, beaucoup maigri en prison et serait très affecté psychologiquement par la longueur de sa détention, est aussi un grand amateur de livres, notamment de polars américains.

Benny Gantz, une main de fer dans un gant de velours

Ancien chef de l’armée, le centriste Benny Gantz affiche une image de « Monsieur Propre » de la politique face à son rival aux élections en Israël, Benjamin Netanyahu inculpé pour corruption, dont il partage toutefois une vision sécuritaire musclée.

A 60 ans, celui qui se veut pragmatique face aux idéologies radicales de la droite va tenter pour la troisième fois en moins d’un an d’obtenir suffisamment de voix pour former une coalition gouvernementale.

Ce père de quatre enfants, à l’attitude décontractée et abordable, n’avait aucune expérience politique lorsqu’il s’est jeté dans l’arène il y a un an pour former un nouveau parti, Kahol Lavan, « Bleu-blanc » en français, les couleurs du drapeau israélien.

Mais en fédérant les opposants au Premier ministre, il a réussi, avec sa liste regroupant des personnalités de gauche et de droite, à terminer ex-aequo avec M. Netanyahu aux législatives d’avril et de septembre 2019.

Son but est clair: chasser Benjamin Netanyahu, au pouvoir sans discontinuer depuis dix ans et dont le procès pour corruption s’ouvre le 17 mars.

« Le monde doit savoir que nous sommes pragmatiques et voyons uniquement le bien de l’Etat sans se préoccuper d’intérêts personnels », estime celui qui dit vouloir restituer un sens de « l’honneur » à la fonction de Premier ministre.

– « Honnêteté » –

Pur « sabra », terme désignant les juifs nés en Israël, ce fils d’immigrants rescapés de la Shoah est né le 9 juin 1959 à Kfar Ahim, un village du Sud.

Le jeune Gantz rejoint l’armée en 1977. Parachutiste, il gravit les échelons et obtient le grade de général en 2001 avant de devenir chef d’état-major de 2011 à 2015.

Dans un pays où l’armée est fédératrice, cet homme de 1m95 aux yeux bleus bénéficie d’une grande aura conférée par ses faits d’armes et son rang d’ancien commandant des armées.

« Il n’a pas laissé de traces indélébiles dans l’armée, mais a conservé une image de stabilité et d’honnêteté », selon Amos Harel, journaliste spécialiste des affaires militaires au quotidien Haaretz.

S’il propose une vision plus libérale de la société que M. Netanyahu, et souhaite mettre en place un gouvernement laïc favorable au mariage civil, ce qui n’est pas d’usage en Israël, il soigne, comme le Premier ministre, son image de faucon.

Il affirme vouloir conserver le contrôle militaire israélien sur la majeure partie de la Cisjordanie occupée, annexer la vallée du Jourdain et mettre fin aux attaques à partir de Gaza sur Israël.

Lors de la dernière guerre à Gaza contrôlée par les islamistes palestiniens du Hamas (2014), c’est lui qui était aux commandes et s’est targué du nombre de « terroristes » palestiniens tués dans un clip de campagne, sans évoquer les victimes civiles.

Il a accusé le gouvernement actuel de « faire trop de concessions » et promis d’imposer « une politique de dissuasion » contre le Hamas à qui Israël a livré trois guerres depuis 2008.

– « Fréquentes bourdes » –

Cultivant son image de « dur à cuire », M. Gantz a multiplié les appels du pied en direction de l’électorat de droite, poussant M. Netanyahu à le qualifier de « pâle imitation » de sa personne.

« Soudain, tout le monde est de droite », a ironisé le Premier ministre.

Le Likoud a publié une vidéo avec des extraits d’interventions de Benny Gantz durant lesquelles il a commis des bourdes, confondant des noms ou bégayant lors de discours de campagne.

Interrogé par un journaliste à ce sujet, Benny Gantz a répondu que parfois « il pense plus vite qu’il ne parle ».

« Je ne fais pas carrière à la télévision, je ne suis pas présentateur au journal télévisé, je suis un leader avec derrière lui près de 40 ans de direction dans l’armée », a-t-il asséné.

Benny Gantz est titulaire d’une licence d’histoire de l’université de Tel-Aviv, d’un master en Sciences politiques de l’université de Haïfa et d’un master en gestion de ressources nationales de la National Defense University aux Etats-Unis.

Face au brillant orateur qu’est Benjamin Netanyahu, aura-t-il convaincu les électeurs de voter pour lui? La question reste ouverte.

Pete Buttigieg, le jeune maire de l’Indiana qui rêvait de Maison Blanche

A 38 ans, il rêvait de « faire mentir les sceptiques » et d’accéder à la Maison Blanche. Pete Buttigieg n’a pas réussi son coup. Mais il a marqué les esprits.

La voix de ce trentenaire polyglotte ouvertement homosexuel a fait souffler un vent frais sur les primaires démocrates dont les deux favoris – Bernie Sanders et Joe Biden – sont septuagénaires et ont siégé pendant des décennies au Sénat.

Doté d’un patronyme imprononçable – dont il avait fait un argument de campagne – il s’était lancé sans autre expérience que la gestion pendant huit ans de la ville de 100.000 habitants où il est né, South Bend, dans l’Indiana.

Très à l’aise durant les débats ou sur les estrades de campagne, « Mayor Pete » était mû par une indéniable confiance en lui, qualifiée d’arrogance par ses détracteurs qui ironisaient sur ce jeune homme trop impatient.

Sa victoire initiale dans l’Iowa lui avait laissé entrevoir l’hypothèse d’un succès final face à des candidats entrés en politique avant sa naissance. Mais son absence de soutien chez les Noirs, électorat traditionnel des démocrates, lui a coûté cher.

Sa foi en son destin ne date pas d’hier. Lycéen, Pete Buttigieg se souvient d’avoir levé la main quand un professeur demanda qui aimerait devenir président.

– Harvard, Oxford, McKinsey –

Peter Paul Montgomery Buttigieg est né le 19 janvier 1982 à South Bend, de parents professeurs d’anglais à l’université de Notre Dame. Son père, spécialiste du philosophe marxiste Antonio Gramsci, était un immigré maltais venu faire son doctorat aux Etats-Unis, où il a rencontré sa mère.

Fils unique, Pete Buttigieg excelle à l’école. Son parcours est typique des premiers de la classe: il entre à Harvard, obtient une bourse prestigieuse et part deux ans à Oxford, avant d’être recruté par le grand cabinet de conseil McKinsey, en 2007: « rien de très excitant », selon lui.

A 25 ans, la politique le ramène à South Bend. Il se présente à l’élection de trésorier de l’Indiana et est largement battu. Mais en 2011, le poste de maire s’ouvre et il se fait élire. Ce sera son tremplin.

Réserviste de la Navy depuis quelques années, le maire est envoyé sept mois en Afghanistan en 2014, comme analyste de renseignement.

Avait-il déjà des arrière-pensées politiques au moment d’entrer dans l’armée? « Si la réponse était oui, est-ce que cela rendrait mon service moins pur? » a-t-il répondu dans le podcast The Daily.

Toutes ces années, il vit avec un secret enfoui: il est homosexuel. « Si vous m’aviez donné une pilule pour devenir hétéro, je l’aurais avalée avant même le verre d’eau », a-t-il confié l’an dernier.

Son coming-out, il ne le fera qu’en 2015, avant d’être réélu maire. Par une application de rencontre (Hinge), il rencontre ensuite Chasten Glezman, qui prendra son nom de famille après leur mariage en 2018. Le couple veut des enfants.

« Mon mariage avec Chasten », dit-il, « m’a rapproché de Dieu ».

Pete Buttigieg cultive cette image d’homme du Midwest, traditionnel, croyant (baptisé catholique, il va dans une église épiscopalienne). Au point qu’il est caricaturé dans la célèbre émission Saturday Night Live comme un gentil garçon timide et ennuyeux.

Quand il se déclare officiellement candidat, en avril 2019, il concède « l’audace » de sa candidature — allusion évidente à « l’audace d’espérer » professée par Barack Obama en son temps.

« Chaque fois que mon parti est entré à la Maison Blanche ces cinquante dernières années, ce fut avec un candidat nouveau venu sur la scène nationale », dit-il aussi en évoquant Jimmy Carter, Bill Clinton et Barack Obama.

La comparaison est très avantageuse: les deux premiers étaient gouverneurs, le dernier sénateur. Mais il est vrai que le camp Obama a tôt remarqué le jeune maire aux phrases ciselées et à la voix de baryton.

Peu après la victoire de Donald Trump, le président sortant avait été interrogé par le New Yorker sur la relève démocrate. M. Obama avait cité un sénateur et une sénatrice, puis ajouté: « Et puis il y a ce gars de South Bend, dans l’Indiana, le maire », sans se souvenir de son nom.