[Tribune] Gouvernance par le brouillard sous la Ve République : chronique d’une diversion permanente

La Ve République gabonaise accumule les ordonnances controversées à un rythme qui laisse les observateurs politiques perplexes. Code de la nationalité, régulation des réseaux sociaux, gestion des libertés publiques : les dossiers explosifs se succèdent à une cadence que certains lisent moins comme un agenda réformateur que comme une mécanique de l’esquive. Pendant ce temps, les urgences sociales (eau, électricité, éducation, santé- demeurent entières, et la fracture entre le discours officiel et le vécu des populations se creuse chaque jour davantage. C’est cette mécanique que décortique ici Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur de la Transition et président du parti politique REAGIR. Il dénonce une «gouvernance par le brouillard» : l’art de maintenir le pays dans un tumulte politique permanent pour mieux détourner l’attention du dénuement réel.

 

C’est à croire que le successeur d’Ali Bongo ne s’est pas contenté de feuilleter Le Prince de Machiavel, ni même d’effleurer les principes d’Archimède. Non ! À observer sa manière de gouverner, c’est une tout autre référence qui semble s’imposer : celle d’un art consommé de la diversion. Une méthode qui rappelle étrangement ce que l’on a longtemps appelé le « théorème de Charles Pasqua », résumé par cette formule devenue célèbre : «Quand on est empêtré dans une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire, une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne ne comprenne plus rien

À voir ce qui se déroule aujourd’hui au Gabon, difficile de ne pas faire le parallèle.

Mais, comme le disent les Ambaama avec une pointe d’ironie : Akini angu’ènkuma mè entsiani buu*. «Le mauvais danseur brille toujours par une profusion de pirouettes.»

Sous la Ve République, le rythme est tel qu’on ne sait plus s’il s’agit d’une danse ou d’une chute libre.

Tenez donc ! Pendant que les déguerpis de juin 2025 continuent, pour nombre d’entre eux, de dormir à la belle étoile dans un pays que l’on dit riche ; pendant que la population subit un stress hydrique d’une ampleur inédite ; pendant que l’accès à l’électricité devient si aléatoire que certains en viennent à évoquer un retour à des formes d’éclairage d’un autre âge ; pendant que l’éducation de nos enfants est compromise et que les structures sanitaires peinent à répondre à l’urgence ; pendant que, enfin, les taux de mortalité atteignent des niveaux alarmants, jamais enregistrés dans l’histoire de notre pays – que fait le pouvoir UDB-PDG-CTRI ?

Il choisit d’ouvrir un front politique explosif.

Une ordonnance sur le Code de la nationalité, perçue par une large partie de l’opinion comme profondément inique, vient fracturer davantage une société déjà sous tension. Le débat s’enflamme, les positions se radicalisent, et l’attention collective se détourne, une fois de plus, des urgences vitales.

À peine ce tumulte enclenché, une autre décision tombe : une ordonnance aux accents liberticides sur la gestion des réseaux sociaux et des libertés individuelles. Comme si, dans une mécanique bien huilée, chaque polémique appelait la suivante, chaque indignation préparait la suivante, dans une spirale où l’essentiel disparaît sous le bruit.

De scandales en scandales, l’image du Gabon s’abîme chaque jour un peu plus sous nos yeux. Et pendant que l’on débat, que l’on s’oppose, que l’on se divise, les problèmes fondamentaux, eux, demeurent – et s’aggravent.

La question qui se pose alors est simple, presque brutale : jusqu’où ira-t-on ainsi ? Jusqu’à quand le tumulte politique servira-t-il de rideau de fumée à l’urgence sociale ? Jusqu’à quand les libertés seront-elles comprimées au nom d’une prétendue moralisation de la société ?

Car derrière la stratégie, s’il en est une, se joue une réalité bien plus grave : celle d’un peuple confronté à des conditions de vie de plus en plus précaires, et à qui l’on offre, en guise de réponse, des conflits politiques et des restrictions supplémentaires.

Le Gabon mérite mieux que cela. Il mérite une gouvernance tournée vers les besoins réels de sa population, une parole publique qui rassemble plutôt qu’elle ne divise, et des décisions qui éclairent l’avenir au lieu de l’assombrir.

Les nouveaux vertueux

Et puis il y a eux.

Les vigoureux défenseurs d’aujourd’hui. Les gardiens autoproclamés de l’ordre et de la raison. Les procureurs improvisés du débat public.

Curieusement, ce sont souvent les mêmes qui, hier encore, sous Ali Bongo, dénonçaient avec ferveur — parfois même avec talent – les dérives qu’ils justifient désormais avec une créativité et un enthousiasme admirables.

Hier, ils criaient à l’arbitraire. Aujourd’hui, ils expliquent la nécessité.

Hier, ils invoquaient les libertés. Aujourd’hui, ils invoquent les circonstances.

Hier, ils accusaient le pouvoir de manipuler. Aujourd’hui, ils appellent cela «gouverner».

La constance n’est plus une vertu, mais une option.

Et la mémoire, manifestement, une charge dont certains, à Lambaréné, Bitam ou Franceville, se sont allégés avec une efficacité remarquable.

On pourrait en sourire si l’enjeu n’était pas si grave.

Un peuple qui comprend… et qui observe

«Quand le lézard hoche la tête, ce n’est pas qu’il approuve, c’est qu’il a compris le danger

Le peuple, lui, commence à comprendre la mascarade, la supercherie du 30 août 2023. Et il hoche de plus en plus la tête. De diversion en diversion, notre pays s’enfonce dans une brume soigneusement entretenue par le régime UDB-PDG-CTRI.

Alors la question n’est plus seulement politique, elle devient existentielle : jusqu’où ira cette fuite en avant ? Jusqu’à quand ce théâtre d’ombres tiendra-t-il lieu de politique publique ? Jusqu’à quand demandera-t-on à un peuple de survivre pendant qu’on l’occupe à se diviser ?

Car derrière cette mécanique bien huilée, il y a une réalité brute : celle d’un peuple qui s’appauvrit, des prix qui ne cessent de grimper, pendant que les dirigeants s’auto-congratulent.

La couleur de la fumée

Un dernier aphorisme de chez nous pourrait servir d’épitaphe à cet engrenage mortel : «Quand la case brûle, ce n’est pas le moment de discuter de la couleur de la fumée.» Le Gabon brûle. Lentement, mais sûrement.

Et pendant que certains débattent de la fumée – parfois avec un zèle tout neuf – d’autres attendent toujours que l’on éteigne l’incendie.

Par Michel Ongoundou Loundah

Ancien Sénateur de la Transition – Président de REAGIR

 

Gabon: le parti Réagir annonce la tenue de son congrès le 28 mars

L’annonce a été faite au cours d’une  déclaration du porte parole Bruno Ondo Mintsa le 14 mars à Libreville.

 

le parti REAGIR (Réappropriation du Gabon, de son indépendance, pour sa reconstruction), de François Ndong Obiang, actuel ministre de la Réforme et des Relations avec les institutions prépare son congrès. Au  cours de la déclaration, le porte parole du président du parti a annoncé que ce congrès va permettre de «définir ses orientations, d’établir un nouveau cadre stratégique et de renforcer ses structures afin de mieux répondre aux enjeux actuels et futurs».

Le congrès en perspective vise également à apporter des «réponses claires et concrètes aux nombreuses questions et inquiétudes exprimées tant par nos militants que par nos sympathisants», en mobilisant les forces vives autour d’une vision partagée. Apprend-on.

Il était également question pour le porte parole d’interpeller Michel Ongoundou Loundah, qui dirige un autre camp de REAGIR. «Nous interpellons avec élégance celui qui, exclu du parti, continue de parler indûment en son nom», a affirmé Bruno Ondo Mintsa, en rappelant que la légitimité repose sur les Statuts et le Règlement intérieur.  Tout en lui demandant d’abandonner sa «posture d’imposture» pour préserver la crédibilité de la formation politique.

Pour finir, le porte-parole a rappelé l’attachement du partir Réagir aux valeurs de démocratie, d’équité et de progrès et n’a pas hésité de remercier les  militants, sympathisants et partenaires pour leur soutien.

Gabon : les partis politiques condamnent le maintien en détention de Jean Remy Yama

L’Union Nationale (UN) et le  parti REAGIR, réagissent face à la garde du  syndicaliste Jean Remy Yama malgré la décision du juge qui a ordonné le 9 juin dernier sa liberté provisoire.

 

Suite à une requête de ses avocats, le juge d’instruction en charge de l’affaire a délivré le 09 juin dernier une ordonnance de mise en liberté provisoire pour permettre à Jean Remy Yama malade de se faire soigner. Car selon son avocat, Me Nzigou, Jean Rémy Yama souffrirait d’un « syndrome d’apnées du sommeil sévère ». Une maladie qui nécessite des soins appropriés.

Mais, cette décision a été retoquée à cause de l’appel interjeté dans la foulée par le procureur de la république près le tribunal de première instance de Libreville, André Patrick Ropona. Afin que, le prévenu reste en prison.

Cependant, au vu de cette action, les partis politiques tels que, l’Union Nationale et REAGIR ont à travers des communiqués condamnés ce maintien du syndicaliste à la prison malgré son état de santé.  Selon le site Gabon Actu, le porte-parole de REAGIR, Étienne Francky Meba Ondo dit Meboon a souligné que : « Le Pouvoir, loin des apparences judiciaires qu’il brandit sur le dossier du leader syndical, est englué dans des postures politiciennes visant à restreindre les droits civiques et politiques d’une personnalité de la société civile considérée comme un empêcheur de tourner en rond », a insinué dans un communiqué le vice-président.

Ce dernier qui accuse le pouvoir d’être à l’origine de la mise en détention de Jan Remy Yama. Pour ce qui du parti politique Union Nationale, Paulette Missambo la présidente a également condamné cette privation de liberté de plus qui selon elle ne se justifie pas.

Pour rappel des faits, le syndicaliste, Jean Remy Yama a été  accusé d’abus de confiance, d’escroquerie et de détournement de fonds dans le cadre de l’affaire SCI Serpentin dont il était le gérant. Le 02 mars 2022, il a été présenté devant le Procureur de la République qui a pris la décision de le placer sous mandat de dépôt.